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	<title>Mohamed Abbadi &#8211; Atlasinfo</title>
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	<title>Mohamed Abbadi &#8211; Atlasinfo</title>
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		<title>Maroc: Gauche radicale et radicalité religieuse, « l’alliance de l’aveugle et du paralytique »</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Sep 2020 13:12:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Quand les uns revendiquent la supériorité de la « choura » (conseil religieux) et la mise en place d’une république islamiste, les autres se présentant comme laïcs ou athées, contestent que les hommes puissent gouverner au nom du religieux. Pourtant, voilà ces deux « parties » aux doctrines antagonistes concluant une alliance pour coordonner leurs actions contre la monarchie. Le « terrain d’entente » qu’elles semblent avoir trouvé pour agir ensemble suppose-t-il une évolution ou le sacrifice de leur idéologies respectives ? Rien n’est moins sûr. Ce qui l’est en revanche, c’est que les modes d’expression adoptés par les nouvelles générations de marocains est en train de précipiter l’obsolescence de la machine à fabriquer de la contestation des deux « parties ».]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous sommes le 14 décembre 2015.</p>
<p>Le mouvement islamiste Al Adl Wal Ihssane saisit l’occasion que lui offre la commémoration du décès de son fondateur pour organiser une conférence. Différentes sensibilités de la société civile, de l’extrême gauche aux organisations islamistes y sont conviées. Cet évènement est une opportunité que ne doit pas gâcher la Jamaâ (communauté) pour se remettre en selle et réhabiliter l’image d’un mouvement non violent et « ouvert sur la société ». Elle avait été fortement écornée lors des marches du mouvement du « 20 Février » auxquelles étaient associés les adilistes en 2011. Il lui faut donc montrer patte blanche et donner de nouveau des gages de confiance aux animateurs de la gauche radicale qui avaient considéré comme un lâchage et un moyen de pression le retrait de la Jamaâ des manifestations du « M20 ».</p>
<figure id="attachment_209026" aria-describedby="caption-attachment-209026" style="width: 319px" class="wp-caption alignright"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-209026 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence.jpg" alt="" width="319" height="319" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence.jpg 319w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence-300x300.jpg 300w" sizes="(max-width: 319px) 100vw, 319px" /><figcaption id="caption-attachment-209026" class="wp-caption-text">Pr William Lawrence</figcaption></figure>
<p>«<em> L’une des principales raisons pour lesquelles ils ont quitté le « mouvement du 20 février</em> , explique à Atlasinfo le chercheur américain William Lawrence*, <em>était le manque de religiosité dans les slogans et les messages du mouvement du « 20 Février ». A l&rsquo;époque, il y avait beaucoup de dissensions dans leurs rangs, car les jeunes membres poursuivaient une politique plus inclusive (…) et les dirigeants, eux, poursuivaient une politique plutôt opposée</em> ». «<em> Ce fossé générationnel au sein d&rsquo;Al Adl wal Ihssane en particulier et de la société marocaine en général, est important</em> », analyse l’expert du Middle East Institute.</p>
<h2><strong>Faire oublier l’image de « secte » et les accusations de takfirisme</strong></h2>
<p>A la mort de Abdessalam Yassine en 2012, le mouvement islamiste est otage de l’héritage idéologique de son fondateur. Le mouvement perd de son attractivité et s’essouffle. L’adoption d’une nouvelle constitution en juillet 2011 et l’arrivée au gouvernement de son « frère », le Parti de la Justice et du Développement en 2012, avaient fini par précipiter Al Adl Wal Ihssane dans une longue crise idéologique et identitaire dont il lui faut sortir à tout prix, notamment en faisant oublier l’effrayant projet califal du prédicateur disparu.</p>
<h2><strong>Montrer que la Jamaâ peut survivre au décès de son fondateur</strong></h2>
<p>Aussi, lorsqu’il prend la parole lors de cette conférence commémorative, le successeur d’Abdeslam Yassine axe l’essentiel de son intervention sur la non-violence du mode opérationnel et de l’idéologie de la Jamaâ. Mohamed Abbadi tente de gommer l’image de « secte » et les accusations de takfirisme*qui pèsent sur l’organisation, à la lumière de sa doctrine et des contours du projet de société dans lequel elle souhaite voir projeter le Maroc.</p>
<figure id="attachment_209029" aria-describedby="caption-attachment-209029" style="width: 363px" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" class="wp-image-209029 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/abbadi_chibani_1_1.jpg" alt="" width="363" height="245" /><figcaption id="caption-attachment-209029" class="wp-caption-text">Mohamed Abbadi</figcaption></figure>
<p>Le second objectif d’Al Adl Wal Ihssane est de faire la démonstration de sa capacité à dialoguer avec d’autres sensibilités et de signifier à l’Etat qu’elle est bel et bien (toujours) là, capable de survivre au décès de son fondateur. « La Jamaâ est prête a travaillé avec tous ceux qui souhaitent régler les problèmes du Maroc », déclare Mohamed Abbadi aux participants à la conférence.</p>
<p>Le Troisième objectif est de sortir de l’isolement politique dans lequel est plongée l’organisation islamiste radicale, affaiblie par l’arrivée aux affaires du PJD. Le succès du parti islamiste aux élections législatives de 2012 répondait en effet aux aspirations d’une grande partie des disciples et des sympathisants de la Jamaâ, fatigués d’attendre la Qawma, le soulèvement général, promis par Abdessalam Yassine.</p>
<p>Pour Marc-Etienne Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des mouvements radicaux*, l’entreprise dans laquelle s’est lancé le mouvement est périlleuse : « <em>il y a, à la fois un projet à long terme qui est de changer son image et qui est une prise de risque d’une certaine manière. C’est-à-dire, sortir de sa zone de confort et de sa clientèle habituelle pour montrer un autre visage et essayer d’attirer et de recruter une autre clientèle. Mais comment peut-on demeurer islamiste tout en s’alliant avec l’extrême gauche ? C’est un exercice difficile</em> ».</p>
<h2><strong>Extrême gauche et obscurantisme islamiste : une alliance basée sur les intérêts</strong></h2>
<p>La gauche radicale aux cotés de laquelle le mouvement islamiste avait marché lors des manifestations de 2011 est présente en force à cette conférence. Faisant figure de chef de fil, l’historien Maati Monjib est là. Il connait bien les responsables des instances de la Jamaâ pour avoir organisé entre 2008 et 2010 une série de rencontres et de débats entre la gauche dite « laïque » et les islamistes dit « démocrates » et à laquelle Al Adl Wal Ihssane était associée.</p>
<p>Maati Monjib est donc un familier de ces commémorations annuelles et cultive une grande proximité avec Hassan Bennajeh, l’un des cadres influents du mouvement islamiste radical. Fouad Abdelmoumni, militant de l’AMDH qui avait activement pris part aux contacts avec la Jamaâ pour sa participation au mouvement du « 20 Février » a également répondu présent, de même que l’économiste Najib Akesbi ou encore Mohammed Hafid, ancien membre de l’Union Socialiste des Forces Populaires, l’USFP. Tous affichent des convictions aux antipodes de celles préconisées par le mouvement obscurantiste, partisan de l’application de la charia et de la restauration d’un califat pour une société « islamique authentique ». Pour le journaliste Mokhtar Laghzioui, ce rapprochement « <em>est surtout basé sur une nécessité de « compensation » ou de complémentarité, si vous préférez, chacune des deux sensibilités essayant de trouver chez l’autre ce qui lui manque</em>. »</p>
<figure id="attachment_209033" aria-describedby="caption-attachment-209033" style="width: 250px" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" class="wp-image-209033 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD.jpg" alt="" width="250" height="308" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD.jpg 250w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD-244x300.jpg 244w" sizes="(max-width: 250px) 100vw, 250px" /><figcaption id="caption-attachment-209033" class="wp-caption-text">Fouad Abdelmoumni</figcaption></figure>
<p>Le militant d’extrême gauche, Fouad Abdelmoumni, explique quant à lui « que le changement au Maroc ne peut se faire sans que les islamistes et les laïcs ne s’allient », estimant que le discours de la Jamaâ avait changé. De son coté, Omar Iherchane, membre du cercle politique de la Jamaâ, considère alors qu’un dialogue devait s’installer entre Al Adl Wal Ihssane et les différents courants et que le mouvement est ouvert pour « écouter les solutions qui feront avancer la société ».*</p>
<h2><strong>Al Adl Wal Ihssane veut le pouvoir temporel et religieux</strong></h2>
<p>Pour les observateurs, les objectifs affichés par la communication de la Jamaâ ne traduisent pas la réalité portée par la doctrine qui constitue le socle de l’organisation. Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>Il est clair qu&rsquo;Al Adl Wal Ihssane veut le pouvoir temporel et religieux. Mais on ne peut pas gérer une communauté avec simplement des préceptes divins. Nous sommes dans une société humaine globale avec des Etats et des gouvernements</em> ». Au chercheur d’ajouter : « <em>la question est de savoir à quel endroit va se situer la frontière entre ses propres ambitions et celles de l’extrême gauche.</em> »</p>
<p>En attendant la réponse à cette question, Al Adl Wal Ihssane mène une large campagne de séduction dans laquelle s’inscrit cette conférence de décembre 2015. Le vocabulaire est réfléchi, différent pour affirmer en d’autres termes que le pouvoir doit être confié aux élus mais sans jamais renier les positions pour une société totalement « islamisée ».</p>
<p>Aucune remise en question donc, mais de nouveaux angles sur lesquels structurer une nouvelle image fondée sur le respect des libertés individuelles, les libertés publiques, la démocratie et les droits de l’homme, la justice sociale et la fraternité. Voilà de quoi mettre Al Adl Wal Ihssane en conformité avec certaines exigences de ses partenaires de la gauche radicale et anticiper sur un nouveau mouvement de rejet de la Jamaa ouvertement exprimé par une partie des jeunes du « M20 » en 2011.</p>
<p>Certains avaient en effet dénoncé la radicalité religieuse d’Al Adl Wal Ihssane quand d’autres refusaient le chaos pour lequel elle avait œuvré en dévoyant le cahier revendicatif des jeunes du « M20 », revendiquant l’instauration d’une république sur un modèle califal, quand eux appelaient à une monarchie parlementaire.</p>
<h2><strong>Montrer sa capacité à dialoguer et s’ouvrir sur les autres sensibilités</strong></h2>
<p>Cette posture nouvelle d’Al Adl Wal Ihssane est le résultat de contacts jusque-là tenus dans la clandestinité par la Jamaâ et « certaines sensibilités politiques et associatives ». L’une de ces rencontres secrètes, qui a eu lieu le 11 juillet 2014, a filtré dans la presse, obligeant les responsables du mouvement radical à s’expliquer sur cette invitation « informelle » lancée auprès d’une dizaine de personnalités « dans l’objectif d’échanger des idées. Nous avons parlé de la situation du pays », dira du bout des lèvres à la presse le porte-parole de la Jamâa, Fathallah Arsalane.</p>
<figure id="attachment_209031" aria-describedby="caption-attachment-209031" style="width: 316px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209031" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1.jpg" alt="" width="316" height="339" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1.jpg 316w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1-280x300.jpg 280w" sizes="auto, (max-width: 316px) 100vw, 316px" /><figcaption id="caption-attachment-209031" class="wp-caption-text">Abdellah Hammoudi</figcaption></figure>
<p>Parmi les présents, l’historien Maati Monjib est toujours là, agissant en sa qualité de président du centre de recherche Ibn Rochd qu’il a dissout depuis. L’homme d’affaires casablancais Karim Tazi était également de la partie ainsi que Mohamed Kihel et Abdeslam Bekkari, tous deux membres du parti de l’Istiqlal et l’ancien membre du parti socialiste marocain Mohamed Hafid. Un avocat et des universitaires complètent la liste dans laquelle un nom se détache, celui de Abdellah Hammoudi.</p>
<p>Directeur et fondateur de l’Institut d’études transrégionales du Moyen-Orient contemporain, de l’Afrique du Nord et de l’Asie Centrale de l’université de Princeton*, l’anthropologue est un ami intime et l’un des principaux collaborateurs de Hicham Alaoui, le fils ainé de feu Moulay Abdellah, frère de feu le Roi Hassan II.</p>
<h2><strong>Hicham Alaoui partie prenante de ce rapprochement ?</strong></h2>
<p>A quel titre Abdellah Hammoudi, installé aux Etats-Unis, était-il « invité » à cette rencontre ? Y représentait-il Hicham Alaoui ? Quelle que soit la réponse, la question mérite d’être posée à la lumière du projet obscurantiste d’Al Adl Wal Ihssane qui n’a jamais fait secrète sa volonté de voir renverser la monarchie marocaine pour la remplacer par une république islamiste. Pour les observateurs du Mouvement, il ne fait aucun doute que le but à atteindre par la Jamaâ est toujours le même, il n’y a que l’ « emballage » qui ait changé.</p>
<figure id="attachment_209027" aria-describedby="caption-attachment-209027" style="width: 327px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209027 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lavergne1.jpg" alt="" width="327" height="300" /><figcaption id="caption-attachment-209027" class="wp-caption-text">Marc-Etienne Lavergne, directeur au CNRS</figcaption></figure>
<p>Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>son rapprochement avec des forces gauchistes et laïques relève de l’opportunisme. Ils ont pour but d’élargir le cercle des personnes qu’ils ambitionnent de toucher à travers cette alliance. Ce n’est pas forcément une alliance électorale puisqu’Al Adl Wal Ihsane ne présente pas de candidats aux élections</em> », explique à Atlasinfo le chercheur au CNRS avant de souligner que « <em>c&rsquo;est sans doute l’indication qu’il y a derrière un projet de mobilisation plus grand en prévision de l&rsquo;évolution de la situation au Maroc et de son environnement régional ou international. Ces évolutions permettraient d’espérer, soit d’intégrer le pouvoir, soit de le prendre. Mais cela relève d’un rêve lointain car le Maroc est un Etat solide</em>. »</p>
<h2><strong>Un rapprochement entamé depuis au moins 2008</strong></h2>
<p>Cette réunion ne s’est pas limitée à replacer dans l’actualité Al Adl Wal Ihssane, même si aucune communication officielle sur sa tenue n’était prévue. Elle a le mérite d’’avoir permis de mettre des mots et une forme sur ce qui existait déjà entre la plupart des parties qui s’y sont associées, depuis au moins les manifestations du printemps 2011.</p>
<p><strong>Lire aussi</strong>:<a href="https://atlasinfo.fr/enquete-al-adl-wal-ihssane-extreme-gauche-frapper-ensemble-mais-marcher-separement.html"> <span class="post-title">“frapper ensemble mais marcher séparément”</span></a></p>
<p>Il s’agit d’une alliance entre des cercles que tout oppose sur le plan idéologique et qui ont choisi de faire cause commune sur la base d’un seul point commun : la conquête du pouvoir. Ce n’est donc pas une affaire de convictions mais d’intérêts. Chaque partie y trouve son compte, se soutenant l’une l’autre dans leurs actions respectives pour leur donner une certaine amplitude. Les organisations ou les individualités composant ce réseau trouvent également avantage à mettre en commun leurs forces et mobiliser leurs réseaux respectifs, dès que l’une d’entre elle fait face à l’Etat ou à tout ce qu’elles peuvent lui assimiler.</p>
<p>Ainsi, lorsque la Jamaâ dénonce début 2017 « une purge » de l’Etat après le licenciement ou les mutations de 129 de ses membres fonctionnaires essentiellement du ministère de l’éducation, c’est l’Association Marocaine des Droits de l’Homme qui organise le comité de soutien à Al Adl Wal Ihssane et Khadija Riyadi qui en est la coordinatrice. Sans surprise, nous retrouvons des chefs de file comme Fouad Abdelmoumni et Maati Monjib en première ligne de cette action.</p>
<figure id="attachment_209032" aria-describedby="caption-attachment-209032" style="width: 390px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209032 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/La-Marche-Sindicats-De-Lenseignemen1.jpg" alt="" width="390" height="260" /><figcaption id="caption-attachment-209032" class="wp-caption-text">manifestants adlistes contre les licenciements ou mutations des enseignants inféodés à la Jamaâ</figcaption></figure>
<p>Ce soutien avait sensiblement divisé les rangs de l’extrême gauche. Un militant du Parti Socialiste Unifié (PSU) nous confie qu’il avait particulièrement interpelé les universitaires, cadres ou militants du parti : « <em>les deux tiers des personnes visées par ces licenciements ou ces mutations étaient dans l’enseignement. Tout le monde connait le prosélytisme d’Al Adl Wal Ihssane</em> », poursuit notre témoin, précisant : « <em>nous sommes bien placés pour savoir que c’est dans le secteur de l’éducation qu’elle s’active le plus pour diffuser son idéologie et qu’elle nous a combattu violemment surtout à l’université où nous avons perdu du terrain face à leurs étudiants. On ne peut pas composer avec cela. L&rsquo;Etat a laissé proliférer les islamistes dans l’enseignement</em> », s’indigne l’universitaire aujourd’hui à la retraite.  « <em>Mais si nous voulons rester cohérents, nous ne pouvons pas soutenir les islamistes le jour où il (l’Etat)décide d’agir, même si je trouve certains aspects de la démarche contestables</em> », conclut notre témoin qui préfère garder l&rsquo;anonymat.</p>
<h2><strong>Une alliance contre nature vouée à l’échec</strong></h2>
<p>En l’absence de valeurs communes, le modèle de solidarité circonstancielle adopté par ces alliés les expose à une très grande vulnérabilité. Pour William Lawrence, « toute alliance « contre nature » est vouée à l’échec mais, dans le même temps, faire de la politique est quasi impossible sans alliances. Parfois, ce sont des alliances de convenances éphémères, comme cela a été le cas en Iran avec une rupture immédiatement après la révolution (alliance avec le parti communiste Toudeh par la suite combattu par Khomeiny) ».</p>
<p>Cet épisode des fonctionnaires membres d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane fournit de précieuses informations sur le rapprochement entre l’extrême gauche et les obscurantistes de la Jamaâ, d’abord parce qu’il précise le profil des pivots de part et d’autre qui s’activent à la réalisation et à la réussite de cette alliance.</p>
<p>Lors d’une manifestation, organisée devant le parlement à cette occasion, Hassan Bennajeh, membre du secrétariat général du cercle politique de la Jamaâ et Maati Mounjib se tiennent côte à côte. Tentant une justification sur cette proximité, l’historien déclare que « dans le monde arabe, le conflit entre laïcs et islamistes est dévastateur. Il vaut mieux se rencontrer et discuter, y compris des différences de points de vue ». Ce que l’universitaire se garde de dire, c’est quels sont les sujets sur lesquels ils sont en phase, les convergences, les objectifs.</p>
<h2><strong>Les uns se nourrissent des autres</strong></h2>
<p>Le jour de ce sit-in, Annahj Addémocrati organisait une rencontre sur la perception de la formation politique d’extrême gauche par des acteurs extérieurs. Les participants ont pu y applaudir Omar Iharchane, membre du cercle politique pour lequel « aucun changement politique sérieux ne pourrait avoir lieu sans Annahj Addémocrati ». Bien qu’il puisse sembler anodin, ce propos indique le niveau de dépendance d’Al Adl Wal Ihssane vis-à-vis de cet allié d’obédience marxiste, dont le poids sur la scène politique est pourtant insignifiant.</p>
<p>« <em>La jamaâ sait que ses convictions ne rencontrent aucun écho au sein de l’intelligentsia marocaine</em> », analyse Mokhtar Laghzioui. « <em>Elle sait que son idéologie nourrie par des mythes et des croyances farfelues ne parviendront pas à convaincre la tranche sociale cultivée qui interroge la raison et la rationalité des marocains. Ses dirigeants pensent qu’Annahj Addémocrati et ses alliés peuvent aider la Jamaâ à atteindre cette couche de la population</em> », selon le journaliste.</p>
<h2><strong>« L’alliance de l’aveugle avec le paralytique »</strong></h2>
<p>De son côté, l’extrême gauche symbolisée par Annahj Addémocrati « souffre de l’assèchement de ses idées qui ne sont plus audibles par les marocains.  La plupart des conférences organisées par ce mouvement connaissent une affluence très limitée, voire quasi nulle », estime le directeur de la rédaction du quotidien « Ahdath Maghribia ».</p>
<blockquote><p><strong>Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>c&rsquo;est l’alliance de l’aveugle et du paralytique. Cela permet à l’aveugle de marcher et au paralytique de voir. Je ne pense pas que ce mariage aboutira. Il y aura rupture quand chaque camp se dira : « bon j’ai assez gagné, donc je reprends ma liberté ». C’est un phénomène que nous avons déjà constaté en Egypte avec les Frères musulmans</em> ».</strong></p></blockquote>
<p>La Jamaâ mise très gros sur ce rapprochement. Sa capacité à mobiliser s’est considérablement réduite, comme cela a pu être constaté dans les différentes manifestations « pro-Hirak » auxquels elle a pris part. Elle continue de subir l’impact négatif des déclarations de son secrétaire général Mohamed Abaddi sur le califat et les têtes qu’il faudrait « décapiter » pour sa restauration, sans parvenir à les surmonter et enfin, l’émergence de nouvelles générations d’acteurs ont rendu dépassés aussi bien son discours que sa méthode.</p>
<p>« Je pense que le modèle organisationnel adopté par Al Adl wal Ihsane est devenu obsolète face aux méthodes nouvelles qu’ont trouvé les Marocains pour exprimer leurs griefs et s&rsquo;organiser politiquement », constate William Lawrence. « Al Adl wal Ihsanne est conscient de ce contexte changeant et a essayé de s&rsquo;adapter, mais je crois qu&rsquo;à plus long terme son attrait se réduira au fur et à mesure que les repères politiques et culturels et le modèle organisationnel des Marocains évoluera dans de nouvelles directions. »</p>
<h2><strong>Obsolescence programmée</strong></h2>
<p>En attendant cette obsolescence programmée, Il ne fait aucun doute que ce sont les idées de gauche, même les moins extrêmes, qui auraient tout à perdre à vouloir se rapprocher d’un acteur beaucoup trop fidèle à l’héritage doctrinal de son fondateur Abdessslam Yassine pour espérer raisonnablement le voir renoncer à son projet de république islamique « authentique » et le convertir aux valeurs de la démocratie.</p>
<figure id="attachment_209028" aria-describedby="caption-attachment-209028" style="width: 334px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209028" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/nabila1-2.jpg" alt="" width="334" height="238" /><figcaption id="caption-attachment-209028" class="wp-caption-text">Nabila Mounib, SG du PSU</figcaption></figure>
<p>Les forces de gauche, telle que le Parti Socialiste Unifié, se démarquent d’Annahj Addémocrati et jouent la carte de la prudence devant la campagne de séduction de la Jamaâ et les actions destinées à rendre plus belle une épouse qui signe son acte de mariage par nécessité et non par affection. Nabila Mounib, secrétaire général du PSU l’a appris à ses dépens lorsque sa participation à une série de rencontre entre laïcs et islamistes, organisées par la<em> fondation Cordoue</em>, a été rendue publique.</p>
<p>Organisées entre Istanbul et Doha entre 2016 et 2017, ces rencontres se sont déroulées dans la discrétion jusqu’à ce qu’un communiqué d’Al Adl Wal Ihssane livre aux médias un éclairage sur leur objectif. La patronne du Parti Socialiste Unifié se verra reprocher par des membres de sa formation et les médias cette participation pour laquelle elle sera acculée à se justifier, expliquant qu’elle y avait pris part en tant qu’universitaire et non représentante du PSU.</p>
<p>A ses cotés pendant ce cycle de rencontres, des représentants de la Jamaâ, l’actuel chef de Gouvernement issu du Parti de la Justice et du Développement, Saad Dine El Otmani*, Khadija Riyadi de l’AMDH et Maati Monjib qui y réaffirmera tout l’intérêt, pour lui, d’une « entente entre islamistes et laïcs depuis les attentats de 2003 ».</p>
<p>L’historien, qui apparait dans chacune des séquences de ce rapprochement, semble en être devenu la cheville ouvrière la plus engagée depuis 12 ans.</p>
<p><strong>A suivre….</strong></p>
<p><strong>*</strong>Interview avecWilliam Lawrence, professeur en sciences politiques et relations internationales. Ancien diplomate, il est chercheur au sein du Middle East Institute<br />
<strong>* </strong>Les takfiri sont des extrémistes islamistes adeptes d’une idéologie violente<br />
<strong>*</strong>Interview avec Marc-Etienne Lavergne, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique, directeur de recherche au CNRS<br />
<strong>*</strong>D’après Telquel.ma , 14 décembre 2015).</p>
<p><span style="text-transform: initial;"><strong>*</strong>L&rsquo;institut a été c</span><span style="text-transform: initial;">rée en 1994 avec le « généreux soutien » de (Moulay) Hicham Alaoui , peut-on lire sur la page d’accueil du site de l’institut.</span></p>
<p><strong>*</strong> AtlasInfo.fr a adressé M. à El Otmani une demande d&rsquo;interview à laquelle il n&rsquo;a pas donné suite.</p>
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		<title>Al Adl Wal Ihssane, une Jamaa née dans l’amertume</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Sep 2020 18:39:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
		<category><![CDATA[Abdeslam Yassine]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
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					<description><![CDATA[« La déception ne vient jamais des autres, elle n’est que le reflet de nos erreurs de jugements », pour reprendre le propos marqué du bon sens d’un anonyme. Cumulant les déceptions au sein de la Tareqa Boutchichia dont il était disciple, Abdeslam Yassine crée sa propre Jamaa. Son organisation est politique et sa doctrine basée sur l’instauration d’une « société islamique authentique », un califat.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’idée de Abdeslam Yassine de fonder sa propre Jamaa (communauté) en 1973 est née de l’immense désillusion qui fût la sienne de ne pouvoir succéder à Cheikh Hajj El Abbas, leader spirituel de la puissante Tareqa Boutchichia. Abdeslam Yassine, lui-même alors disciple de la confrérie de Madagh (environs 70 kms au Nord de Oujda), pensait avoir atteint l’élévation spirituelle suffisante et avoir le cœur assez grand pour être capable de succéder au charismatique Hajj El Abbas. Mais avant de mourir, celui-ci lègue « le siir », le secret par lequel son successeur est jugé apte à diriger la confrérie soufie, à son propre fils Cheikh Sidi Hamza.</p>
<p>Après la période de deuil, nous raconte un disciple, témoin de ces évènements, Abdeslam Yassine demande à être reçu par le nouveau leader de la confrérie pour proposer une organisation différente de la Zaouiya, qu’il présente comme une « modernisation ». Cheikh Sidi Hamza l’écoute, mais rejette les propositions de Abdeslam Yassine, considérant que le modèle préconisé par l’ancien instituteur s’apparentait à celui d’un parti politique qui éloignerait  la confrérie de sa mission qui consiste à accompagner les croyants dans leur parcours spirituel.</p>
<h2><strong>Une organisation politique structurée pour une « société islamique authentique »</strong></h2>
<p>Le rejet de ses propositions fût la déception de trop pour Abdeslam Yassine qui préféra alors quitter la confrérie Boutchichia pour créer sa propre communauté. L’homme se sent investi d’une mission et pense être un « élu de Dieu » qui doit défendre l’instauration d’une société « islamique authentique ». Seulement, l’Islam qu’il préconise n’est pas celui de la voie soufie de Madagh.</p>
<p>Abdeslam Yassine emprunte en effet le chemin de celui qui caractérise les organisations politiques structurées qui veulent prendre le pouvoir pour mettre en place leur propre régime. Pour y parvenir, il lui faut d’abord recruter des disciples en se gardant bien, en tout cas au début, de parler ouvertement de ses ambitions politiques.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208232" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1.jpg" alt="" width="640" height="338" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1.jpg 640w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1-520x275.jpg 520w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<p>Sa méthode de recrutement est très simple, raconte un ancien adepte de la Jamaa : être visible et s’activer partout, dans le moindre quartier, dans les écoles, les mosquées évidemment, les universités et jusque dans les marchés avec un prosélytisme très offensif qui présente la particularité de n’exiger aucune condition spéciale pour assister à une séance de prédication (Jalssa) ou à une veillée religieuse. Il suffit juste d’être l’ami d’un membre pour devenir à son tour partie intégrante du mouvement et ensuite d’opérer la même démarche auprès de ses propres cercles amicaux pour y détecter des profils à enrôler.</p>
<h2><strong>« L’Islam ou le déluge », devant un Occident dont l’influence est jugée «pernicieuse »</strong></h2>
<p>C’est la lettre « l’Islam ou le déluge » adressée au Roi Hassan II en 1974 qui donnera au prédicateur une certaine notoriété. Il y critique longuement l’Occident et son « influence pernicieuse » dit-il, et contre laquelle il prône une renaissance islamique, ne se contentant pas de fustiger le Roi mais aussi les intellectuels arabes un peu trop « occidentalisés » à son goût.</p>
<p>« Balaie les partis politiques et viens qu’on s’assoie ensemble : toi, moi et l’armée », écrit-il au Roi défunt. Cette lettre lui vaudra d’être interné en asile psychiatrique pendant 42 mois et par la suite d’être assigné à résidence pendant 11 ans.</p>
<p>La Jamaa affirme alors vouloir investir la société marocaine non pas en exerçant une quelconque autorité par la contrainte mais essentiellement par « l’éducation ». Elle se dit non violente et déclare rejeter le système politique existant, du fait notamment que le Roi est chef religieux, Commandeur des croyants. Rien d’étonnant à ce que l’ancien instituteur conteste au souverain marocain son titre de guide spirituel (faisant mine d&rsquo;oublier au passage que le souverain est descendant du prophète), si l’on considère que Abdeslam Yassine se voit lui comme un « élu de Dieu », un être capable de « visions » prophétiques et qui aspire au pouvoir suprême à travers l’instauration du califat.</p>
<h2><strong>Il s’émerveille devant La république islamique d’Iran, shiite, la qualifiant d’ « épopée »</strong></h2>
<p>Dans son livre la « Sunna d’Allah », Abdeslam Yassine nous indique en page 170 les modèles qui suscitent son admiration : « l’épopée de la révolution iranienne, le jihad majestueux des Afghans, la résistance islamique au Sud du Liban et les soulèvements des mouvements islamistes sont autant d’exemples de la vraie identité musulmane recouvrée ». Le prédicateur magnifie auprès de ses disciples le modèle iranien, et dans une sorte de cohérence qui allie idéologie et action, le Hezbollah soutenu par Téhéran dans le Sud Liban, qui reflète également à ses yeux cet idéal révolutionnaire.</p>
<p>S’il était toujours de ce monde, l’aveuglement ferait sans doute oublier à Abdeslam Yassine que les Ayatollahs ont installé une dictature. Assis sur les troisièmes réserves mondiales de pétrole, le pays s’est appauvri et vit dans l&rsquo;isolement. Le bilan du premier régime islamiste de l’ère moderne n’est guère glorieux et la suprématie du théocratique sur le politique a montré toutes ses limites avec 40% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les élites cléricales se vautrent dans le luxe, gavant au passage le Hezbollah, le régime de Bachar El Assad et les milices chiites irakiennes. Le pays a tout simplement perdu 40 ans sur le plan économique et toute manifestation est réprimée dans le sang, pendant que les gardiens de la révolution veillent à une stricte soumission à la charia, que la corruption paralyse le pays et que un tiers des jeunes est sans travail. C’est la révolution du grand désenchantement… Mais c’est là une autre histoire.</p>
<h2><strong>Abdeslam Yassine fasciné par les frères musulmans d’Egypte</strong></h2>
<p>Reprenons celle de Abdeslam Yassine qui trouve également dans le modèle des Frères musulmans d’Egypte de l’inspiration. Il reprend en effet les contours de la même trajectoire que Hassan El-banna, le fondateur avec lequel il partage plusieurs points communs, en plus de celui d’avoir été instituteur comme lui. Ils ont tous deux une même fascination pour le pouvoir et partagent l’idée selon laquelle il faut gouverner par l’Islam, avec un référentiel religieux moralisateur omniprésent à partir duquel Il s’agit de mettre en place un cadre doctrinal strict pour réglementer les faits et gestes de chacun des membres de la communauté. L’islam serait donc la solution pour asseoir une autorité politique, celle du califat. C’était le but ultime que caressait également Hassan Al-Banna.</p>
<p>Pour Al Adl Wal Ihssane, reconnaître la commanderie des croyants, instance légitime et légale incarnée par le Roi, reviendrait alors à renoncer au rêve de Abdeslam Yassine de voir la choura mise en place, une sorte de conseil de théologiens qui guident l’imam suprême, en l’occurrence … lui.</p>
<p>Nous pourrions sans risque attribuer des slogans devenus célèbres du mouvement des frères musulmans à celui de l’ancien instituteur marocain : « notre constitution, c’est le Coran » ou encore « une seule loi, la charia », « la démocratie, c’est la choura ». Cette comparaison est d’autant plus aisée, que tout comme les frères musulmans d’Egypte qui ont adopté en 1928 le califat comme la forme d’organisation politique pour diriger la Oumma (communauté islamique), Al Adl Wal Ihssane se fixe le même objectif.</p>
<h2><strong>De Daech à Boko Haram en passant par Al-Qaïda, la valse sanglante des califes</strong></h2>
<p>Il ne s’agit pas là de l’histoire romancée de ce puissant Calife de Baghdad auquel Shéhérazade raconte chaque soir une histoire dont elle ne dévoile pas la fin pour tenir en haleine durant mille et une nuit le puissant calife, afin qu’il puisse l’épargner et il finira par le faire. Il ne s’agit pas non plus de certains de ces califes ottomans, dont la grandeur historique rapportée dans des récits littéraires occidentaux, ont contribué à construire des personnages de légende avant que le califat ottoman ne soit aboli en 1924 par Atatürk.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208196" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins.jpeg" alt="" width="700" height="380" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins.jpeg 700w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins-520x282.jpeg 520w" sizes="auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px" /></p>
<p>Aujourd’hui, le calife a pris le visage terrifiant de Aboubaker al Baghdadi, chef de « l’état islamique » entre 2014 et 2019. Lorsque du haut de sa chaire de la mosquée de Mossoul en juin 2014, il s’autoproclame Calife sous le nom d&rsquo;Abou Ibrahim, nous sommes loin de l’idée de rendre à l’Islam sa grandeur perdue du temps des premiers califes qui ont longtemps entretenu l’imaginaire collectif. Daech est une organisation terroriste djihadiste et son chef qui annonce l’instauration d’un califat entre l’Irak et la Syrie est un génocidaire qui a les mains souillées du sang de milliers d’innocents.</p>
<p>Deux mois après Aboubaker Al Baghdadi, c’est au tour du sanguinaire Abubakar Shekhau, leader de Boko Haram, de proclamer l’instauration d’un « califat islamique » dans la partie nord-est du Nigeria.</p>
<p>Et comme pour ne pas démentir le dicton « jamais deux sans trois », l’idéologue d’Al-Qaïda, l’égyptien Ayman Al Zawahiri prend le relais pour annoncer, 10 jours après Shekhau, la mise en place d’une nouvelle branche de l’organisation terroriste dans le sous-continent indien. Il n’avait alors échappé à personne que chacune de ces auto-proclamations a fait l’objet d’un rappel du «passé glorieux » du califat, l’un renvoyant à celui de Sokoto, l’autre au califat des abbassides et le troisième à celui de l’empire ottoman. Voilà trois chefs de mouvements terroristes instrumentalisant la religion à des fins politiques, affublés du titre de chef suprême des musulmans sur des territoires qu’ils ont délimités et prêts aux pires massacres des « impies et des mécréants ».</p>
<h2><strong>Un « jihad » pour instaurer le califat et conquérir le monde par son islamisation</strong></h2>
<p>Nous ne savons pas lequel de ces trois modèles de « conquête » aurait eu la faveur de Abdeslam Yassine mais le fait est qu’il avait pour rêve le califat et objectif ultime sa restauration . Dans son livre « Préambules pour l’avenir de l’Islam », le fondateur de la Jamaa écrit page 44 : « notre jihad s’inscrit dans une approche globale qui ne peut aboutir qu’à travers une éducation multidimensionnelle et une foi indéfectible en la gloire de Dieu et l’instauration de la khilafa (le califat) » .</p>
<figure id="attachment_208199" aria-describedby="caption-attachment-208199" style="width: 331px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-208199" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/abbadi2.jpg" alt="" width="331" height="189" /><figcaption id="caption-attachment-208199" class="wp-caption-text">Mohamed Abbadi</figcaption></figure>
<p>Mohamed Abbadi, le successeur de Abdeslam Yassine, ne saurait contredire la volonté du fondateur de Al Adl Wal Ihssane, bien au contraire. Lui qui a du mal à se départir de l’ombre encombrante du fondateur, décédé en 2012, est monté d’un cran dans la description du modèle califal auquel aspire le mouvement radical.</p>
<h2><strong>La décapitation pour tout opposant à la restauration du califat ?</strong></h2>
<p>Alors que le monde assiste, effaré, aux massacres et aux exactions perpétrées par les califes auto-proclamés de Boko Haram, Daech et Al Qaïda, Mohamed Abbadi entretient une position qui ne souffre aucune ambiguïté sur la manière dont il faut s’y prendre pour instaurer un califat. Dans plusieurs vidéos à partir d’octobre 2015, Il fait siens les vœux du fondateur pour sa restauration. Pour lui, elle seule est à même d’unir les musulmans et de s’affranchir de la domination occidentale, l’objectif ultime étant la conquête du monde et son islamisation.</p>
<p><iframe loading="lazy" src="//www.youtube.com/embed/LXYeiJjvzkY" width="560" height="314" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p>Le 7 avril 2016 dans une vidéo tournée dans le cadre d’une réunion interne du « Majliss Al Hadith », diffusée par la WebTV du mouvement Al Adl Wal Ihsane, il s’était longuement attardé sur la question en franchissant un nouveau palier dans la description du « rêve de la Jamaa d’instaurer le régime du califat », avec une démarche présentée comme une obligation religieuse (wajib charîi). Le prédicateur illustre son propos d’une citation d&rsquo; Omar ibn al-Khattab qui avait donné trois jours à ses compagnons pour nommer un nouveau calife. Tout opposant à la restauration du califat devait être « décapité ».</p>
<p>Compte tenu du contexte, les propos de Mohamed Abaddi ont provoqué un tollé et plongé la Jamaa dans la tourmente au point qu&rsquo;il a essayé de les rectifier dans une nouvelle vidéo diffusée le 13 avril, expliquant que ses propos avaient été « sortis de leur contexte » et qu’il s’était contenté de rappeler des faits historiques. Il ajoute : « quand on parle du califat, on ne parle pas uniquement du Maroc, mais de toute la terre d’islam ». Abbadi ne renie en rien ses déclarations mais tente de les atténuer : « C’est un projet de longue haleine sur lequel doivent travailler les musulmans d’Orient et du Maghreb. Entre nous et le califat que nous espérons, il y a un long chemin », explique-t-il.</p>
<p>Hassan Bennajeh, porte-parole du cercle politique, tentera d’éteindre le feu ainsi allumé par le prédicateur Abbadi en soutenant que les propos avaient été mal interprétés et précisant que le modèle califal préconisé par Al Adl Wal Ihssane n’a rien à voir avec celui de Daech.</p>
<p>Toutes ces tentatives de rectifier le tir n’étaient pas, en réalité, uniquement destinées à tranquilliser l’opinion publique marocaine. Elles servaient aussi à rassurer les chancelleries occidentales et surtout à calmer la colère des figures de l’extrême gauche, qui avaient entamé avec la Jamaa un rapprochement depuis 10 ans. Une « alliance » pour la mise en place d&rsquo;un « front commun contre le despotisme ».</p>
<p><strong>A suivre….</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
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