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	<title>Commanderie des croyants &#8211; Atlasinfo</title>
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		<title>Mohammed VI, un règne du sens</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Jul 2026 08:08:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Le 30 juillet 1999, un roi de trente-cinq ans recevait l&#8217;allégeance à Rabat, une semaine après la mort de son père. Vingt-sept ans plus tard, le Maroc célèbre la Fête du Trône, et l&#8217;exercice du bilan reprend ses droits : un port devenu le premier de Méditerranée pour le trafic de conteneurs, une ligne à &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em><span style="font-size: 14pt;"><strong>Le 30 juillet 1999, un roi de trente-cinq ans recevait l&rsquo;allégeance à Rabat, une semaine après la mort de son père. Vingt-sept ans plus tard, le Maroc célèbre la Fête du Trône, et l&rsquo;exercice du bilan reprend ses droits : un port devenu le premier de Méditerranée pour le trafic de conteneurs, une ligne à grande vitesse, des chantiers structurants qui se comptent en milliards de dirhams&#8230; Tout cela est exact. Tout cela passe pourtant à côté de l&rsquo;essentiel.</strong></span></em></p>
<p>Car ce que ce règne a construit de plus durable ne se photographie pas. Le roi Mohammed VI a gouverné le sens avant de bâtir des infrastructures. Gouverner le sens, c&rsquo;est décider en dernier ressort de ce que les mots, les textes et les appartenances veulent dire. La clé de cette singularité porte un nom ancien : la Commanderie des croyants. Cette institution qui fait du roi le garant de l&rsquo;interprétation légitime. Là où tant d&rsquo;États ont abandonné le terrain religieux aux entrepreneurs de colère ou cru le neutraliser en le privatisant, le Maroc en a fait une fonction de souveraineté. Ce choix n&rsquo;était écrit nulle part. Il fut une décision de règne — et il éclaire jusqu&rsquo;à l&rsquo;époque qui s&rsquo;ouvre, celle des machines à produire du discours.</p>
<p>On l&rsquo;a vu après les attentats de Casablanca, le 16 mai 2003, qui firent trente-trois victimes en une soirée. La réponse marocaine ne s&rsquo;est pas limitée à la sécurité, même si la fermeté fut immédiate. Deux semaines après les attaques, le roi fixait le cap dans un discours à la nation.Dans les années qui suivirent, une doctrine prit forme, que Rabat nomma la sécurité spirituelle. Le champ religieux fut restructuré en profondeur : réorganisation du Conseil supérieur des oulémas, encadrement de la fatwa, refonte de la formation des imams — et, innovation remarquée, celle des morchidates, ces prédicatrices formées par l&rsquo;État. L&rsquo;Institut Mohammed VI de Rabat accueille aujourd&rsquo;hui des centaines d&rsquo;imams venus du Mali, du Tchad, de Côte d&rsquo;Ivoire, du Niger, du Sénégal, de Gambie et de Guinée. Le Royaume n&rsquo;a pas seulement protégé son territoire, il a repris la main sur ce que les textes veulent dire et il en partage la méthode.</p>
<p>La même logique traverse les grandes réformes intérieures. Le code de la famille, annoncé par le roi devant le Parlement dès l&rsquo;automne 2003 et adopté en 2004 au terme d&rsquo;un débat de société de plusieurs années, n&rsquo;a pas été énoncé comme une concession à un modèle extérieur. Il a été formulé dans la langue du droit musulman, par un Commandeur des croyants arbitrant entre ses oulémas et sa société. C&rsquo;est ce qui l&rsquo;a enraciné là où tant de réformes, ailleurs, sont restées lettre morte. L&rsquo;Instance Équité et Réconciliation, créée la même année pour solder les années de plomb, a fait autre chose qu&rsquo;indemniser des victimes : elle a dit le passé, publiquement, dans un exercice que peu de pays ont osé. Dire le passé est encore une opération de sens.</p>
<p>La Constitution de 2011 a prolongé ce travail d&rsquo;écriture de soi. Son préambule inscrit dans le texte fondamental une unité « forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie », nourrie de « ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ». L&rsquo;amazighe y devient langue officielle aux côtés de l&rsquo;arabe. La régionalisation avancée, principe d&rsquo;organisation du Royaume. Un pays qui écrit ce qu&rsquo;il est, dans sa pluralité assumée, n&rsquo;a pas besoin qu&rsquo;on le lui dicte.</p>
<p>C&rsquo;est aussi à cette lumière qu&rsquo;il faut lire la séquence diplomatique qui vient de s&rsquo;écrire. La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité sans aucune voix contre, consacre le plan d&rsquo;autonomie marocain comme la base du règlement du différend du Sahara — dix-huit ans après que Rabat l&rsquo;eut déposé sur la table des Nations unies. Rien n&rsquo;est clos : les négociations restent devant. Mais l&rsquo;essentiel a changé de camp. Pendant cinquante ans, la bataille a porté sur les mots : décolonisation ou parachèvement de l&rsquo;intégrité territoriale, référendum ou autonomie. Le Maroc a gagné le jour où le vocabulaire du Conseil de sécurité est devenu le sien. Les diplomaties qui durent sont celles qui imposent leur grammaire, et une grammaire ne s&rsquo;impose ni par la force ni par la seule patience : elle s&rsquo;impose quand elle décrit le réel mieux que celle d&rsquo;en face.</p>
<p>Même chose sur le continent. Le retour dans l&rsquo;Union africaine en 2017, après trente-trois ans d&rsquo;absence, ne fut pas qu&rsquo;un retour de capitaux — le Maroc est devenu le deuxième investisseur africain du continent — mais un retour de récit : celui d&rsquo;une profondeur africaine assumée, adossée à des liens spirituels séculaires que la formation des cadres religieux vient prolonger. L&rsquo;Afrique n&rsquo;est pas, pour Rabat, un marché, elle est une appartenance.</p>
<p>Reste l&rsquo;épreuve qui vient. L&rsquo;intelligence artificielle est une industrie du sens. Des machines qui produisent du discours, de l&rsquo;interprétation, de la définition, à une échelle jamais vue, dans des langues et selon des références décidées ailleurs. Les nations sans architecture propre recevront leurs récits comme elles reçoivent leurs semi-conducteurs — de l&rsquo;extérieur, au prix fixé par d&rsquo;autres. La doctrine ne dispense pas des capacités : calcul, données, modèles restent à bâtir ou à négocier. Mais les outils se rattrapent plus vite que les doctrines ne s&rsquo;inventent. Or un État qui fait, depuis vingt-sept ans, de l&rsquo;interprétation une affaire de souveraineté n&rsquo;aborde pas cette ère en terrain inconnu. Ce qui fut construit pour le champ religieux — former, encadrer, qualifier, plutôt que subir ou interdire — dessine une méthode pour le champ cognitif tout entier.</p>
<p>Le trentième anniversaire de ce règne se célébrera dans un monde saturé de discours produits par des machines. Le Maroc y parviendra avec une avance que les bilans chiffrés ne mesurent pas. Il a appris, avant beaucoup, que la souveraineté commence par le sens.</p>
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