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		<title>Rachida Dati ou la diversité que la France n’a jamais vraiment banalisée</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Mar 2026 10:42:55 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pendant longtemps, le parcours de Rachida Dati a servi de démonstration commode. Magistrate de formation, ancienne garde des Sceaux, maire du 7e arrondissement de Paris depuis 2008, puis ministre de la Culture à partir du 11 janvier 2024, elle semblait confirmer à elle seule une promesse française simple : celle d’un pays où l’école, l’État et le mérite pouvaient encore porter une fille d’une famille issue de l’immigration jusqu’au cœur du pouvoir.</p>
<p>Mais ce que son parcours révèle est plus troublant que cette fable républicaine. Une démocratie pleinement apaisée avec elle-même ne transforme pas ce type d’ascension en événement permanent. Elle le banalise. Or c’est précisément ce que la France n’a jamais totalement réussi à faire.</p>
<p>Le sujet Dati dépasse donc la personne, le style, la droite, ou même Paris. Il touche à une question plus profonde : que vaut une égalité proclamée si certaines trajectoires continuent d’être reçues comme des exceptions symboliques ? Les institutions françaises se sont ouvertes. Le regard collectif, lui, a évolué plus lentement.</p>
<p>C’est là que le cas devient politiquement intéressant. Lorsqu’une femme issue d’un milieu populaire et d’une histoire familiale marquée par l’immigration accède à des fonctions associées à l’autorité de l’État, le débat ne porte jamais seulement sur ses compétences. Il charrie autre chose : une interrogation implicite sur la normalité même de cette présence. Non pas toujours : est-elle capable ? Mais plus discrètement : sa place ici va-t-elle vraiment de soi ?</p>
<p>Le problème français n’est donc plus seulement l’intégration. Il est la banalisation de la légitimité.</p>
<p>La magistrature, dans ce récit, reste un moment décisif. Dans l’imaginaire républicain, rendre la justice relève de l’un des visages les plus solennels de l’État. Qu’une femme venue d’un milieu modeste y accède devrait suffire. Pourtant, dans la réception publique, cette trajectoire a souvent été traitée moins comme une évidence républicaine que comme une singularité. Et une égalité qui continue de surprendre n’est pas une égalité stabilisée.</p>
<h3><strong>Banalisation ou exception</strong></h3>
<p>Son passage dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, a déplacé cette tension vers le centre même du pouvoir. Il ne s’agissait plus seulement d’une réussite scolaire ou administrative. Il s’agissait d’une entrée dans le noyau dur de l’État. Là encore, le fait essentiel n’est pas qu’une telle ascension ait été possible. Il est qu’elle ait continué à être perçue, pour une partie du pays, comme quelque chose de peu ordinaire.</p>
<p>La séquence récente a ravivé cette lecture. Après plus de deux ans au ministère de la Culture, Rachida Dati a quitté le gouvernement le 25 février 2026 pour se consacrer à la bataille municipale parisienne. Quelques semaines plus tard, Emmanuel Grégoire l’a emporté au second tour, prolongeant l’ancrage de la gauche dans la capitale.</p>
<p>Cette défaite, pourtant, ne réduit pas sa portée. Elle la clarifie. Car Rachida Dati reste moins importante par ce qu’elle représente électoralement à un moment donné que par ce qu’elle continue de révéler sur la société française. Elle est l’une des figures à travers lesquelles se lit la difficulté du pays à considérer comme ordinaires certaines formes de réussite, de représentation et d’autorité.</p>
<p>On objectera, à raison, que la France a changé. Que d’autres figures ont émergé. Que l’accès aux institutions n’est plus ce qu’il était il y a trente ans. Tout cela est vrai. Mais ce n’est pas encore la vraie question. La vraie question est plus exigeante : ces trajectoires sont-elles devenues banales dans l’imaginaire national, ou demeurent-elles des cas que l’on célèbre précisément parce qu’ils restent rares, visibles et partiellement exceptionnels ?</p>
<p>C’est ici que Rachida Dati cesse d’être seulement un sujet politique pour devenir un test démocratique. Une démocratie mûre ne se contente pas d’ouvrir des portes. Elle cesse de regarder comme extraordinaires ceux qui les franchissent.</p>
<p>Et c’est peut-être là que se situe encore l’inachèvement français : dans cette difficulté à transformer la diversité admise en diversité ordinaire, la réussite possible en réussite banale, et l’exception admirée en légitimité pleinement reconnue.</p>
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		<title>La diaspora marocaine toujours privée de représentation politique au Maroc</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Mar 2021 11:39:14 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un serpent de mer dont on évoque avec une passion militante les rayures et les couleurs à chaque occasion. C’est une revendication métronome qui refait tout le temps surface sans avoir réellement disparu du débat politique. C’est une rubrique obligatoire du débat sur la diaspora marocaine  à l&rsquo;étranger qu’on tait par impuissance ou qu’on gratte  par conviction. Il s’agit de l’éternelle question de la représentation politique de cette diaspora au sein des institutions représentatives du modèle démocratique marocain.</p>
<p>Au jour d’aujourd’hui, les Marocains du monde dont on estime le nombre à la louche à près de cinq millions d’âmes, soit 15% de la population, ne participent pas à élire, de là où ils se trouvent leurs représentants au sein du parlement ou de ses instituions représentatives. S’ils veulent voter, ils doivent se déplacer au Maroc, justifier d’une résidence, bref gommer leur situation d’immigrés. Ou utiliser le sytème de procuration dénoncé par beaucoup comme réservé à des citoyens de seconde zone. Idem pour avoir un mandat politique. S’ils veulent se faire élire, ils doivent réintégrer physiquement la géographie nationale.</p>
<p>En cause et malgré de nombreuses incitations dont la plus incontestable fut la constitution de 2011,  le modèle politique marocain a fait jusqu’à  présent l’économie d’un mécanisme de représentation. Dans tous ses ressorts, la diaspora est restée dans l’angle mort. Parfois comme un sujet tabou. Comme suspendue à un agenda reporté en permanence.</p>
<p>Et pourtant les arguments qui militent pour l’octroi de la représentation politique à cette diaspora ne manquent pas. A commencer par leurs participations structurelles à l’essor de l’économie marocaine. L’argent envoyé par la diaspora est une des fondations presque vitales de l’économie marocaine qu’il soit sous forme de transferts réguliers ou d’investissements ponctuels.</p>
<p>Il y a ensuite le rôle joué par cette communauté dont les talents et les compétences se sont distingués sous tous les cieux. Le Maroc peut compter sur ses enfants pour faire briller son étoile, renforcer son influence, solidifier sa soft power, indispensables aujourd’hui pour l’existence, l’influence  et le leadership d’une nation aussi ambitieuse à imprimer sa marque et à creuser son sillon comme le Royaume du Maroc.</p>
<p>Et pourtant malgré toutes ces raisons objectives, la représentation politique par voie élective pour ces Marocains du monde  reste encore un rêve lointain. Tous les débats sur ces questions n’offrent que partiellement les arguments de cette absence et de cette retenue , à la longue handicapante et source de critiques, de tensions et de frustrations.</p>
<p>Pour certains, cette problématique est un terrain miné. Une perception erronée de ces enjeux empêchait de l’aborder avec réalisme et clairvoyance. Ainsi on trouve dans les argumentaires de ceux qui freinent ou reportent indéfiniment la crainte de voir les groupes politiques les plus organisée au sein de cette diaspora dont 80% se trouve sur le territoire européen rafler la mise.</p>
<p>L’attention est portée clairement ici aux forces islamistes traditionnellement mieux organisées, utilisants les mosquées, les lieux de cultes, les associations comme rampes de lancement à leurs victoires électorales. Les responsables des découpages électoraux craignent d’offrir involontairement des sièges à ces groupes plus versés dans le militantisme politique coloré par le religion que d’autres. Les voix de cinq millions de marocains peuvent clairement impacter le rapport de force national et imposer certaines configurations politiques qui risquent d’être en rupture avec le réalité politique marocaine.</p>
<p>Pendant de longues années, cette diaspora était perçue comme une entité travaillée par les forces subversives, d’extrême droite islamisante ou d’extrême gauche nihiliste,  qui utilisent les leviers politiques et médiatiques des pays d’origine pour tenter d’influencer la gestion de la chose publique au Maroc.</p>
<p>Si ces craintes sont réelles, elles ne justifient pas pour autant la privation de la diaspora marocaine dans le processus de construction politique de la démocratie marocaine. Et les enjeux ne sont pas liés uniquement à une conjoncture particulière. Ils sont susceptibles d&rsquo;impacter la nature et la qualité des liens que les générations à venir de cette diaspora, active et productive, vont continuer à entretenir avec leur pays d’origine, le Maroc.</p>
<p>Faute d’avoir trouvé un mécanisme qui garantit une représentation politique de cette diaspora marocaine, le Maroc ne peut continuer à faire l’impasse sur ce déficit démocratique.</p>
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