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	<title>alliance &#8211; Atlasinfo</title>
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		<title>Alger dans le piège russo-iranien à l&#8217;insu de son plein gré !</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Mar 2023 12:06:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[L’heure de vérité approche pour les choix stratégiques et diplomatiques du régime politico-militaire algérien. Est-il en train de devenir un bastion de la puissance russe et une rampe de lancement de l’influence iranienne ? Jusqu’au jour d’aujourd’hui, Alger est dans la dénégation et la dissimulation. Non, le régime algérien n’a pas organisé des manœuvres militaires &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3>L’heure de vérité approche pour les choix stratégiques et diplomatiques du régime politico-militaire algérien. Est-il en train de devenir un bastion de la puissance russe et une rampe de lancement de l’influence iranienne ?</h3>
<p>Jusqu’au jour d’aujourd’hui, Alger est dans la dénégation et la dissimulation. Non, le régime algérien n’a pas organisé des manœuvres militaires avec les Russes à la frontière marocaine. Non il ne participe pas à financer la machine de guerre de Vladimir Poutine à travers de gigantesques contrats<br />
d’armements. Non il ne fournit pas de drones iraniens aux milices séparatistes du Polisario et facilite l’implantation iranienne en Afrique du Nord.</p>
<p>Autant d’accusations pourtant vérifiées et documentées lancées à la face du régime algérien par les Américains et les Européens. A un tel point que la question de savoir pour quel agenda de guerre et de déstabilisation Alger roule en ce moment devient pressante.</p>
<p>Washington a pris conscience de cette posture de défiance du régime algérien. A travers plusieurs signaux, l’administration de Joe Biden a tenté de le raisonner et de le pousser à revoir ses calculs et ses choix. Cette intimité militaire structurelle avec le pouvoir russe qui date de l’Union soviétique, cette alliance politique avec le régime iranien suffisent largement aux yeux des Américaines pour susciter des interrogations sur les vrais objectifs poursuivis par les autorités algériennes.</p>
<p>Cette prise de conscience est telle que la Maison Blanche et le congrès américain envisagent d’imposer des sanctions contre le régime algérien pour le punir de ses liaisons dangereuses avec Moscou et Téhéran.</p>
<p>Mais ce qui apparaît comme une évidence politique pour les Américains qui appelle réactions et sanctions ne l’est forcément pas pour Paris. En tentant de magnifier sa relation avec le régime algérien, la France fait mine d’oublier que c’est à cause de l’incontestable soutien de l’armée algérienne aux groupes Wagner au Sahel que les Russes ont pu prendre la main dans cette région et créer les conditions de mettre fin à la présence militaire française dans la région. Les exemples maliens et Burkinabé sont parlants dans cette stratégie commune aux Algériens et aux Russes.</p>
<p>Paris parait non seulement insensible à cette aventure commune entre Alger et Moscou, la diplomatie française ne semble pas s’offusquer outre mesure de l’alliance poussée entre l’Algérie et l’Iran qui menacer de déstabiliser l’ensemble de l’Afrique du Nord. Paris ne peut assumer le discours internationalement admis qu’il faut mettre fin aux activités agressives de l’Iran dans la région du Golfe et du Proche-Orient et fermer les yeux sur les facilités offertes par le régime algérien à son homologue iranien pour interférer et s&rsquo;ingérer dans les affaires de la région.</p>
<p>Avec la guerre entre la Russie et l’Ukraine qui s’annonce longue et coûteuse, chaque partie, russe, américaine et européenne, va tenter de mobiliser ses alliés et de compter ses forces. Le régime algérien va devoir choisir : ou rejoindre le camp occidental en cessant immédiatement de financer la machine de guerre de Vladimir Poutine et de lui procurer des facilités d’expansion régionale ou continuer à être un des soutiens Moscou qu’il faut neutraliser pour Bruxelles comme pour Washington.</p>
<p>Dans ce bras de fer stratégique, l’entrée en lice de l’élément iranien, perturbateur et pyromane par essence, complique davantage le positionnement d’Alger. Il s’agit d’une alliance et d’un compagnonnage politique avec un pays considéré par la communauté internationale comme une menace permanente sur la paix et la stabilité dans le monde. Le meilleur exemple et la plus récente preuve étant l’arrivé dans la région du Maghreb de drones iraniens susceptible d’embraser toute la région et d’ouvrir par conséquent un autre foyer de tension dans lequel le régime iranien aura son mot à dire.</p>
<p>Même si Alger pourrait être tenté par exploiter cette séquence de tension internationale pour arracher des concessions aux uns et aux autres, les enjeux sont tels qu’il est devenu impossible de jouer sur les deux tableaux sans devoir effectuer un choix final et décisif.</p>
<p>Le régime du duo Tebboune/ Chengriha vit son heure de vérité dans ses choix et ses alliances. Il  devra choisir son camp et montrer qu’il ne s’acoquine par avec des forces en rupture de ban de la communauté internationale.</p>
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		<title>Gérald Darmanin récuse l&#8217;islam de France et s’allie à l’islam consulaire algérien</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Dec 2021 15:57:11 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Abdelmadjid Tebboune]]></category>
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					<description><![CDATA[Sans crier gare et sans avertir personne, le ministre de l’Intérieur, chargé des cultes, vient de dégoupiller une bombe inédite dans l’organisation de l’islam de France. Il vient de décréter ni plus ni moins la mort du Conseil français du culte musulman, organe officiel chargé d’organiser les relations entre les pouvoirs publics et les représentants &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Sans crier gare et sans avertir personne, le ministre de l’Intérieur, chargé des cultes, vient de dégoupiller une bombe inédite dans l’organisation de l’islam de France. Il vient de décréter ni plus ni moins la mort du Conseil français du culte musulman, organe officiel chargé d’organiser les relations entre les pouvoirs publics et les représentants du culte musulman en France. Cette démarche a une allure du fait du prince qui décrète de manière autoritaire ce qui est viable et ce qui ne l’est pas.</p>
<p>Prenant un prétexte erroné selon lequel certaines organisations formant le CFCM auraient rechigné à signer la charte des valeurs de la république, voulue par le président Emmanuel Macron, Gérald Darmanin vient de déclarer caduc l’ensemble de l’échafaudage institutionnel voulu par les autorités depuis de nombreuses années.</p>
<h2>Incompréhensions des acteurs religieux</h2>
<p>Outre que cette décision du ministre Darmanin est tombée comme un cheveu sur la soupe, provoquant interrogations et incompréhensions dans les rangs de la plupart des acteurs agissant dans ce domaine, le ministre de l’Intérieur lui donne une étrange justification, laquelle confrontée à la réalité des faits, montre sinon un double discours ou du moins une schizophrénie politique en la matière.</p>
<p>Gérald Darmanin justifie ce tournant et ces choix par la volonté du président de la république de mettre fin à ce qui est communément connue par l’appellation « Islam consulaire » porté par « les imams détachés » algériens (120), turcs (150) et marocains (0).  La dissémination d’un discours religieux incompatible avec les valeurs de la République est souvent attribuée à cet « islam consulaire », véhiculé par des imams ignorant les réalités sociologiques et politiques françaises.</p>
<p>Or depuis son arrivée place Beauvau, qui trouve-t-on dans le petit carnet du ministère de l’intérieur et des cultes ? Qui est devenu l’interlocuteur favori de la Place Beauvau qui murmure à l’oreille des conseillers du ministre ? Un certain Chemes eddine Hafiz, recteur de la mosquée de Paris. Et que vient faire récemment ce « recteur », dont la légitimité est contestée et l’image trouble ? Il vient d’être reçu en grandes pompes à Alger par le président algérien Abdelmadjid Tebboune.</p>
<h2>La Bénédiction de Tebboune</h2>
<p>A l&rsquo;issue de cette rencontre, tout émoustillé de l’honneur officiel qui lui a été fait, il s’est fendu  de déclarations aux médias algériens en présence du ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Youcef Belmahdi, dans lesquelles il exprime sa fierté de porter en France les couleurs de l’islam algérien.</p>
<p>Selon un communiqué officiel relayé par la presse algérienne, le président algérien Abdelmajid Tebboune « a donné des orientations au premier responsable de la Mosquée de Paris pour poursuivre ses efforts et de hisser les performances de cette institution ».</p>
<p>Et Chems eddine Hafiz de rajouter une couche dans la soumission de la mosquée de Paris aux injonctions et souhaits d’Alger lorsqu’il affirme sans sourciller qu’il va appliquer la feuille de route d’Alger à l’islam de France et mobiliser la diaspora algérienne sur le plan politique, à la veille de l&rsquo;élection présidentielle 2022.</p>
<p>Le ministre français de l’intérieur Gérald  Darmanin fait mine d’ignorer que l’homme chems eddine Hafiz  et l’institution qu’il dirige la mosquée de Paris incarnent à merveille cet islam consulaire  tant honni qu’il prétend combattre jusqu’à casser les institutions représentatives existantes. Il oublie une réalité statistique imparable, à savoir que la majorité des imams détachés actuels proviennent de l’Algérie et sont salariés de l’Etat algérien.</p>
<h2>L&rsquo;islam au centre de la présidentielle</h2>
<p>Gerald Darmanin annonce pour la fin du mois de janvier prochain l’organisation d’une sorte de forum de l’islam de France, sur le modèle allemand totalement différend du modèle français, pour créer une autre structure de représentation. Cette structure verra l’intronisation d’une centaine de personnes venues de tous les horizons pour incarner cette représentation de l’islam de France.</p>
<p>Outre la précipitation de Darmanin et la non préparation avec lesquelles ce projet est mené, il n’est pas interdit de penser que le ministre Darmain court manifestement derrière la volonté de monter avec un grand éclat un coup politicien à quelques semaines seulement des élections présidentielles qui vont voir Emmanuel Macron concourir pour un second mandat.</p>
<p>Il est clair que le ministre Darmanin s’accommode à merveille avec l’islam consulaire algérien dont il ne perçoit ni les dangers ni les dévoiements assumés publiquement par la mosquée de Paris et son recteur Chems eddine Hafiz. Cette vison sélective du ministre Darmanin lui fait prendre des vessies pour des lanternes, des pyromanes et  des aventuriers pour des incarnations de la  modération compatible avec les valeurs de la République.</p>
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		<title>Maroc: Gauche radicale et radicalité religieuse, « l’alliance de l’aveugle et du paralytique »</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Sep 2020 13:12:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Quand les uns revendiquent la supériorité de la « choura » (conseil religieux) et la mise en place d’une république islamiste, les autres se présentant comme laïcs ou athées, contestent que les hommes puissent gouverner au nom du religieux. Pourtant, voilà ces deux « parties » aux doctrines antagonistes concluant une alliance pour coordonner leurs actions contre la monarchie. Le « terrain d’entente » qu’elles semblent avoir trouvé pour agir ensemble suppose-t-il une évolution ou le sacrifice de leur idéologies respectives ? Rien n’est moins sûr. Ce qui l’est en revanche, c’est que les modes d’expression adoptés par les nouvelles générations de marocains est en train de précipiter l’obsolescence de la machine à fabriquer de la contestation des deux « parties ».]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous sommes le 14 décembre 2015.</p>
<p>Le mouvement islamiste Al Adl Wal Ihssane saisit l’occasion que lui offre la commémoration du décès de son fondateur pour organiser une conférence. Différentes sensibilités de la société civile, de l’extrême gauche aux organisations islamistes y sont conviées. Cet évènement est une opportunité que ne doit pas gâcher la Jamaâ (communauté) pour se remettre en selle et réhabiliter l’image d’un mouvement non violent et « ouvert sur la société ». Elle avait été fortement écornée lors des marches du mouvement du « 20 Février » auxquelles étaient associés les adilistes en 2011. Il lui faut donc montrer patte blanche et donner de nouveau des gages de confiance aux animateurs de la gauche radicale qui avaient considéré comme un lâchage et un moyen de pression le retrait de la Jamaâ des manifestations du « M20 ».</p>
<figure id="attachment_209026" aria-describedby="caption-attachment-209026" style="width: 319px" class="wp-caption alignright"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-209026 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence.jpg" alt="" width="319" height="319" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence.jpg 319w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence-300x300.jpg 300w" sizes="(max-width: 319px) 100vw, 319px" /><figcaption id="caption-attachment-209026" class="wp-caption-text">Pr William Lawrence</figcaption></figure>
<p>«<em> L’une des principales raisons pour lesquelles ils ont quitté le « mouvement du 20 février</em> , explique à Atlasinfo le chercheur américain William Lawrence*, <em>était le manque de religiosité dans les slogans et les messages du mouvement du « 20 Février ». A l&rsquo;époque, il y avait beaucoup de dissensions dans leurs rangs, car les jeunes membres poursuivaient une politique plus inclusive (…) et les dirigeants, eux, poursuivaient une politique plutôt opposée</em> ». «<em> Ce fossé générationnel au sein d&rsquo;Al Adl wal Ihssane en particulier et de la société marocaine en général, est important</em> », analyse l’expert du Middle East Institute.</p>
<h2><strong>Faire oublier l’image de « secte » et les accusations de takfirisme</strong></h2>
<p>A la mort de Abdessalam Yassine en 2012, le mouvement islamiste est otage de l’héritage idéologique de son fondateur. Le mouvement perd de son attractivité et s’essouffle. L’adoption d’une nouvelle constitution en juillet 2011 et l’arrivée au gouvernement de son « frère », le Parti de la Justice et du Développement en 2012, avaient fini par précipiter Al Adl Wal Ihssane dans une longue crise idéologique et identitaire dont il lui faut sortir à tout prix, notamment en faisant oublier l’effrayant projet califal du prédicateur disparu.</p>
<h2><strong>Montrer que la Jamaâ peut survivre au décès de son fondateur</strong></h2>
<p>Aussi, lorsqu’il prend la parole lors de cette conférence commémorative, le successeur d’Abdeslam Yassine axe l’essentiel de son intervention sur la non-violence du mode opérationnel et de l’idéologie de la Jamaâ. Mohamed Abbadi tente de gommer l’image de « secte » et les accusations de takfirisme*qui pèsent sur l’organisation, à la lumière de sa doctrine et des contours du projet de société dans lequel elle souhaite voir projeter le Maroc.</p>
<figure id="attachment_209029" aria-describedby="caption-attachment-209029" style="width: 363px" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" class="wp-image-209029 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/abbadi_chibani_1_1.jpg" alt="" width="363" height="245" /><figcaption id="caption-attachment-209029" class="wp-caption-text">Mohamed Abbadi</figcaption></figure>
<p>Le second objectif d’Al Adl Wal Ihssane est de faire la démonstration de sa capacité à dialoguer avec d’autres sensibilités et de signifier à l’Etat qu’elle est bel et bien (toujours) là, capable de survivre au décès de son fondateur. « La Jamaâ est prête a travaillé avec tous ceux qui souhaitent régler les problèmes du Maroc », déclare Mohamed Abbadi aux participants à la conférence.</p>
<p>Le Troisième objectif est de sortir de l’isolement politique dans lequel est plongée l’organisation islamiste radicale, affaiblie par l’arrivée aux affaires du PJD. Le succès du parti islamiste aux élections législatives de 2012 répondait en effet aux aspirations d’une grande partie des disciples et des sympathisants de la Jamaâ, fatigués d’attendre la Qawma, le soulèvement général, promis par Abdessalam Yassine.</p>
<p>Pour Marc-Etienne Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des mouvements radicaux*, l’entreprise dans laquelle s’est lancé le mouvement est périlleuse : « <em>il y a, à la fois un projet à long terme qui est de changer son image et qui est une prise de risque d’une certaine manière. C’est-à-dire, sortir de sa zone de confort et de sa clientèle habituelle pour montrer un autre visage et essayer d’attirer et de recruter une autre clientèle. Mais comment peut-on demeurer islamiste tout en s’alliant avec l’extrême gauche ? C’est un exercice difficile</em> ».</p>
<h2><strong>Extrême gauche et obscurantisme islamiste : une alliance basée sur les intérêts</strong></h2>
<p>La gauche radicale aux cotés de laquelle le mouvement islamiste avait marché lors des manifestations de 2011 est présente en force à cette conférence. Faisant figure de chef de fil, l’historien Maati Monjib est là. Il connait bien les responsables des instances de la Jamaâ pour avoir organisé entre 2008 et 2010 une série de rencontres et de débats entre la gauche dite « laïque » et les islamistes dit « démocrates » et à laquelle Al Adl Wal Ihssane était associée.</p>
<p>Maati Monjib est donc un familier de ces commémorations annuelles et cultive une grande proximité avec Hassan Bennajeh, l’un des cadres influents du mouvement islamiste radical. Fouad Abdelmoumni, militant de l’AMDH qui avait activement pris part aux contacts avec la Jamaâ pour sa participation au mouvement du « 20 Février » a également répondu présent, de même que l’économiste Najib Akesbi ou encore Mohammed Hafid, ancien membre de l’Union Socialiste des Forces Populaires, l’USFP. Tous affichent des convictions aux antipodes de celles préconisées par le mouvement obscurantiste, partisan de l’application de la charia et de la restauration d’un califat pour une société « islamique authentique ». Pour le journaliste Mokhtar Laghzioui, ce rapprochement « <em>est surtout basé sur une nécessité de « compensation » ou de complémentarité, si vous préférez, chacune des deux sensibilités essayant de trouver chez l’autre ce qui lui manque</em>. »</p>
<figure id="attachment_209033" aria-describedby="caption-attachment-209033" style="width: 250px" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" class="wp-image-209033 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD.jpg" alt="" width="250" height="308" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD.jpg 250w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD-244x300.jpg 244w" sizes="(max-width: 250px) 100vw, 250px" /><figcaption id="caption-attachment-209033" class="wp-caption-text">Fouad Abdelmoumni</figcaption></figure>
<p>Le militant d’extrême gauche, Fouad Abdelmoumni, explique quant à lui « que le changement au Maroc ne peut se faire sans que les islamistes et les laïcs ne s’allient », estimant que le discours de la Jamaâ avait changé. De son coté, Omar Iherchane, membre du cercle politique de la Jamaâ, considère alors qu’un dialogue devait s’installer entre Al Adl Wal Ihssane et les différents courants et que le mouvement est ouvert pour « écouter les solutions qui feront avancer la société ».*</p>
<h2><strong>Al Adl Wal Ihssane veut le pouvoir temporel et religieux</strong></h2>
<p>Pour les observateurs, les objectifs affichés par la communication de la Jamaâ ne traduisent pas la réalité portée par la doctrine qui constitue le socle de l’organisation. Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>Il est clair qu&rsquo;Al Adl Wal Ihssane veut le pouvoir temporel et religieux. Mais on ne peut pas gérer une communauté avec simplement des préceptes divins. Nous sommes dans une société humaine globale avec des Etats et des gouvernements</em> ». Au chercheur d’ajouter : « <em>la question est de savoir à quel endroit va se situer la frontière entre ses propres ambitions et celles de l’extrême gauche.</em> »</p>
<p>En attendant la réponse à cette question, Al Adl Wal Ihssane mène une large campagne de séduction dans laquelle s’inscrit cette conférence de décembre 2015. Le vocabulaire est réfléchi, différent pour affirmer en d’autres termes que le pouvoir doit être confié aux élus mais sans jamais renier les positions pour une société totalement « islamisée ».</p>
<p>Aucune remise en question donc, mais de nouveaux angles sur lesquels structurer une nouvelle image fondée sur le respect des libertés individuelles, les libertés publiques, la démocratie et les droits de l’homme, la justice sociale et la fraternité. Voilà de quoi mettre Al Adl Wal Ihssane en conformité avec certaines exigences de ses partenaires de la gauche radicale et anticiper sur un nouveau mouvement de rejet de la Jamaa ouvertement exprimé par une partie des jeunes du « M20 » en 2011.</p>
<p>Certains avaient en effet dénoncé la radicalité religieuse d’Al Adl Wal Ihssane quand d’autres refusaient le chaos pour lequel elle avait œuvré en dévoyant le cahier revendicatif des jeunes du « M20 », revendiquant l’instauration d’une république sur un modèle califal, quand eux appelaient à une monarchie parlementaire.</p>
<h2><strong>Montrer sa capacité à dialoguer et s’ouvrir sur les autres sensibilités</strong></h2>
<p>Cette posture nouvelle d’Al Adl Wal Ihssane est le résultat de contacts jusque-là tenus dans la clandestinité par la Jamaâ et « certaines sensibilités politiques et associatives ». L’une de ces rencontres secrètes, qui a eu lieu le 11 juillet 2014, a filtré dans la presse, obligeant les responsables du mouvement radical à s’expliquer sur cette invitation « informelle » lancée auprès d’une dizaine de personnalités « dans l’objectif d’échanger des idées. Nous avons parlé de la situation du pays », dira du bout des lèvres à la presse le porte-parole de la Jamâa, Fathallah Arsalane.</p>
<figure id="attachment_209031" aria-describedby="caption-attachment-209031" style="width: 316px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209031" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1.jpg" alt="" width="316" height="339" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1.jpg 316w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1-280x300.jpg 280w" sizes="auto, (max-width: 316px) 100vw, 316px" /><figcaption id="caption-attachment-209031" class="wp-caption-text">Abdellah Hammoudi</figcaption></figure>
<p>Parmi les présents, l’historien Maati Monjib est toujours là, agissant en sa qualité de président du centre de recherche Ibn Rochd qu’il a dissout depuis. L’homme d’affaires casablancais Karim Tazi était également de la partie ainsi que Mohamed Kihel et Abdeslam Bekkari, tous deux membres du parti de l’Istiqlal et l’ancien membre du parti socialiste marocain Mohamed Hafid. Un avocat et des universitaires complètent la liste dans laquelle un nom se détache, celui de Abdellah Hammoudi.</p>
<p>Directeur et fondateur de l’Institut d’études transrégionales du Moyen-Orient contemporain, de l’Afrique du Nord et de l’Asie Centrale de l’université de Princeton*, l’anthropologue est un ami intime et l’un des principaux collaborateurs de Hicham Alaoui, le fils ainé de feu Moulay Abdellah, frère de feu le Roi Hassan II.</p>
<h2><strong>Hicham Alaoui partie prenante de ce rapprochement ?</strong></h2>
<p>A quel titre Abdellah Hammoudi, installé aux Etats-Unis, était-il « invité » à cette rencontre ? Y représentait-il Hicham Alaoui ? Quelle que soit la réponse, la question mérite d’être posée à la lumière du projet obscurantiste d’Al Adl Wal Ihssane qui n’a jamais fait secrète sa volonté de voir renverser la monarchie marocaine pour la remplacer par une république islamiste. Pour les observateurs du Mouvement, il ne fait aucun doute que le but à atteindre par la Jamaâ est toujours le même, il n’y a que l’ « emballage » qui ait changé.</p>
<figure id="attachment_209027" aria-describedby="caption-attachment-209027" style="width: 327px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209027 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lavergne1.jpg" alt="" width="327" height="300" /><figcaption id="caption-attachment-209027" class="wp-caption-text">Marc-Etienne Lavergne, directeur au CNRS</figcaption></figure>
<p>Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>son rapprochement avec des forces gauchistes et laïques relève de l’opportunisme. Ils ont pour but d’élargir le cercle des personnes qu’ils ambitionnent de toucher à travers cette alliance. Ce n’est pas forcément une alliance électorale puisqu’Al Adl Wal Ihsane ne présente pas de candidats aux élections</em> », explique à Atlasinfo le chercheur au CNRS avant de souligner que « <em>c&rsquo;est sans doute l’indication qu’il y a derrière un projet de mobilisation plus grand en prévision de l&rsquo;évolution de la situation au Maroc et de son environnement régional ou international. Ces évolutions permettraient d’espérer, soit d’intégrer le pouvoir, soit de le prendre. Mais cela relève d’un rêve lointain car le Maroc est un Etat solide</em>. »</p>
<h2><strong>Un rapprochement entamé depuis au moins 2008</strong></h2>
<p>Cette réunion ne s’est pas limitée à replacer dans l’actualité Al Adl Wal Ihssane, même si aucune communication officielle sur sa tenue n’était prévue. Elle a le mérite d’’avoir permis de mettre des mots et une forme sur ce qui existait déjà entre la plupart des parties qui s’y sont associées, depuis au moins les manifestations du printemps 2011.</p>
<p><strong>Lire aussi</strong>:<a href="https://atlasinfo.fr/enquete-al-adl-wal-ihssane-extreme-gauche-frapper-ensemble-mais-marcher-separement.html"> <span class="post-title">“frapper ensemble mais marcher séparément”</span></a></p>
<p>Il s’agit d’une alliance entre des cercles que tout oppose sur le plan idéologique et qui ont choisi de faire cause commune sur la base d’un seul point commun : la conquête du pouvoir. Ce n’est donc pas une affaire de convictions mais d’intérêts. Chaque partie y trouve son compte, se soutenant l’une l’autre dans leurs actions respectives pour leur donner une certaine amplitude. Les organisations ou les individualités composant ce réseau trouvent également avantage à mettre en commun leurs forces et mobiliser leurs réseaux respectifs, dès que l’une d’entre elle fait face à l’Etat ou à tout ce qu’elles peuvent lui assimiler.</p>
<p>Ainsi, lorsque la Jamaâ dénonce début 2017 « une purge » de l’Etat après le licenciement ou les mutations de 129 de ses membres fonctionnaires essentiellement du ministère de l’éducation, c’est l’Association Marocaine des Droits de l’Homme qui organise le comité de soutien à Al Adl Wal Ihssane et Khadija Riyadi qui en est la coordinatrice. Sans surprise, nous retrouvons des chefs de file comme Fouad Abdelmoumni et Maati Monjib en première ligne de cette action.</p>
<figure id="attachment_209032" aria-describedby="caption-attachment-209032" style="width: 390px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209032 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/La-Marche-Sindicats-De-Lenseignemen1.jpg" alt="" width="390" height="260" /><figcaption id="caption-attachment-209032" class="wp-caption-text">manifestants adlistes contre les licenciements ou mutations des enseignants inféodés à la Jamaâ</figcaption></figure>
<p>Ce soutien avait sensiblement divisé les rangs de l’extrême gauche. Un militant du Parti Socialiste Unifié (PSU) nous confie qu’il avait particulièrement interpelé les universitaires, cadres ou militants du parti : « <em>les deux tiers des personnes visées par ces licenciements ou ces mutations étaient dans l’enseignement. Tout le monde connait le prosélytisme d’Al Adl Wal Ihssane</em> », poursuit notre témoin, précisant : « <em>nous sommes bien placés pour savoir que c’est dans le secteur de l’éducation qu’elle s’active le plus pour diffuser son idéologie et qu’elle nous a combattu violemment surtout à l’université où nous avons perdu du terrain face à leurs étudiants. On ne peut pas composer avec cela. L&rsquo;Etat a laissé proliférer les islamistes dans l’enseignement</em> », s’indigne l’universitaire aujourd’hui à la retraite.  « <em>Mais si nous voulons rester cohérents, nous ne pouvons pas soutenir les islamistes le jour où il (l’Etat)décide d’agir, même si je trouve certains aspects de la démarche contestables</em> », conclut notre témoin qui préfère garder l&rsquo;anonymat.</p>
<h2><strong>Une alliance contre nature vouée à l’échec</strong></h2>
<p>En l’absence de valeurs communes, le modèle de solidarité circonstancielle adopté par ces alliés les expose à une très grande vulnérabilité. Pour William Lawrence, « toute alliance « contre nature » est vouée à l’échec mais, dans le même temps, faire de la politique est quasi impossible sans alliances. Parfois, ce sont des alliances de convenances éphémères, comme cela a été le cas en Iran avec une rupture immédiatement après la révolution (alliance avec le parti communiste Toudeh par la suite combattu par Khomeiny) ».</p>
<p>Cet épisode des fonctionnaires membres d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane fournit de précieuses informations sur le rapprochement entre l’extrême gauche et les obscurantistes de la Jamaâ, d’abord parce qu’il précise le profil des pivots de part et d’autre qui s’activent à la réalisation et à la réussite de cette alliance.</p>
<p>Lors d’une manifestation, organisée devant le parlement à cette occasion, Hassan Bennajeh, membre du secrétariat général du cercle politique de la Jamaâ et Maati Mounjib se tiennent côte à côte. Tentant une justification sur cette proximité, l’historien déclare que « dans le monde arabe, le conflit entre laïcs et islamistes est dévastateur. Il vaut mieux se rencontrer et discuter, y compris des différences de points de vue ». Ce que l’universitaire se garde de dire, c’est quels sont les sujets sur lesquels ils sont en phase, les convergences, les objectifs.</p>
<h2><strong>Les uns se nourrissent des autres</strong></h2>
<p>Le jour de ce sit-in, Annahj Addémocrati organisait une rencontre sur la perception de la formation politique d’extrême gauche par des acteurs extérieurs. Les participants ont pu y applaudir Omar Iharchane, membre du cercle politique pour lequel « aucun changement politique sérieux ne pourrait avoir lieu sans Annahj Addémocrati ». Bien qu’il puisse sembler anodin, ce propos indique le niveau de dépendance d’Al Adl Wal Ihssane vis-à-vis de cet allié d’obédience marxiste, dont le poids sur la scène politique est pourtant insignifiant.</p>
<p>« <em>La jamaâ sait que ses convictions ne rencontrent aucun écho au sein de l’intelligentsia marocaine</em> », analyse Mokhtar Laghzioui. « <em>Elle sait que son idéologie nourrie par des mythes et des croyances farfelues ne parviendront pas à convaincre la tranche sociale cultivée qui interroge la raison et la rationalité des marocains. Ses dirigeants pensent qu’Annahj Addémocrati et ses alliés peuvent aider la Jamaâ à atteindre cette couche de la population</em> », selon le journaliste.</p>
<h2><strong>« L’alliance de l’aveugle avec le paralytique »</strong></h2>
<p>De son côté, l’extrême gauche symbolisée par Annahj Addémocrati « souffre de l’assèchement de ses idées qui ne sont plus audibles par les marocains.  La plupart des conférences organisées par ce mouvement connaissent une affluence très limitée, voire quasi nulle », estime le directeur de la rédaction du quotidien « Ahdath Maghribia ».</p>
<blockquote><p><strong>Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>c&rsquo;est l’alliance de l’aveugle et du paralytique. Cela permet à l’aveugle de marcher et au paralytique de voir. Je ne pense pas que ce mariage aboutira. Il y aura rupture quand chaque camp se dira : « bon j’ai assez gagné, donc je reprends ma liberté ». C’est un phénomène que nous avons déjà constaté en Egypte avec les Frères musulmans</em> ».</strong></p></blockquote>
<p>La Jamaâ mise très gros sur ce rapprochement. Sa capacité à mobiliser s’est considérablement réduite, comme cela a pu être constaté dans les différentes manifestations « pro-Hirak » auxquels elle a pris part. Elle continue de subir l’impact négatif des déclarations de son secrétaire général Mohamed Abaddi sur le califat et les têtes qu’il faudrait « décapiter » pour sa restauration, sans parvenir à les surmonter et enfin, l’émergence de nouvelles générations d’acteurs ont rendu dépassés aussi bien son discours que sa méthode.</p>
<p>« Je pense que le modèle organisationnel adopté par Al Adl wal Ihsane est devenu obsolète face aux méthodes nouvelles qu’ont trouvé les Marocains pour exprimer leurs griefs et s&rsquo;organiser politiquement », constate William Lawrence. « Al Adl wal Ihsanne est conscient de ce contexte changeant et a essayé de s&rsquo;adapter, mais je crois qu&rsquo;à plus long terme son attrait se réduira au fur et à mesure que les repères politiques et culturels et le modèle organisationnel des Marocains évoluera dans de nouvelles directions. »</p>
<h2><strong>Obsolescence programmée</strong></h2>
<p>En attendant cette obsolescence programmée, Il ne fait aucun doute que ce sont les idées de gauche, même les moins extrêmes, qui auraient tout à perdre à vouloir se rapprocher d’un acteur beaucoup trop fidèle à l’héritage doctrinal de son fondateur Abdessslam Yassine pour espérer raisonnablement le voir renoncer à son projet de république islamique « authentique » et le convertir aux valeurs de la démocratie.</p>
<figure id="attachment_209028" aria-describedby="caption-attachment-209028" style="width: 334px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209028" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/nabila1-2.jpg" alt="" width="334" height="238" /><figcaption id="caption-attachment-209028" class="wp-caption-text">Nabila Mounib, SG du PSU</figcaption></figure>
<p>Les forces de gauche, telle que le Parti Socialiste Unifié, se démarquent d’Annahj Addémocrati et jouent la carte de la prudence devant la campagne de séduction de la Jamaâ et les actions destinées à rendre plus belle une épouse qui signe son acte de mariage par nécessité et non par affection. Nabila Mounib, secrétaire général du PSU l’a appris à ses dépens lorsque sa participation à une série de rencontre entre laïcs et islamistes, organisées par la<em> fondation Cordoue</em>, a été rendue publique.</p>
<p>Organisées entre Istanbul et Doha entre 2016 et 2017, ces rencontres se sont déroulées dans la discrétion jusqu’à ce qu’un communiqué d’Al Adl Wal Ihssane livre aux médias un éclairage sur leur objectif. La patronne du Parti Socialiste Unifié se verra reprocher par des membres de sa formation et les médias cette participation pour laquelle elle sera acculée à se justifier, expliquant qu’elle y avait pris part en tant qu’universitaire et non représentante du PSU.</p>
<p>A ses cotés pendant ce cycle de rencontres, des représentants de la Jamaâ, l’actuel chef de Gouvernement issu du Parti de la Justice et du Développement, Saad Dine El Otmani*, Khadija Riyadi de l’AMDH et Maati Monjib qui y réaffirmera tout l’intérêt, pour lui, d’une « entente entre islamistes et laïcs depuis les attentats de 2003 ».</p>
<p>L’historien, qui apparait dans chacune des séquences de ce rapprochement, semble en être devenu la cheville ouvrière la plus engagée depuis 12 ans.</p>
<p><strong>A suivre….</strong></p>
<p><strong>*</strong>Interview avecWilliam Lawrence, professeur en sciences politiques et relations internationales. Ancien diplomate, il est chercheur au sein du Middle East Institute<br />
<strong>* </strong>Les takfiri sont des extrémistes islamistes adeptes d’une idéologie violente<br />
<strong>*</strong>Interview avec Marc-Etienne Lavergne, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique, directeur de recherche au CNRS<br />
<strong>*</strong>D’après Telquel.ma , 14 décembre 2015).</p>
<p><span style="text-transform: initial;"><strong>*</strong>L&rsquo;institut a été c</span><span style="text-transform: initial;">rée en 1994 avec le « généreux soutien » de (Moulay) Hicham Alaoui , peut-on lire sur la page d’accueil du site de l’institut.</span></p>
<p><strong>*</strong> AtlasInfo.fr a adressé M. à El Otmani une demande d&rsquo;interview à laquelle il n&rsquo;a pas donné suite.</p>
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		<title>Enquête/Al Adl Wal Ihssane-Extrême gauche: “frapper ensemble mais marcher séparément »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2020 09:36:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Abdeslam Yassine]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
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					<description><![CDATA[Said ELakhal, islamologue, spécialiste de l'islam politique et des mouvements islamistes, auteur de plusieurs ouvrages* sur le mouvement radical Al Adl wal Ihssane, revient sur le projet politique porté par le mouvement qui ambitionne l’instauration d’un califat. Il en analyse la doctrine, les ressorts et les moyens que la Jamaâ fondée par Abdessalam Yassine est prête à mobiliser pour atteindre ses objectifs. Son “alliance” avec l’extrême gauche marocaine, notamment, fait partie de la stratégie de l’organisation pour arriver à son but.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2 dir="ltr"><strong>Al Adl Wal Ihssane poursuit un but : instaurer le califat. En cela, la Jamaâ perpétue-t-elle l’objectif de son fondateur, Abdessalam Yassine ?</strong></h2>
<p dir="ltr"><strong>Said ELakhal</strong>: depuis sa création, Al Adl Wal Ihssane (“Justice et Bienfaisance”) appelle à la restauration du califat. L’actuel chef de la Jamaâ (communauté), Mohamed Abbadi, prétend agir au nom de l’Islam et accomplir la volonté du prophète.</p>
<figure id="attachment_208330" aria-describedby="caption-attachment-208330" style="width: 381px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-208330" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/saidou1.jpg" alt="" width="381" height="235" /><figcaption id="caption-attachment-208330" class="wp-caption-text">Saïd Elakhal</figcaption></figure>
<p dir="ltr">La Jamaâ se distingue des autres organisations de l’islam politique sur deux questions essentielles. La première est qu’elle proclame sa volonté de bâtir un Etat califal sur la base des directives du prophète et sur les ruines des systèmes politiques actuels. Elle ne fait aucune distinction entre les monarchies, les systèmes laïcs, dictatoriaux, démocratiques ou islamiques. Tous ces régimes qui ne gouvernent pas “au nom d’Allah” sont , pour ce mouvement, des régimes illégitimes. Pour Al Adl Wal Ihssane, l’instauration du califat est un devoir religieux pour tout musulman et un “ordre divin”.<br />
Le fondateur de la Jamaâ cheikh Yassine, décédé en 2012, a bâti son projet politique sur la base d’un Hadith attribué au prophète Muhammad : “la prophétie sera en vous si Dieu le veut. Il vous la retire si tel est son désir. (&#8230;) le califat sera sur le modèle du prophète et il s’est tu”.</p>
<p dir="ltr">Il n’y a pas de divergences entre Cheikh Yassine et Aboubakr Al-Baghdadi, le fondateur de Daech. Les deux ont en commun cet objectif d’établir l&rsquo;État du califat quels que soient les moyens utilisés pour y arriver.<br />
Pour Abdessalam Yassine, ce n&rsquo;est pas n’importe quel groupe islamiste qui  peut aspirer à instaurer le califat. Seuls les groupes dirigés par des cheikhs aux qualités divines y ont droit. Pour lui, ils seraient les ayant droits légitimes auxquels Dieu a ordonné d’obéir. “Ô croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d&rsquo;entre vous qui détiennent le commandement”.</p>
<h2 dir="ltr"><strong>Quel est le second point de différentiation?</strong></h2>
<p dir="ltr">Le second est que Adl wal Ihssane refuse la participation aux élections et l’implication dans des institutions, de même qu’il n’est pas question pour elle d’assumer des responsabilités et gérer la chose publique. Cheikh Yassine a établi une constitution et une feuille de route pour la Jamaâ de laquelle elle ne peut dévier. Parmi les fondements de sa doctrine, il y a le fait que tous les régimes politiques dans les pays arabes et islamiques ne gouvernent pas au nom de la “loi d’Allah”. Donc, toute participation à un processus électoral ou alternance politique au sein de ces régimes serait une trahison de “la parole de Dieu”.</p>
<h2 dir="ltr">Sur la base de ce que vous venez de dire , de quelle manière Al Adl Wal Ihssane entend atteindre ses objectifs?</h2>
<p dir="ltr">Leur guide, Abdessalam Yassine, avait  expliqué la situation de la manière suivante : notre ligne politique est que nous ne nous opposons pas aux gouvernants à l’instar des partis politiques à cause de leurs choix économiques ou de leur gestion, nous leur désobéissons car ils sont sortis du cercle de l’Islam. ( “Les principes de la voie prophétique”, page 25).</p>
<p dir="ltr">C’est pour ces raisons que Cheikh Yassine et ses fidèles n’aspirent pas à avoir “la bénédiction” du régime, mais aspirent plutôt à sa chute. Ils veulent précipiter l’heure de son démantèlement s’ils parviennent à convaincre les autres forces politiques de boycotter les élections et de ne pas participer au gouvernement et au parlement. Un tel scénario serait de nature à augmenter la colère et la frustration de la rue qui se révolterait alors contre le régime. C’est ce que la Jamaâ appelle la Qawma, le soulèvement général et dont l’objectif suprême est de réunir les conditions de l’instauration du califat.</p>
<p dir="ltr">Pour réaliser cet objectif ultime, il faut installer une base idéologique, d’où le livre de Abdessalam Yassine “Al minhaj annabaoui “(“Les principes de la voie prophétique”), considéré comme la constitution de la Jamaâ.  Il y lance les fondements doctrinaires en tant que groupe porteur d’un message d’unité pour la nation musulmane, sous l’étendard du califat. Il pose aussi les jalons d’une feuille de route pour réunir cette “force humaine” capable de démanteler le régime monarchique et d’installer à sa place le califat.</p>
<h2 dir="ltr">Quels sont les moyens avec lesquels les dirigeants de la Jamaâ pensent pouvoir réunir cette “force humaine” ?</h2>
<p dir="ltr">Dans leur projet, réunir cette force passe par trois étapes :<br />
<strong>⁃</strong> L’éducation à travers la diffusion de l’idéologie de la Jamaâ  jusqu’à devenir une doctrine solide, susceptible de transformer ses membres en combattants prêt à mourir pour elle.<br />
<strong>⁃</strong> L’organisation, c’est à dire une structure numérique solide, porteuse de ce projet de califat et prête à combattre par tous les moyens pour le défendre et l’atteindre.<br />
<strong>⁃</strong> Le passage à l’acte pour prendre le pouvoir à travers un soulèvement général.</p>
<p dir="ltr">Pour mobiliser ses membres et renforcer leur détermination, Abdessalam Yassine prétendait que Dieu lui avait promis, à lui et à son groupe, la victoire. La Jamaâ ne passerait à la troisième étape que lorsqu’elle serait assurée de posséder toutes les forces humaines nécessaires pour s’emparer du pouvoir à travers les manifestations et la désobéissance civile, sur le modèle de la révolution iranienne de Khomeini. Le prédicateur a demandé à ses disciples de ne pas se précipiter pour proclamer “la révolution”, pas avant d’avoir acquis la certitude que les conditions du succès soient réunies car tout échec signifierait la fin de la Jamaâ.</p>
<h2 dir="ltr">Les orientations tracées par Abdeslam Yassine sont-elles toujours scrupuleusement suivie par la jamaâ, même après sa mort ?</h2>
<p dir="ltr">Abdessalam Yassine a proposé un scénario pour la proclamation du califat sur plusieurs étapes, la plus importante étant que dans chaque pays arabe ou musulman, un groupe s’empare du pouvoir et installe le califat dans ses frontières géographiques. Puis il s’agirait de former une fédération des pays, sous l’autorité de ces Jamaâs, avant de constituer un gouvernement central qui appliquerait la charia et choisirait un calife pour diriger le grand Etat califal. Encore une fois, parmi les conditions de l’installation du califat, la révolte contre les régimes politiques qui gouvernent les pays arabes et musulmans est un préalable. (<strong>Voir vidéo du 7 avril 2016 du SG d’Al Adl Wal Ihsane, Mohamed Abbadi</strong>).</p>
<p dir="ltr"><iframe loading="lazy" src="//www.youtube.com/embed/LXYeiJjvzkY" width="560" height="314" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p dir="ltr">L’hostilité et même la haine que nourrit la Jamaâ à l’égard du régime marocain n’est un secret pour personne de même qu’elle ne reconnaît pas le principe de l’allégeance au Roi, en sa qualité de Commandeur des croyants. La Jamaâ proclame régulièrement que son but est de changer de régime et d’instaurer le califat à sa place. Mais tant qu’elle se sait incapable de renverser le régime, elle se contente de parier sur un large soulèvement devant lequel elle pense que le régime se montrerait incapable de répondre. Dans sa conception des choses, le régime chuterait  comme cela a été le cas en Iran devant la révolution de Khomeini ou d’autres régimes arabes comme la Tunisie et l’Égypte, dans ce qu’on a baptisé les « printemps arabes » .</p>
<h2 dir="ltr">D’où son soutien puis son “alliance” avec le mouvement du “20 février” ?</h2>
<p dir="ltr">Pour Al Adl Wal Ihssane, le mouvement du « 20 février » n&rsquo;était qu’un moyen de concrétiser ses objectifs. La Jamaâ a rejoint le mouvement, tentant de l’instrumentaliser pour qu’il se transforme en soulèvement général pour arriver à la chute du régime.</p>
<p>Mais la majorité des jeunes, issue de la gauche pour beaucoup, a refusé ce mot d’ordre de la Jamaâ visant à faire chuter le régime. Ils ont contesté la présence d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane. Quand les dirigeants de la Jamaâ ont pris conscience que leur participation était exploitée par le Parti de la Justice et du Développement (PJD)  pour faire pression sur le régime en vue de lui arracher des concessions, ils se sont retirés. Mais ce retrait ne signifie nullement qu’Al Adl Wal Ihssane a cessé de coordonner ses actions avec l’extrême-gauche, incarnée, notamment, par Annahj Addimocrati. La coordination s’est poursuivie.</p>
<h2 dir="ltr">Qu’y a-t-il de commun entre deux groupes antagonistes dans leurs idéologies?</h2>
<p dir="ltr">Al Adl Wal Ihssane profite de cette sorte d&rsquo;”alliance” avec Annahj Addimocrati (La voie démocratique), comme avec des groupuscules au sein de la société civile ou encore certaines individualités, dans l’objectif de se rendre “fréquentable”, d’apparaître comme une force politique qui « croit » en la démocratie, qui n’exclut pas ses adversaires politiques et qui « respecte » la diversité d’opinions. Mais le véritable objectif est de pouvoir créer une coalition de groupes d’opposition au régime pour exercer des pressions et arracher des concessions que la Jamaâ pourra ensuite exploiter pour élargir sa base sociale.</p>
<p>Al Adl Wal Ihssane ne veut pas affronter le régime tout seul en dirigeant les protestations sociales afin de ne pas donner au régime, disent-ils, un prétexte d’emprisonner ses leaders et d’interdire totalement ses activités. C’est pour ces raisons que l’on observe sa présence dans toutes les manifestations organisées par des partis, syndicats et associations se revendiquant de l&rsquo;extrême-gauche, l’occasion pour la jamaâ d’exhiber sa force et de montrer sa puissance numéraire dans la rue.</p>
<p dir="ltr">Bien entendu, la majorité des formations politiques de gauche ne travaille pas avec Al Adl Wal Ihssane car ces partis connaissent bien leur objectif et ne le partagent pas. Par ailleurs, le destin qu’a connu le parti iranien de gauche, Toudeh, qui avait fait alliance avec Khomeini contre le régime, ne peut qu’inspirer le rejet. Après la chute du Shah d’Iran, Khomeini avait trahi Toudeh et fait exécuter la majorité de ses membres et de ses partisans.</p>
<h2 dir="ltr">L&rsquo;extrême-gauche marocaine incarnée par Annahj Addimocrati et la Jamaâ ont-ils un projet commun ?</h2>
<p dir="ltr">Annahj Addimocrati, seul parti qui coordonne avec Al Adl Wal Ihssane, travaille autour de ce slogan : “frapper ensemble mais marcher séparément”, appliquant la maxime “l’ennemi de mon ennemi est mon allié”.</p>
<p>Annahj est un tout petit parti et il ne possède aucune base populaire qui en ferait une force de pression. C’est pour cela qu’il a besoin de la Jamaâ. De son côté, Al Adl Wal Ihssane craint de devoir affronter le régime seul. Il a besoin d&rsquo;Annahj dont les militants constituent la colonne vertébrale de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH). Cette association, et ses quelques alliés au sein de la société civile au Maroc ou en France,  procure à la Jamaâ une « image » estampillée droits de l’Homme dont elle a besoin pour se rendre “acceptable” d’une part, et avoir des alliés qui la soutiennent en cas de difficulté, d’autre part. Si l’un de ses membres est arrêté ou emprisonné pour n’importe quelle raison, même une qui supposerait une violation de la loi, l’AMDH monterait au créneau pour faire le maximum de bruit. En fait, la Jamaâ exploite le parti Annahj Addimocrati tout comme celui-ci utilise la Jamaâ pour grossir les rangs lors des manifestations. Chacun y trouve un intérêt, en réalité,  mais au prix d’un danger et d’une menace extrêmement lourds à payer. La question est de savoir si le camp dit “moderniste” ou même celui qui se présente comme “laïc” sont prêts à supporter ce prix.</p>
<p><span style="font-size: 18pt;"><strong>*</strong></span><span style="font-size: 18pt; font-family: 'times new roman', times, serif;">Titres traduits de l&rsquo;arabe des ouvrages de Said ELakhal sur Al Adl Wal Ihssane</span>:</p>
<ol>
<li><strong> « Abdesslam Yassine: de la dervicherie au soulèvement », (2003)</strong></li>
<li><strong>« Dialogue avorté et déluge promis », (2013)</strong></li>
<li><strong>« Obsession du Mahdisme », (2003)</strong></li>
<li><strong>« Abdesslam Yassine: du soulèvement à l&rsquo;Etat califal », (2003)</strong></li>
</ol>
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