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	<title>Al Adl Wal Ihssane &#8211; Atlasinfo</title>
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	<title>Al Adl Wal Ihssane &#8211; Atlasinfo</title>
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		<title>Sécurité intérieure : quand le Maroc réinvente son propre modèle</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Dec 2020 15:39:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[La sécurité est assurément la première obligation d’un Etat. Le Maroc l’apprend chaque jour à ses dépens et consent des efforts colossaux pour garantir celle de ses 35 millions d’habitants avec un voisinage hostile qui ne lui facilite pas la tâche.  Victime de violations de son intégrité territoriale par les guérillas du Polisario, cible des &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La sécurité est assurément la première obligation d’un Etat. Le Maroc l’apprend chaque jour à ses dépens et consent des efforts colossaux pour garantir celle de ses 35 millions d’habitants avec un voisinage hostile qui ne lui facilite pas la tâche.  </strong></p>
<p><strong>Victime de violations de son intégrité territoriale par les guérillas du Polisario, cible des mouvements terroristes internationaux, proie des mafias qui organisent l’émigration clandestine et des trafiquants de drogue et en prise avec les opérations de déstabilisation de puissances étrangères, le Maroc a réussi à créer son propre modèle pour protéger ses populations, ses frontières et ses intérêts à travers le monde.</strong></p>
<p><strong>Récit de l’édification d’une partie du dispositif sécuritaire marocain dont le niveau de maîtrise dérange suffisamment pour affoler certains services de pays pourtant « amis ». Désorientée par la modernisation et l’espérance de progrès portés par le modèle sécuritaire marocain, l’alliance islamo-gauchiste, constituée par Al Adl Wal Ihssane et Annahj Addémocrati et leurs soutiens, ne manque aucune occasion sur le terrain de la parole, pour tenter de discréditer la DGST et la DGSN, figures de proue de cette transformation. Les deux institutions présentent la singularité d’être gérées par une seule et même personne.</strong></p>
<p>Depuis l’attentat de l’hôtel Atlas Asni à Marrakech en 1994 au cours duquel deux touristes espagnols ont été tués par un commando franco-algérien, le Maroc a dû payer un lourd tribut à la lutte contre le terrorisme. Celui du sang de dizaines de victimes d’attentats abominables que ce soit à Casablanca, Marrakech ou encore Imlil. Depuis 26 ans, ce sont des centaines d’opérations qui ont été avortées et autant de cellules neutralisées.</p>
<p>C’est grâce à une communauté de services du renseignement dont le niveau de professionnalisme a été substantiellement rehaussé et dont la modernisation s’est faite au pas de charge ces dernières années, que le Royaume chérifien réussit à repousser les menaces, et ce avec une feuille de route dont le Roi Mohammed VI a tracé lui-même les contours.</p>
<figure id="attachment_215084" aria-describedby="caption-attachment-215084" style="width: 627px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-215084" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammoucgi13.jpg" alt="" width="627" height="388" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammoucgi13.jpg 627w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammoucgi13-485x300.jpg 485w" sizes="auto, (max-width: 627px) 100vw, 627px" /><figcaption id="caption-attachment-215084" class="wp-caption-text">Attentat du café Argana à Marrakech, le 28 avril 2011.</figcaption></figure>
<h2><strong>Cohésion sociale et solidarité </strong></h2>
<p>Sur le front intérieur, la pandémie de la covid-19, a montré la cohésion très forte des marocains autour de leur chef d’Etat, malgré les difficultés, la modestie des ressources, les insuffisances du système de santé et la précarité dans laquelle la pandémie a plongé des milliers de familles.</p>
<p>Reste que malgré les critiques, l’extraordinaire solidarité qui a caractérisé les marocains dans cette épreuve, toutes classes sociales et toutes sensibilités culturelles ou cultuelles confondues, survivra incontestablement au coronavirus.</p>
<p>Elle constitue aujourd’hui un rempart solide sur lequel viennent se briser les rêves de prise de pouvoir aussi bien de mouvements obscurantistes comme Al Adl Wal Ihssane que ceux de leurs alliés de la gauche radicale incarnée par Fouad Abdelmoumni, Khadija Riyadi ou encore Maati Monjib, apparemment soutenus par des individualités comme Hicham Alaoui* ou encore des anciens journalistes comme Boubker Jamaï ou Ahmed Reda Benchemsi .</p>
<p><strong>Lire aussi</strong>: <a href="https://atlasinfo.fr/maroc-enquete-radicaux-de-gauche-et-islamistes-radicaux-les-liaisons-dangereuses-de-deux-extremes.html"><span class="post-title">Radicaux de gauche et islamistes radicaux, les liaisons dangereuses de deux extrêmes</span></a></p>
<p>Tous s’affichent en hommes libres et répètent en boucle à qui veut l’entendre, leur laïus sur la démocratie dans l’illusion que personne ne puisse ou ne vienne débattre de leur intégrité qu’ils voudraient supérieure.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-200933" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/05/URGENCE-SANITAIRE10-1-e1589540078513-650x366-1.jpg" alt="" width="650" height="366" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/05/URGENCE-SANITAIRE10-1-e1589540078513-650x366-1.jpg 650w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/05/URGENCE-SANITAIRE10-1-e1589540078513-650x366-1-300x169.jpg 300w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/05/URGENCE-SANITAIRE10-1-e1589540078513-650x366-1-390x220.jpg 390w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/05/URGENCE-SANITAIRE10-1-e1589540078513-650x366-1-520x293.jpg 520w" sizes="auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px" /></p>
<h2><strong>Un discours contre le système basé sur le ressentiment</strong></h2>
<p>Loin de la critique de l’action de l’Etat, des débats d’idées ou de la contradiction, ces dictateurs à penser nourrissent un discours antisystème fait de fausses vérités car basé sur le ressentiment. Cette rancœur, portée par chacun d’entre eux pour des raisons individuelles différentes, parait si forte qu’elle les pousse avec une incroyable suffisance à adopter des méthodes immorales pour alimenter en rumeurs et dans la lâcheté du «Off », des médias français ou espagnols sur l’état de santé du Roi, sa vie privée, son « désintérêt » pour régner ou encore la place « démesurée » qu’auraient pris certains de ses plus proches collaborateurs dans la gestion des affaires du pays, sur les questions politiques ou sécuritaires, notamment .</p>
<p>L’actualité de ces dernières semaines sur la question de l’intégrité territoriale du Maroc et sa reconnaissance par les Etats-Unis, le rétablissement du dialogue avec Israël après 20 ans d’interruption et toutes les avancées diplomatiques et les ouvertures économiques qui se dessinent sont le fruit d’un suivi et d’un engagement personnel du Roi.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-215085" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/Mohammed-VI-Meir-ben-Shabbat1.jpg" alt="" width="636" height="441" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/Mohammed-VI-Meir-ben-Shabbat1.jpg 636w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/Mohammed-VI-Meir-ben-Shabbat1-300x208.jpg 300w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/Mohammed-VI-Meir-ben-Shabbat1-433x300.jpg 433w" sizes="auto, (max-width: 636px) 100vw, 636px" /></p>
<h2><strong>Démontrer que les « sécuritaires » sont tout-puissants </strong></h2>
<p>Ils balayent sans même avoir à être expliqués, la rhétorique développée par ces détenteurs autoproclamés de la vérité qui nous projettent ainsi dans un « univers menteur » *, y compris sur la place qu’auraient pris les « sécuritaires » que ces chefs de file du projet insurrectionnel contre la monarchie ont placé en tête de la liste des axes de leur guide argumentaire. Il s’agit ainsi pour eux de faire la démonstration de la toute-puissance des sécuritaires qui porteraient atteinte aux droits de l’Homme et à la liberté d’expression et s’acharneraient contre les journalistes.</p>
<p>Le terme « police politique » qu’incarnerait Abdellatif Hammouchi aux yeux de ces maîtres à dire, a fait son apparition il y a quelques années et est repris en boucle dans un rythme accéléré ces derniers mois, brandi comme un slogan par la plupart des porte-parole de ce front baptisé en novembre 2019 « initiative pour la lutte contre le despotisme » par le militant d’extrême gauche Fouad Abdelmoumni.</p>
<p><span style="text-transform: initial;">Un terme qui n’est pas sans rappeler la </span><em style="text-transform: initial;">Stasi,</em><span style="text-transform: initial;"> le service de police politique, de renseignements et d’espionnage de l’ex Allemagne de l’Est. L’utiliser pour parler du Royaume supposerait que la police marocaine opère dans le secret à la manière des régimes totalitaires pour maintenir la sécurité nationale. Or, quels que soient les confrontations ou les débats parfois violents qui secouent sa société, le Maroc ne présente aucune des caractéristiques de ces pays et sa communauté de services du renseignement, y compris la DGST, agit dans un cadre balisé avec autant de garde fous que la constitution de 2011 peut en contenir.</span></p>
<p>L’utilisation de « police politique » par les animateurs de ce groupuscule antisystème est en réalité bien plus pernicieuse, si l’on considère les fondements du projet insurrectionnel qu’ils tentent de mettre sur pieds depuis 10 ans. Ils œuvrent à la consolidation d’une alliance entre islamistes radicaux et radicaux de gauche dans l’objectif de renverser la monarchie. Ils sont soutenus, pour ne pas dire encadrés, par des individualités qui trouvent du « courage » au mouvement obscurantiste Al Adl Wal Ihssane qui prône l’instauration d’une république islamique. Parmi ces soutiens, certains ne verraient aucune difficulté à vivre dans une république si ce régime « leur paraissait la meilleure option » pour le Maroc.</p>
<h2><strong>Une alliance à l’image de celle des mollahs et des communistes de Tudeh en Iran</strong></h2>
<p>Leur alliance et leur projet nous rappellent tout naturellement l’Iran, qui constitue un modèle pour Al Adl Wal Ihssane et le terme « police politique » qu’ils cherchent à imposer dans le répertoire lexical sur le Maroc, renvoie à la Savak de l’ancien Shah Mohammed Reza Pahlavi. C’était une organisation qu’il avait mise en place pour contrer ses opposants. Elle était accusée d’assassinats, y compris à l’étranger, d’enlèvements et de détentions arbitraires de milliers de personnes.</p>
<p>Le parallèle est évidemment pervers puisque le Shah d’Iran a été renversé par une coalition islamo-gauchiste composée notamment des mollahs et du parti communiste Tudeh.</p>
<p>Poussons le parallèle et rappelons qu’une fois au pouvoir, le régime de Khomeini a fait liquider toutes les forces de gauche qui l’ont aidé à accéder au pouvoir, y compris le parti Tudeh.</p>
<p>Rappelons également, pour l’histoire, que la Savak a été remplacée par une multitude d’autres polices comme le « Bureau de Police Secrète Spéciale », « la police religieuse » (Muttawa), « la police des mœurs », la Savama (entre 1981 et 1984), le Vevak, etc.</p>
<p><strong>Lire aussi:<a href="https://atlasinfo.fr/entre-modele-iranien-manoeuvres-florentines-et-compromissions-lalliance-entre-les-laics-et-les-islamistes-dal-adl-wal-ihssane-cultive-lhypocrisie-politique.html"> </a></strong><a href="https://atlasinfo.fr/entre-modele-iranien-manoeuvres-florentines-et-compromissions-lalliance-entre-les-laics-et-les-islamistes-dal-adl-wal-ihssane-cultive-lhypocrisie-politique.html"><span class="post-title">Entre modèle iranien, manœuvres florentines et compromissions, l’alliance entre les “laïcs” et les islamistes d’Al Adl Wal Ihssane cultive l’hypocrisie politique</span></a></p>
<h2><strong>Non, décidément le Maroc ne dispose pas de ce type de « police politique »</strong></h2>
<p>Non, tous les coups ne sont pas permis et les limites sont clairement fixées aux services de sécurité marocains dont l’efficacité tient d’ailleurs, par définition, de la confidentialité et de la discrétion de leurs actions. Il y a là comme une évidence que leurs contempteurs feignent de ne pas connaitre.</p>
<p>Quels que soient les grands principes dont pourraient se draper les historiens Maati Monjib*et Pierre Vermeren* pour théoriser le terme « police politique » et tenter de le pérenniser, la nécessité d’oxygéner le guide argumentaire sclérosé qu’ils incarnent l’emporte et les marocains ne les entendent pas. Tout comme ils restent sourds aux coups de Jarnac d’Hicham Alaoui pour lequel le régime fait preuve évidemment d’« autoritarisme». Cela suppose pour l’universitaire que le système sécuritaire fasse dans les « coups fourrés », la « barbouzerie » et que le Général Hamidou Laanigri soit « un barbouze ravi de se tapir derrière le trône ». *</p>
<p>Ni l’ancien haut commis de l’Etat qui avait servi efficacement au sein de la DST puis au sein de la DGSN, ni ses successeurs ne se sont jamais « tapis » derrière le trône. Ceux qui connaissent le fonctionnement des institutions savent que personne ne se dissimule derrière le trône, et que c’est le Roi qui détermine la place de chacun des hommes qui l’entourent et le périmètre précis de leur terrain d’actions.</p>
<p>Une séquence inédite depuis le début de son règne viendra le rappeler le 24 avril 2018.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-215073" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi3.jpg" alt="" width="631" height="436" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi3.jpg 631w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi3-434x300.jpg 434w" sizes="auto, (max-width: 631px) 100vw, 631px" /></p>
<h2><strong>Reconnaissance de la nation au rôle de la DGST</strong></h2>
<p>Ce jour-là, Mohammed VI se rend au siège de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire pour inaugurer l’institut de formation spécialisé de l’ex DST et visiter les locaux flambant neufs du service de la sécurité intérieure, dont le seul nom faisait trembler dans les foyers, du temps du puissant ancien ministre de l’intérieur, Driss Basri.</p>
<p>Le monarque marocain veut ainsi directement exprimer la reconnaissance de la nation au travail titanesque des quelques 7 000 membres qui composent les unités de la DGST qui comptent aujourd’hui 6% de femmes dans leurs rangs. Les missions de ce service de sécurité intérieure sont délicates et ses productions de renseignements vont du contre-espionnage à la lutte contre le terrorisme et les extrémismes violents, de la cybercriminalité à la prolifération des armes et au crime organisé, y compris le crime transfrontalier.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-215074" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi2.jpg" alt="" width="623" height="369" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi2.jpg 623w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi2-507x300.jpg 507w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi2-357x210.jpg 357w" sizes="auto, (max-width: 623px) 100vw, 623px" /></p>
<h2><strong>« Dédiaboliser » les services de la sécurité intérieure  </strong></h2>
<p>Les mots clés qui ont été à la base de cette « normalisation » sont stabilité, paix, ordre public, mobilisation et vigilance, au plus près des préoccupations des citoyens et ils participent à l’affermissement des éléments stratégiques du portefeuille des attributions de la DGST.</p>
<p>En ce 24 avril 2018, Il s’agit aussi pour Mohammed VI de signifier aux marocains que la DGST est une institution comme une autre et transmettre un message de transparence et de proximité sur ce service qui faisait l’objet, dans le passé, des pires hantises car associé pendant des décennies aux rafles, à la détention secrète et à la pratique de la torture.</p>
<p>Aujourd’hui l’image fantasmatique est loin derrière, ce qui n’empêche pas les visiteurs d’y entrer au compte-gouttes et de montrer patte blanche pour accéder au lieu situé à la limite du quartier Hay Riad et de la petite ville de Témara. Le procureur général de Rabat, des chefs des délégations parlementaires, le ministre d’État en charge des droits de l’Homme, Mustapha Ramid ou encore des membres du Conseil National des Droits de l’Homme ont eu l’occasion de constater qu’ « il n’y a pas de chambres de torture secrète et encore moins de cellules souterraines », nous confie un membre du CNDH qui a pu inspecter les locaux en mai 2011.</p>
<p>La visite de journalistes, elle, relève de l’exceptionnel et ceux qui ont pu pénétrer dans l’enceinte de la DGST l’ont fait, pour la plupart, à la faveur de la visite du Roi Mohammed VI.</p>
<p>Une demande d’AtlasInfo.fr pour y réaliser un reportage n’a d’ailleurs toujours pas reçu d’avis favorable.</p>
<figure id="attachment_215075" aria-describedby="caption-attachment-215075" style="width: 625px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-215075" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouch5.jpg" alt="" width="625" height="381" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouch5.jpg 625w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouch5-492x300.jpg 492w" sizes="auto, (max-width: 625px) 100vw, 625px" /><figcaption id="caption-attachment-215075" class="wp-caption-text">Visite de l&rsquo;ambassadeur US au siège de la DGST, le 24 septembre 2020</figcaption></figure>
<h2><strong>Communiquer pour se rapprocher des marocains</strong></h2>
<p>C’est le souverain marocain qui avait initié, dès le début de son règne, un processus de « standardisation » des missions de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire, traçant sa feuille de route avec des axes aussi cruciaux que l’obligation de respecter les normes judiciaires, l’importance de placer le renseignement préventif au cœur de toute approche et la nécessité de maitriser les réseaux islamistes et les processus de déradicalisation, dans un pays qui est devenu la cible des mouvements terroristes internationaux depuis plus de 25 ans.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-215076 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi6.jpg" alt="" width="359" height="411" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi6.jpg 359w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi6-262x300.jpg 262w" sizes="auto, (max-width: 359px) 100vw, 359px" /></p>
<p>La création du Bureau Central d’Investigation Judiciaire (BCIJ) en 2015 participe à la spécialisation des actions de la DGST et à son ouverture en direction du public avec un modèle de communication qui tend à favoriser la proximité avec les marocains et les médias, qu’ils soient nationaux ou étrangers. Là-dessus, c’est également Mohammed VI qui a exigé que des canaux de communication soient mis en place pour que les citoyens soient tenus informés des actions aussi bien de la DGST que de la DGSN.</p>
<h2><strong>Vaincre les inquiétudes et prévenir la criminalité</strong></h2>
<p>« Il ne s’agit pas uniquement de montrer les efforts déployés pour assurer la sécurité du pays et de ses populations », nous déclare la commissaire Ilham El Mouktafi, cadre au sein de la cellule de communication de la DGSN. Le véritable challenge et « la mission qui nous est confiée est de vaincre les inquiétudes, modifier la perception qu’ont les marocains des forces de l’ordre, gagner la compréhension du public et travailler avec de nouveaux schémas médiatiques qui contribuent à la prévention de la criminalité », analyse cette spécialiste de la communication digitale.</p>
<p>Les attentats terroristes qu’a connu Casablanca le 16 mai 2003 ont été un point d’inflexion décisif dans l’accélération de la mise à niveau de la DGST. Ils ont eu l’impact d’un véritable séisme aussi bien auprès des populations que des responsables politiques. Au plus haut sommet de l’Etat, les évènements de Casablanca ont mené à un redimensionnement des moyens attribués aux services de sécurité, dans l’objectif de moderniser l’ensemble des appareils sécuritaires.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-215077" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi7.jpg" alt="" width="640" height="427" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi7.jpg 640w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi7-450x300.jpg 450w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<h2><strong>Faire face à la menace terroriste</strong></h2>
<p>Ainsi en 2011, l’opinion publique assistait à un véritable tournant dans la marge de manœuvre et la recherche d’efficacité de la DGST. Il a pris la forme d’un amendement du code pénal (article 108) qui permet au service de sécurité intérieure d’assurer le rôle de police judiciaire en procédant à des enquêtes, des interpellations, et des interrogatoires et en dressant des procès-verbaux. Plusieurs domaines d’intervention lui sont octroyés comme la sûreté de l’État, la lutte contre le terrorisme, les affaires criminelles dont les enlèvements, la contrefaçon dont le faux monnayage, le trafic de drogue ou encore celui des armes.</p>
<h2><strong>Une visite qui dérange et fait grincer des dents</strong></h2>
<p>Cette visite du Roi à la DGST le 24 avril 2018 avait fait grincer quelques dents, certaines sphères relevant le caractère inédit de la démarche pourtant parfaitement banale aux Etats-Unis quand le chef de l’Etat visite les locaux du <em>Federal Bureau of Investigations</em> (FBI) comme Barack Obama ou encore George W. Bush. Plus récemment en février 2020, la Reine Elisabeth II d’Angleterre, une habituée du  <em>MI5</em>*, a même prononcé un discours devant les agents du renseignement et de la sécurité intérieure dans leurs locaux, saluant « la détermination avec laquelle (ils) vous menez votre rôle vital ».</p>
<p>Enfin en Espagne, les locaux de la <em>Guardia Civile</em> n’ont aucun secret pour le Roi Felipe , tout comme rien ne s’oppose à ce qu’il préside les journées de la sécurité des technologies de l’information et de la communication portées par un organisme du <em>Centro National de Inteligencia </em>(équivalent de la DGED).</p>
<figure id="attachment_215079" aria-describedby="caption-attachment-215079" style="width: 622px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-215079" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamouchi9.jpg" alt="" width="622" height="388" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamouchi9.jpg 622w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamouchi9-481x300.jpg 481w" sizes="auto, (max-width: 622px) 100vw, 622px" /><figcaption id="caption-attachment-215079" class="wp-caption-text">La reine Elisabeth II au MI5 avec son DG, Andrew Parker.</figcaption></figure>
<h2><strong>Pourquoi le patron de la sécurité intérieure et de la police est devenu une cible</strong></h2>
<p>La reconnaissance, au plus haut niveau d’un état, des services rendus à la nation et des sacrifices consentis par les forces de sécurité, entre dans une normalité que les détracteurs du modèle marocain gardent pourtant en travers de la gorge.</p>
<p>Parmi les axes qu’ils privilégient pour déprécier systématiquement la valeur morale de l’action de l’Etat marocain, notamment en matière de droits de l’Homme, le fonctionnement des services de sécurité figure tout en haut de la liste avec un catalogue d’items et des angles qui ont été enrichis depuis la visite royale à la DGST autour d’un nom : Abdellatif Hammouchi. Le patron de la sécurité intérieure est nommément visé par l’accroissement des attaques, personnelles le plus souvent.</p>
<p>Cette visite du Roi dans ce qui était décrit comme un centre secret de détention où les pires exactions auraient été commises, constitue à elle seule un démenti cinglant au storytelling sur les atteintes aux droits de l’Homme et la pratique de la torture sous le règne de Mohammed VI.</p>
<p>Voilà le souverain marocain allant d’un bâtiment à l’autre, prenant son temps pour visiter des locaux ou serrer des mains comme pour dire : « circulez, c’est tout ce que vous trouverez ici ».</p>
<figure id="attachment_215080" aria-describedby="caption-attachment-215080" style="width: 609px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-215080" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamouchi10.jpg" alt="" width="609" height="371" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamouchi10.jpg 609w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamouchi10-300x183.jpg 300w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamouchi10-492x300.jpg 492w" sizes="auto, (max-width: 609px) 100vw, 609px" /><figcaption id="caption-attachment-215080" class="wp-caption-text">Abdellatif Hammouchi</figcaption></figure>
<h2><strong>Hicham Alaoui n’est jamais très loin</strong></h2>
<p>Le message était clair et il a jeté le discrédit sur la parole manipulée par les groupuscules d’extrême gauche et leurs alliés. Ils s’étaient lâchés sans retenue pendant plusieurs années pour clouer au pilori le Maroc, à grand renfort d’ONG aux pratiques contestables. Et dans ce genre de comédie essentiellement franco-marocaine, Hicham Alaoui n’est jamais très loin. Il avait fait son entrée sur scène pour dénoncer avec théâtralité « la répression des islamistes » et « le centre de tortures à Témara » *.</p>
<p>Ainsi, Abdellatif Hammouchi est devenu l’homme à abattre à partir du jour où il n’y avait plus de <em>stories </em>à produire ou d’histoires fantasmées à diffuser sur un bagne secret aux portes de Rabat. A défaut d’un lieu, un nom et un visage devaient dorénavant nourrir la rhétorique contre le système sur le registre des droits de l’Homme.</p>
<p>Avant cela, Abdellatif Hammouchi était déjà une cible. Il l’est depuis qu’il s’est vu confier la charge de la vaste opération de dépoussiérage de l’ex DST. Nommé en 2005 à la tête de l’institution rebaptisée Direction Générale de la Surveillance du Territoire, il n’avait que 39 ans, pour un poste habituellement occupé par de vieux routiers des services de sécurité aux tempes depuis fort longtemps grisonnantes et « cooptés » pour leurs liens étroits au sein du sérail ou leur agilité à renvoyer l’ascenseur.</p>
<p><strong>Lire aussi: </strong><a href="https://atlasinfo.fr/hicham-alaoui-pierre-vermeren-khadija-mohsen-finan-et-maati-monjib-ces-intellectuels-qui-saccommodent-de-lislamisme-radical.html"><span class="post-title">Hicham Alaoui, Pierre Vermeren, Khadija Mohsen-Finan et Maati Monjib, ces “intellectuels” qui s’accommodent de l’islamisme radical</span></a></p>
<h2><strong>Un homme qui ne fait pas dans le bon procédé social</strong></h2>
<p>A y regarder de plus près, finalement les observateurs savent peu de choses de Abdellatif Hammouchi si ce n’est que, lui, ne fait pas dans le bon procédé social. C’est sans doute l’une des caractéristiques qui avait séduit en 2003 le tout puissant Georges Tenet, directeur de la <em>Central Intelligence Agency</em>, la CIA. Pour le recruter à Washington, il avait déroulé le tapis rouge pour l’uns des experts des organisations terroristes et des mouvements religieux radicaux les plus estimés dans le monde du renseignement international. Cette expertise, Abdellatif Hammouchi l’a acquise sur le terrain et au fil des années, gravissant les échelons les uns après les autres, sans jamais démentir la réputation qu’il s’est forgé de travailleur acharné, soucieux du moindre détail et qu’aucune mission délicate ou dangereuse n’effraye.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-215086 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi15.jpg" alt="" width="332" height="437" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi15.jpg 332w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi15-228x300.jpg 228w" sizes="auto, (max-width: 332px) 100vw, 332px" /></p>
<p>Il semblerait d’ailleurs que ce juriste passé par l’académie de Kenitra « n’aime pas que l’on parle de lui », nous confie l’un de ses proches collaborateurs à la DGST qui n’a pas souhaité que son nom soit cité dans notre article « pour des raisons évidentes liées à ma profession », précise-t-il. Ce haut cadre de la sécurité intérieure ajoute « mais Abdellatif Hammouchi est convaincu de la nécessité de communiquer auprès de l’opinion publique et préfère que les hommes et les femmes qui l’entourent prennent la parole et se rapprochent des marocains ». Evidemment, précise notre interlocuteur « ceci vaut principalement pour la DGSN. Les cadres de la DGST doivent rester dans l’ombre, il y va de la réussite de nos missions et de notre propre sécurité », conclut-il.</p>
<h2><strong>« Nous sommes tous les enfants d’un même peuple »</strong></h2>
<p><strong> </strong>Agé de 54 ans, le patron de la DGST et de la DGSN, natif de Taza, présente un profil assez particulier car ce n’est pas un homme du sérail. Il n’a pas grandi dans l’entourage royal et n’est pas du style à user d’entregent ou de réseaux pour obtenir des faveurs. « C’est un fils du peuple », peut-on lire dans les rares portraits qui ont pu être dressés de lui dans des médias mais lui « n’aime pas cette expression », assure un haut cadre du ministère de l’intérieur qui le côtoie depuis 25 ans .« Nous sommes tous les enfants d’un même peuple », dirait en privé Abdellatif Hammouchi qui « rejette le discours populiste sur l’ascenseur social qui ne profiterait qu’aux personnes nées avec une cuillère en argent dans la bouche », rapporte cette connaissance aujourd’hui Wali à l’administration centrale. « Il est la preuve que l’on peut être reconnu pour sa compétence et non son extractions sociale », commente cet autre compagnon d’étude à l’Université de Fès où le directeur général de la DGST et de la DGSN a fait des études de sciences politiques.</p>
<h2><strong>L’homme qui voulait être caïd</strong></h2>
<p><strong> </strong>Rien ou si peu de choses le prédestinaient à diriger deux des plus importantes institutions dépositaires de la sécurité intérieure du pays.</p>
<p>Abdellatif Hammouchi souhaitait faire carrière au ministère de l’intérieur mais en tant que Caïd dont il passe le concours alors qu’il a 23 ans mais il est recalé car l’âge minimum requis est de 25.</p>
<p>Il effectue alors son service civil au ministère de l’intérieur et passe en 1991 le concours des commissaires de police, obtenant la première note générale. Repéré par le directeur de la DST de l’époque, Abdelaziz Allabouch, il se voit proposer un poste, mais la DGSN refuse de s’en séparer. La Direction de la Sûreté du Territoire alors en manque de cadres, revient à la charge et obtient finalement que le jeune expert en mouvance islamistes et organisations terroristes intègre ses rangs.</p>
<p>Par la suite, une formation de 8 mois à l’académie de Kenitra lui fait à nouveau côtoyer les cadres de la police. Puis des formations aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en France avant que la nomination du général Hamidou Laanigri à la tête de la DST en novembre 1999 ne donne un coup d’accélérateur à sa carrière. A la clé: une réorganisation des services et une nomination au poste de directeur central qui permet à Abdellatif Hammouchi de commencer à identifier et à former une ressource humaine précieuse et spécialisée. La suite, nous la connaissons.</p>
<figure id="attachment_215083" aria-describedby="caption-attachment-215083" style="width: 636px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-215083" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamidou2.png" alt="" width="636" height="371" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamidou2.png 636w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hamidou2-514x300.png 514w" sizes="auto, (max-width: 636px) 100vw, 636px" /><figcaption id="caption-attachment-215083" class="wp-caption-text">Hamidou Laanigri</figcaption></figure>
<h2><strong>Des résistances au sein même de l’appareil du pouvoir</strong></h2>
<p>Quoi qu’en dise ce fils de petit agriculteur qui vivait pratiquement au jour le jour, son profil dérange et a cristallisé de nombreuses résistances au sein même de l’appareil du pouvoir que Mohammed VI souhaitait bousculer en brisant les schémas traditionnels qui prévalaient dans les nominations à des postes hautement stratégiques. Au-delà de la liberté de choix du souverain marocain déterminée par son pouvoir de nomination, le profil de Abdellatif Hammouchi est venu briser les règles existantes de l’accès à la haute fonction publique, déterminé pendant très longtemps par l’appartenance à certains milieux sociaux et par la « faveur » politique ou personnelle.</p>
<p>C’est sur la qualité du traitement de ses dossiers que le patron de la sécurité intérieure a été choisi par le Roi qui ne le connaissait pas personnellement avant de lui confier le vaste chantier réformateur de la DST, le 14 décembre 2005.</p>
<h2><strong>Pas de garde rapprochée ni de train de vie ostentatoire</strong></h2>
<p>Il faut dire que la personnalité même de Abdellatif Hammouchi a de quoi malmener certaines croyances jusque-là assez tenaces. Il n’a pas de train de vie ostentatoire, pas de garde rapprochée non plus, pour un homme sur lequel pèse pourtant des menaces de mort récurrentes.</p>
<p>« Il n’emprunte jamais deux jours de suite le même itinéraire pour se rendre à l’un de ses deux bureaux », nous confie la commissaire Ilham El Mouktafi, évitant tout lieu public « qui pourrait l’exposer inutilement à une quelconque menace », ajoute-elle.</p>
<p>Dans le même ordre d’idée, Abdellatif Hammouchi ne mange pour ainsi dire jamais en dehors de son domicile, les cas d’attentats par empoisonnement dans les milieux du renseignement et de l’espionnage étant très courants.</p>
<p>Il aurait pu faire sienne la phrase du général De Gaulle « Les hommes peuvent avoir des amis, pas les hommes d’Etat ». On ne lui connait en effet pas d’amis et s’ils existent, « aucun ne pourrait publiquement s’en prévaloir », assure notre wali de l’administration centrale du ministère de l’intérieur.</p>
<h2><strong>Insuffler une nouvelle dynamique à la DGSN</strong></h2>
<p>Mais encore faudrait-il que Abdellatif Hammouchi trouve du temps à consacrer à une vie sociale, surtout depuis qu’il a également pris la tête de la Direction Générale de la Sureté Nationale, le 15 mai 2015. Lorsque Mohammed VI le reçoit avec Mohamed Hassad alors ministre de l’intérieur, il lui demande d’« insuffler une nouvelle dynamique »* à la DGSN, de « promouvoir et moderniser ses méthodes de travail » et d’assurer, avec cette double casquette, « une parfaite coordination entre ces deux directions » de sorte à élever à un niveau supérieur l&rsquo;efficacité de leur action respective.</p>
<p>Cette nouvelle responsabilité viendra brusquer d’autres certitudes sur la nécessité de cloisonner totalement chacun des services qui forment la communauté nationale du renseignement. Or, s’il est une réalité durement éprouvée par les nations en prise avec le terrorisme, c’est bien celle de l’absence de coordination et de partage d’informations entre les services de police et ceux de la sécurité intérieure notamment, avec son lot de pertes humaines que le Maroc à souvent payé au prix fort par le passé.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-215082" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi12.jpg" alt="" width="940" height="513" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi12.jpg 940w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi12-520x284.jpg 520w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi12-768x419.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px" /></p>
<h2><strong>Une double casquette au service d’une vision</strong></h2>
<p>Abdellatif Hammouchi, qui a travaillé au sein de l’un puis de l’autre corps de sécurité, a endossé la responsabilité de ces deux casquettes pour mettre en place une coordination inédite entre les deux institutions, pour une efficacité maximale dans l’anticipation des menaces auxquelles le Maroc est confronté.</p>
<p>Une mission délicate qui produit des résultats substantiels que les chiffres depuis 2015 ne peuvent à eux seuls traduire. « Chaque entité est totalement indépendante et les gardes fous sont nombreux », nous précise la commissaire El Mouktafi. « Là où les synergies sont importantes, c’est sur la vérification, la circulation et la mise à disposition de l’information nécessaire à l’intervention sur le terrain » de l’un ou de l’autre corps de sécurité, explique notre interlocutrice, ajoutant que « le gain de temps est énorme et la réactivité s’en est trouvée décuplée. Ce sont des vies qui sont préservées et cela est inestimable ».</p>
<h2><strong>Des bilans enviables mais des pertes humaines à cause de la Covid-19</strong></h2>
<p>Bilan plutôt flatteur en moins de 6 ans à la DGSN pour laquelle Abdellatif Hammouchi a travaillé à la rénovation en profondeur, s’entourant d’une task force spécialisée dans la gestion des ressources humaines pour insuffler aux fonctionnaires de police toutes les valeurs, l’énergie et la fierté nécessaire pour porter cet uniforme. La DGSN bénéficie aujourd’hui d’une marque employeur extrêmement attractive au point de générer des dizaines de milliers de candidatures aux différents concours d’entrée chaque année.</p>
<p>Mais l’heure n’est pas à la satisfaction pour la Direction Générale de la Sureté Nationale, en première ligne dans la lutte contre la pandémie de la Covid_19. « Vous savez, c’est la gestion du capital humain dans toutes ses dimensions qui fait aujourd’hui la différence. Nous l’avons vécu de près avec la situation sanitaire et l’esprit de sacrifice dont ont fait preuve les 74 520 agents de la Sureté Nationale », poursuit Ilham El Mouktafi. « Des milliers ont contracté le virus et 94% ont pu être guéri grâce à une prise en charge rapide et une très grande solidarité. Mais nous déplorons le décès de 28 de nos collègues des suites de la pandémie. Ils sont morts dans l’exercice de leurs fonctions, pour la nation et un hommage particulier leur sera rendu le moment venu, lorsque la pandémie sera derrière nous », conclut-elle.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-215081" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi11.jpg" alt="" width="627" height="401" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi11.jpg 627w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/12/hammouchi11-469x300.jpg 469w" sizes="auto, (max-width: 627px) 100vw, 627px" /></p>
<h2><strong>15 ans à la tête de la DGST et 5 ans à la DGSN</strong></h2>
<p>Il ne fait aucun doute que la lutte contre la pandémie continuera à mobiliser une bonne partie de l’énergie des fonctionnaires de police dans les prochains mois.</p>
<p>Cependant, les conditions de travail devraient connaitre un bond qualitatif notamment pour la Brigade Nationale de la Police Judiciaire qui disposera de locaux neufs en mars 2021. Le nouveau laboratoire scientifique, quant à lui, sera opérationnel pratiquement au même moment.</p>
<p>Le siège de la DGSN, indispensable aux nouveaux domaines d’expertise des cadres dirigeants de la police, est prévu pour être achevé en 2023.</p>
<p>Le 14 décembre dernier, Abdellatif Hammouchi bouclait 15 années à la tête de la DGST et le 15 mai dernier, 5 ans à la DGSN.</p>
<p>Il a œuvré à ce que le service du renseignement soit l’un des plus puissants au monde, garantissant la sécurité à l’intérieur des frontières du Maroc et contribuant à celle de plusieurs pays ciblés par le terrorisme, dans le cadre d’une coopération exemplaire. A quelques exceptions près…</p>
<p>A suivre&#8230;</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>*Hicham Alaoui est le fils ainé de feu Moulay Abdellah, frère de Feu le Roi Hassan II.</strong></p>
<p><strong>* Philippe Breton, « La parole manipulée ». La Découverte, 2019.</strong></p>
<p><strong>*Interview à RFI, 24 septembre 2020.</strong></p>
<p><strong>* « Le Maroc, un Royaume de paradoxes en 100 questions ». Tallandier, 2020. </strong></p>
<p><strong>* « Journal d’un prince banni ». Grasset, 2014.</strong></p>
<p><strong>*MI5 : service de la sécurité intérieure du Royaume-Uni communément dénommé MI5 pour Military Intelligence, section 5.</strong></p>
<p><strong>*Entretien avec Stephen Smith, dans « Le Débat » 2011/4 (n 166)</strong></p>
<p><strong>*</strong><strong>Communiqué du Cabinet Royal,15 mai 2015. </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Hicham Alaoui, Pierre Vermeren, Khadija Mohsen-Finan et Maati Monjib, ces « intellectuels » qui s’accommodent de l’islamisme radical</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Oct 2020 19:37:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
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		<category><![CDATA[islamisme]]></category>
		<category><![CDATA[Khadija Mohsen-Finan]]></category>
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					<description><![CDATA[« Je crois que l’on a tort de voir dans l’islamisme un facteur de déstabilisation du champ politique. C’est au contraire l’islamisme qui se transforme au contact de la démocratie ». L’auteur de cette phrase est Hicham Alaoui* auquel l’hebdomadaire français l’Express consacrait une interview le 1er août 2005. Il considère, par exemple, qu’un mouvement radical comme Al Adl Wal Ihssane qui milite pour l’instauration d’une république islamique « est un mouvement politique comme les autres ».
A la lumière des attentats qui ont ensanglanté la France depuis et l’expression du radicalisme religieux qui s’y est propagé, il n’est pas sûr que les affirmations hasardeuses du chercheur marocain continuent d’avoir la faveur de médias français ou qu’elles n’arrachent pas les sarcasmes des experts du radicalisme religieux, si tant est que la situation puisse s’y prêter.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’assassinat odieux du professeur d’histoire Samuel Paty vendredi dernier à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines vient anéantir l’idée selon laquelle l’islamisme radical pourrait s’inscrire dans une cohabitation avec les valeurs de la démocratie.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-210849 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/samupatty.jpg" alt="" width="443" height="250" /></p>
<p>Un pays comme le Maroc en fait la triste expérience quasi quotidiennement, jonglant depuis 1994 d’un attentat sanglant au démantèlement de cellules terroristes ; d’une saisie d’armes à feu à un prêche incendiaire ; d’un appel au meurtre contre un journaliste à une fatwa contre une chaîne de télévision jugée trop libérale ; d’une association radicale qui prône l’instauration d’une république islamiste à un prédicateur auto-proclamé qui marierait bien les petites filles dès l’âge de 9 ans.</p>
<h2><b>Intégrer les mouvances islamistes dans le champs politique</b></h2>
<p>Il est bien entendu que la définition de l’islamisme dont nous parlons ici n’est pas celle qu’affectionnait Voltaire lorsqu’il réfléchissait à remplacer « mahométisme » pour parler de la religion des musulmans. Il s’agit de l’usage fait de la doctrine musulmane pour guider l’action politique ou encore l’idéologie instrumentalisant l’Islam en vue d’un projet politique, pour qu’il induise une transformation de la société par l’instauration de la charia* pour les uns, le rétablissement d’un califat pour certains ou la formation de « moudjahidines » pour mener le « Jihad », pour d’autres.</p>
<p>Pour des universitaires comme Hicham Alaoui, Khadija Mohsen-Finan, Pierre Vermeren ou Maati Monjib, l’intégration des mouvements islamistes, même les plus radicaux, dans le champs politique, serait la planche de salut par laquelle l’avènement de la démocratie serait possible dans les pays arabo-musulmans. Vraiment ?</p>
<p>Si ces mêmes mouvances islamistes aux dogmes sectaires inséparables du déni de la pluralité, ne peuvent pas s’intégrer dans des modèles démocratiques comme la France où la laïcité délimite clairement la place du fait religieux, comment et surtout pourquoi cela pourrait-il être le cas dans les sociétés de leurs pays d’origine ?</p>
<h2><b>Banaliser le fait même que la foi puisse être instrumentalisée </b></h2>
<p>Il n’est pas certain que l’immense majorité des musulmans de France qui assiste impuissante à la dénaturation de sa foi et au dévoiement de l’esprit progressiste auquel elle aspire, partage les théories de ce courant intellectuel.</p>
<figure id="attachment_210789" aria-describedby="caption-attachment-210789" style="width: 612px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-210789 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/pantin1.jpg" alt="" width="612" height="403" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/pantin1.jpg 612w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/pantin1-456x300.jpg 456w" sizes="auto, (max-width: 612px) 100vw, 612px" /><figcaption id="caption-attachment-210789" class="wp-caption-text">Mosquée de Pantin fermée par les autorités françaises le 21 octobre 2020</figcaption></figure>
<p>La prolifération des mouvements sectaires dont les animateurs stimulent la haine et encadrent les conditions de la violence, questionne sur cette confusion nourrie et entretenue par cette catégorie d’« experts » pour laquelle ces mouvements devraient et pourraient être intégrés à la vie publique des pays arabo-musulmans. Banaliser le fait même que la foi et la spiritualité puissent être des outils pour accéder au pouvoir politique, revient à leur donner une caution morale, et par ricochet, à les banaliser, y compris même sur des territoires qui ne sont pas de tradition musulmane et où ces mouvements prospèrent.</p>
<h2><b>S’accommoder du discours radical pour promouvoir une alternative</b></h2>
<p>Force est de constater que, pour peu que cela leur permette de promouvoir une « alternative » aux régimes dont le modèle politique n’est pas assorti à leur point de vue ou à leurs objectifs personnels, ces chercheurs semblent s’accommoder des ambivalences discursives de ces organisations islamistes, au point d’amoindrir le danger qu’elles représentent, de promouvoir leur utilité et de leur trouver des « qualités » compatibles avec les valeurs de la démocratie.</p>
<p>Lire aussi: <a href="https://atlasinfo.fr/entre-modele-iranien-manoeuvres-florentines-et-compromissions-lalliance-entre-les-laics-et-les-islamistes-dal-adl-wal-ihssane-cultive-lhypocrisie-politique.html"><span class="post-title">Entre modèle iranien, manœuvres florentines et compromissions, l’alliance entre les “laïcs” et les islamistes d’Al Adl Wal Ihssane cultive l’hypocrisie politique</span></a></p>
<figure id="attachment_210791" aria-describedby="caption-attachment-210791" style="width: 225px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-210791" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/yazzin.jpg" alt="" width="225" height="225" /><figcaption id="caption-attachment-210791" class="wp-caption-text">Abdessalam Yassine</figcaption></figure>
<p>De ce point de vue, l’exemple du mouvement islamiste radical marocain Al Adl Wal Ihssane* est assez emblématique. Il est d’ailleurs présent et très actif sur le territoire français, en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne et depuis quelques années, sur une partie du territoire nord-américain.</p>
<h2><b>Quand ce courant intellectuel trouve du « charisme » à un leader radical antisémite</b></h2>
<p>Ce mouvement toléré par les autorités marocaines mais non reconnu, est pourtant aujourd’hui dépouillé de l’idée répandue pendant plus de 40 ans selon laquelle sa démarche est basée sur le pacifisme et la non-violence. Le mouvement islamiste prône ouvertement l’instauration d’un califat, d’une « société islamique authentique » qui pourrait prendre la forme d’une république inspirée du modèle de l’ayatollah Khomeiny.</p>
<figure id="attachment_208500" aria-describedby="caption-attachment-208500" style="width: 279px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-208500 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/sunnatallah.jpg" alt="" width="279" height="360" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/sunnatallah.jpg 279w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/sunnatallah-233x300.jpg 233w" sizes="auto, (max-width: 279px) 100vw, 279px" /><figcaption id="caption-attachment-208500" class="wp-caption-text">La Sunnah d&rsquo;Allah</figcaption></figure>
<p>Son fondateur Abdessalam Yassine que Hicham Alaoui, Khadija Mohsen-Finan ou Pierre Vermeren trouvent « charismatique »*, était d’un antisémitisme effroyable. « Il n’y aura pas de résurrection jusqu’à ce que les musulmans tuent les juifs. Les musulmans le feront » *, écrivait le leader d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane. La littérature du maître-à-penser du mouvement est d’une extrême violence parlant du « caractère exécrable des juifs, leur apostasie, leur hypocrisie ». Pour celui que le marketing de la Jamaâ* présentait comme un pacifiste, les juifs « constituent une espèce humaine qui concentre toutes les déviations incarnées par la Jahilia*», ajoutant que « les juifs sont maudits par Dieu (…), les juifs sont connus pour être les assassins des prophètes ».</p>
<h2><b>L’Incitation à la haine banalisée</b></h2>
<p>C’est là bien plus qu’une incitation à la haine et elle n’a rien à envier à celle qui a coûté la vie dans des circonstances atroces à Samuel Paty, décapité alors qu’il regagnait son domicile après une journée au collège.<br />
Tout comme lorsque Abdessalam Yassine écrit : « le devoir (qui) est d’œuvrer avec dévouement pour l’enrôlement du maximum de fidèles dans les rangs des soldats de Dieu pour qu’ils combattent aux côtés de ceux-ci sur la voie du Jihad. » *</p>
<p>Ainsi, les textes fondateurs de la doctrine d’Al Al Wal Ihssane parlent de « guerre », de «moudjahidines », de « martyrs », de « jihad » et de « victoire » et Abdessalam Yassine s’est inspiré de la révolution iranienne pour cerner les contours de son concept de Qawma, le soulèvement général suivant la voie prophétique par lequel ce « jihad » serait mené. Il voyait dans le régime des mollahs, un modèle pour l’espace arabo-musulman et la conquête du reste du monde, de même que les Frères Musulmans d’Egypte suscitaient son admiration.</p>
<h2><b>Jihad, moudjahidines, et décapitation</b></h2>
<p>Lorsqu’Al Adl Wal Ihssane conteste au Roi son titre de Commandeur des Croyants, c’est parce son fondateur se pose en « concurrent » du Roi du Maroc, descendant du prophète. Abdessalam Yassine se considère comme un « élu de Dieu » susceptible de diriger la « société islamique authentique » dont il rêve. Un califat que son successeur continue de promouvoir. En prédicateur zélé, Mohamed Abbadi cite Ibnou Lkhattab qui avait donné 3 jours à ses compagnons pour désigner un nouveau calife et tous ceux qui s’y opposeraient seraient « décapités» *.</p>
<figure id="attachment_209460" aria-describedby="caption-attachment-209460" style="width: 340px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209460" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/ababiii.jpg" alt="" width="340" height="264" /><figcaption id="caption-attachment-209460" class="wp-caption-text">Mohamed Abbadi</figcaption></figure>
<p>Nous sommes bien loin de l’image d’un mouvement « pacifiste » et « non violent » que Pierre Vermeren cultive de l’organisation islamiste. Pour l’historien français, « Al Adl Wal Ihssane, mouvement piétiste et non violent, ne subit pas de répression violente, mais endosse une surveillance permanente (…) » *. A la mort du prédicateur en 2012, l’historien dresse de lui le portrait d’un « religieux (…) qui était un théologien, théoricien », ajoutant qu’« Il ne s’est jamais lancé dans une opposition frontale à travers des actions collectives et des violences»*.</p>
<h2><b>Pour ces politologues, Abdessalam Yassine est une « légende » de la dissidence</b></h2>
<p>Pour le professeur d’histoire des mondes arabo-berbères contemporains, Abdessalam Yassine serait même drapé d’héroïsme, voire même de talent puisqu’il le qualifie de « véritable légende de la dissidence au Maroc » *.<br />
Ignorance du socle doctrinal terrifiant d’Al Adl Wal Ihssane et de son projet de république islamique ou l’historien chercherait-il à dédiaboliser un mouvement dont l’opposition à la monarchie marocaine semble susciter sa sympathie ?</p>
<figure id="attachment_210798" aria-describedby="caption-attachment-210798" style="width: 341px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-210798" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/pierre-vermeren1.jpg" alt="" width="341" height="299" /><figcaption id="caption-attachment-210798" class="wp-caption-text">Pierre Vermeren</figcaption></figure>
<p>Pierre Vermeren ne peut ignorer l’admiration d’Abdessalam Yassine pour la « bravoure » des troupes de la révolution iranienne qui constituait pour lui un modèle de réforme pour le monde arabo-musulman.<br />
Il ne peut ignorer non plus que dans son livre la « Sunnah d’Allah », le prédicateur parle de «l’épopée de la révolution iranienne, le jihad majestueux des Afghans, la résistance islamique du Sud Liban (celle du Hezbollah soutenu par Téhéran) et les soulèvements des mouvements islamistes, sont autant d’exemples de la vraie identité musulmane recouvrée ».</p>
<h2><b>Apologie du Jihad et déferlement d’antisémitisme</b></h2>
<p>Pierre Vermeren ne peut non plus ne pas connaitre l’ampleur de l’apologie du jihad dont sont nourris les écrits du fondateur de la Jamaâ qui veut « réhabiliter la personnalité jihadie » pour prendre les rênes de la Oumma, la communauté islamique, car il s’agit pour lui de « vaincre ses ennemis (de Dieu) et régner sur le monde (…) *.</p>
<p>Lire aussi:<a href="https://atlasinfo.fr/il-ny-aura-pas-de-resurrection-jusqua-ce-que-les-musulmans-tuent-les-juifs-selon-le-fondateur-dal-adl-wal-ihssane.html"> <span class="post-title">“Il n’y aura pas de résurrection jusqu’à ce que les musulmans tuent les juifs”, selon le fondateur d’Al Adl Wal Ihssane</span></a></p>
<p>Tout comme l’historien ne peut nier avoir connaissance du déferlement d’antisémitisme de Abdessalam Yassine qui écrit que « le vrai défi consiste à livrer un combat sans merci aux juifs jusqu’à leurs derniers bastions » *.</p>
<p>Ces interrogations méritent d’être posées d’autant que juste avant de qualifier Al Adl Wal Ihssane de mouvement « piétiste et non violent », le « fin connaisseur » des mondes arabo-berbères semble s’étonner qu’un pays, comme le Maroc qui est la cible des mouvements terroristes depuis plus de 25 ans, puisse vouloir se protéger du shiisme Iranien et des djihado-salafistes lesquels, s’émeut Pierre Vermeren, « subissent les assauts hebdomadaires des services antiterroristes marocains ».</p>
<h2><b>Composer avec le diable pour peu qu’il mène au sommet</b></h2>
<p>Cette même sympathie, pour ne pas dire émerveillement pour Al Adl Wal Ihssane, l’historien français semble la partager avec Hicham Alaoui. Dans un texte écrit à la première personne en 2013 * et dans lequel il s’imagine regagner le Maroc 5 ans plus tard, Hicham Alaoui voit la Jamaâ : «transformé(e) en parti à l’instar des salafistes ». Il poursuit : « Al Adl Wal Ihsane n’a pas nécessairement fait le plein des voix pour des raisons religieuses mais plutôt pour son courage et sa persévérance dans la résistance à la monarchie abusive ».</p>
<figure id="attachment_210804" aria-describedby="caption-attachment-210804" style="width: 339px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-210804" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/Moulay-Hicham1-.jpg" alt="" width="339" height="329" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/Moulay-Hicham1-.jpg 339w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/Moulay-Hicham1--309x300.jpg 309w" sizes="auto, (max-width: 339px) 100vw, 339px" /><figcaption id="caption-attachment-210804" class="wp-caption-text">Hicham Alaoui</figcaption></figure>
<p>Voilà ! Nous y sommes donc : tous ceux qui prendraient pour cible la monarchie marocaine, fussent-ils des obscurantistes, obtiendraient l’indulgence, si ne n’est la confiance d’une catégorie de préfaciers de l’actualité marocaine pour leur « courage » à vouloir renverser le trône. Les prises de positions de ce courant ne sont pas motivées par la recherche de la vérité. Ainsi, leur approche faussement académique, leurs analyses préétablies, leurs arguments pas toujours vérifiables et leur rigueur contestable, ne tiennent compte de la réalité que d’une seule partie ou que d’une seule obédience : la leur.</p>
<h2><b>Hicham Alaoui voit du « courage » dans ce mouvement qui prône le jihad</b></h2>
<p>Pour lui, « Un jour viendra où on parlera des « islamistes-démocrates » dans le monde arabe avec autant de flegme que les chrétiens-démocrates en Europe, par exemple en Italie ou en Allemagne ». Sans doute a-t-il hérité cette idée des analyses de Rémi Leveau qu’il présente comme son « père spirituel ».</p>
<p>Ancien conseiller scientifique de l’Institut Français des Relations Internationales, (IFRI), en poste au Maroc comme enseignant à la faculté de droit puis conseiller au cabinet du ministre marocain de l’intérieur de 1968 à 1974 (notamment du temps du général Mohamed Oufkir), Rémi Leveau plaidait pour un compromis entre le pouvoir et les islamistes pensant qu’ils pouvaient évoluer vers « une sociale-démocratisation ».</p>
<h2><b>Un seul « courant » , un même discours</b></h2>
<p>Khadija Mohsen-Finan, politologue, chercheuse associée au laboratoire Sirice*, longtemps responsable du programme Maghreb à l’IFRI, tient pratiquement mot pour mot le même discours que Hicham Alaoui et son « père spirituel ». Pour elle, les islamistes du parti tunisien Ennahda, par exemple, « sans abandonner l’Islam comme référentiel, entendent tourner la page de l’Islam politique pour devenir «démocrates musulmans » à l’instar des partis démocrates-chrétiens qu’a connu l’Europe ». Khadija Mohsen-Finan est également membre du comité scientifique de la Fondation Hicham Alaoui.</p>
<figure id="attachment_210808" aria-describedby="caption-attachment-210808" style="width: 357px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-210808" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/khadija-finan.jpg" alt="" width="357" height="361" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/khadija-finan.jpg 357w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/khadija-finan-297x300.jpg 297w" sizes="auto, (max-width: 357px) 100vw, 357px" /><figcaption id="caption-attachment-210808" class="wp-caption-text">Khadija Mohsen-Finan</figcaption></figure>
<p>Sans doute ceci explique l’alignement absolu entre les deux chercheurs qui ont pour autre point commun une analyse invariablement à charge contre Rabat. La politologue tunisienne présente d’ailleurs la singularité de perdre tout sens de l’histoire et de la géographie, dès qu’il s’agit de la question du Sahara pour laquelle les thèses d’Alger emportent systématiquement son adhésion. Mais c’est là une autre histoire.</p>
<p>Pour revenir à Al Adl Wal Ihssane, Khadija Mohsen-Finan fait presque preuve d’angélisme lorsqu’elle présente le mouvement islamiste radical comme une « confrérie », un mouvement « plus mystique que salafiste » dont la structure est centrée « sur la figure de son leader charismatique » *.</p>
<h2><b>Dangereuse stratégie de dédiabolisation </b></h2>
<p>Voilà donc un mouvement antisémite dont le fondateur appelle au Jihad et qui prône l’instauration d’une « société islamique authentique » dont ce cercle de réflexion feint d’ignorer la face obscure, crédibilisant les propos de Hicham Alaoui qui affiche ainsi ses préférences : « à l’arrivée, le PJD étant aussi exsangue que l’USFP* après sa propre expérience de cohabitation, je ne puis qu’être d’accord avec (…) les vrais islamistes au Maroc, ceux d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane (…) »*.</p>
<p>Le Parti de la Justice et du Développement ? Pour celui qui dirige une fondation pour la recherche en sciences sociales sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, ce sont des « islamistes domestiqués ». Sans doute que le parti dirigé par Saad dine El Otmani n’est pas assez en opposition avec la monarchie pour celui qui apporta son soutien à Nadia Yassine, fille du fondateur d’Al Adl Wal Ihssane, parce qu’elle avait affiché sa préférence pour une république islamique.</p>
<figure id="attachment_210810" aria-describedby="caption-attachment-210810" style="width: 350px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-210810" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/nadiaeta.jpg" alt="" width="350" height="200" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/nadiaeta.jpg 350w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/nadiaeta-260x150.jpg 260w" sizes="auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px" /><figcaption id="caption-attachment-210810" class="wp-caption-text">Nadia Yassine</figcaption></figure>
<p>Nous étions alors en juin 2005. Dans son livre, Hicham Alaoui raconte cet épisode, évoquant au moins à trois reprises assez longuement la fille du « leader charismatique du mouvement islamiste radical Justice et Bienfaisance », écrit-il. Nadia Yassine était à l’époque la porte-parole officieuse d’Al Adl Wal Ihssane. Elle avait déclaré dans un hebdomadaire arabophone « Al Ousbouia Al Jadida », qu’elle avait une préférence pour une « république islamique » plutôt que pour un « régime autocratique » et que sa constitution mériterait de finir « à la poubelle de l’histoire », ajoutant que « la monarchie au Maroc approchait de sa fin ». Ses déclarations lui valurent une convocation devant le tribunal pour «atteinte à la monarchie ».</p>
<h2><b>Préférence pour une république islamique</b></h2>
<p>Dans les pages de la publication marocaine « Al Jarida Al Oukhra », Hicham Alaoui avait réagi « à la préférence pour une république marocaine exprimée par l’islamiste Nadia Yassine en posant comme principe que l’Islam ne privilégiait aucun régime en particulier (…) ». Il signifie ainsi son « entière solidarité » à l&rsquo;égérie des islamistes radicaux, aujourd&rsquo;hui tombée dans l&rsquo;oubli. Interrogée sur le soutien du fils de Moulay Abdellah, Nadia Yassine répondra à un média français : « (…) je ne vois pas pourquoi il faudrait accorder un intérêt particulier à (son) intervention » *.</p>
<p>Dans cette même interview à « Al Jarida Al Oukhra », Hicham Alaoui assurait ne « pas craindre l’arrivée des islamistes au pouvoir », estimant qu’il fallait trouver une solution à leur entrée sur la scène politique et ce « parmi les islamistes qui sont restés dehors ». Pour renforcer son entreprise de dédiabolisation de l’organisation islamiste radicale, il ajoute : « je pense qu’Al Adl Wal Ihssane est un mouvement politique comme les autres ».</p>
<h2><b>Al Adl Wal Ihssane et Hicham Alaoui alignés sur le même registre de « dissidences »</b></h2>
<p>C’est également en substance ce que Pierre Vermeren et Khadija Mohsen-Finan soutiennent cette fois-ci dans le livre « dissidents au Maghreb » qu’ils ont cosigné en 2018. Dans un chapitre intitulé «Makhzen et Siba »*, la dissidence a le visage d&rsquo;Abdessalam Yassine et de son mouvement radical auquel les deux auteurs persistent à donner les attributs d’une « confrérie », laquelle pourrait, selon eux, « affecter la  légitimité  religieuse  du  Commandeur  des  Croyants  à  l’intérieur  de  l’Islam sunnite».</p>
<p>Etrangement, cette partie consacrée à Al Adl Wal Ihssane est immédiatement précédée de cette autre « dissidence » de Hicham Alaoui présentée ainsi comme « une gêne » pour le Maroc. Curieuse succession dans l’énumération de ces « dissidents », Hicham Alaoui étant un individu qui n’est ni à la tête d’un mouvement, ni à la tête d’une organisation « dissidente », en tout cas pas ouvertement. Il n’a jamais été soumis ni à des assignations à résidence, ni à des emprisonnements, ni à des interdictions professionnelles, encore moins à des menaces.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208504" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/azoulay-adl1-000.jpg" alt="" width="689" height="383" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/azoulay-adl1-000.jpg 689w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/azoulay-adl1-000-520x289.jpg 520w" sizes="auto, (max-width: 689px) 100vw, 689px" /></p>
<p>De l’autre côté, voilà une organisation qui s’apparente à une secte, structurée avec des adeptes, un socle doctrinal obscurantiste et un projet politique insurrectionnel. Oui, succession étonnante, en tout cas pour ceux qui ne relèveraient pas un point commun capital entre la Jamaâ et Hicham Alaoui: tous deux contestent au Roi la Commanderie des Croyants. Hicham Alaoui s’est prononcé à plusieurs reprises contre « une monarchie sous l’autorité du Commandeur des croyants, mêlant prérogatives politiques et religieuses » *.</p>
<p>Succession troublante pour ceux qui ne retiendraient pas non plus que Hicham Alaoui, qui promeut une inclusion dans le jeu politique du mouvement radical, semble voir Al Adl Wal Ihssane comme la seule alternative lorsqu’il dit en 2011 « le mouvement du 20 février ne pourra que durcir ses positions et risque d’être poussé dans les bras des islamistes extra parlementaires de l’association Al Adl Wal Ihssane » *.</p>
<h2><b>Hicham Alaoui représenté à des réunions secrètes avec Al Adl Wal Ihssane ?</b></h2>
<p>Succession insolite pour ceux qui ne sauraient pas qu’un proche, « ami intime » de Hicham Alaoui, en l’occurrence Abdellah Hammoudi* anthropologue installé aux Etats-Unis, a pris part à des rencontres tenues longtemps secrètes avec des responsables de la Jamaâ, notamment en juillet 2014. Rien n’indique que Abdellah Hammoudi n’ait pas été mandaté par Hicham Alaoui pour l’y représenter.</p>
<p>Lire aussi: <a href="https://atlasinfo.fr/maroc-gauche-radicale-et-radicalite-religieuse-lalliance-de-laveugle-et-du-paralytique.html"><span class="post-title">Gauche radicale et radicalité religieuse, “l’alliance de l’aveugle et du paralytique”</span></a></p>
<p>Succession inhabituelle pour ceux qui ne sauraient pas que l’historien Maati Monjib, qui assiste chaque année depuis 2014 aux cérémonies commémoratives du décès du fondateur d’Al Adl Wal Ihssane, est une des parties prenantes de la stratégie de dédiabolisation du mouvement obscurantiste. Cheville ouvrière du rapprochement entre la gauche radicale et certains milieux de la société civile avec la Jamaâ, il est aux premières loges de la page de remerciements que consacre Hicham Alaoui à ses plus proches soutiens dans son livre.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-210826 size-medium alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/monjib-hicham-remerciements-459x300.png" alt="" width="459" height="300" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/monjib-hicham-remerciements-459x300.png 459w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/monjib-hicham-remerciements-768x501.png 768w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/monjib-hicham-remerciements-210x136.png 210w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/monjib-hicham-remerciements.png 827w" sizes="auto, (max-width: 459px) 100vw, 459px" /></p>
<p>Succession surprenante pour ceux qui ne verraient pas dans les écrits de Hicham Alaoui sur l’instauration d’une république, des points de convergences avec Al Adl Wal Ihssane : «je pourrais très bien vivre dans une république marocaine si ce régime me paraissait la meilleure option pour mon pays », écrit-il.</p>
<p>Feu Mohammed V, le grand père de Hicham Alaoui, a dû se retourner dans sa tombe à la lecture de cette phrase. Elle réduit à des petits riens les années d’exil forcé à Madagascar du Sultan et de sa famille et le sacrifice de ceux des Marocains qui donnèrent leur vie pour que le Maroc recouvre son indépendance et que Mohammed V, héritier de l’une des plus vieilles monarchies au monde, soit réhabilité dans son autorité.</p>
<p>A suivre…</p>
<p><strong>*Fils de Moulay Abdellah, frère cadet du Roi Hassan II.</strong><br />
<strong>*Charia : loi islamique. Le terme en arabe signifie « chemin pour respecter la loi (de Dieu) ».</strong><br />
<strong>*Traduit « Justice et Bienfaisance » ou « Justice et spiritualité ».</strong><br />
<strong>* Hicham Alaoui, « Journal d’un prince banni », Grasset, 2014; Khadija Mohsen-Finan, « Maroc : l’émergence de l’islamisme sur la scène politique », Politique Etrangère, 2005/1 (Printemps);  Pierre Vermeren, « Le Maroc, un royaume de paradoxe en 100 questions », Tallandier, 2020.</strong><br />
<strong>*Abdessalam Yassine, « La Sunnah d’Allah », 2005.</strong><br />
<strong>*Jamaâ est traduit par communauté.</strong><br />
<strong>*Jahilia : période préislamique.</strong><br />
<strong>*Jihad : guerre sainte pour défendre ou propager l’Islam.</strong><br />
<strong>*Mohamed Abbadi dans une vidéo diffusée en avril 2016.</strong><br />
<strong>*Pierre Vermeren, « le Maroc un Royaume de paradoxes en 100 questions », Editions Tallandier, 2020. Page 180.</strong><br />
<strong>*Pierre Vermeren, interview sur RFI, décembre 2012.</strong><br />
<strong>*Pierre Vermeren et Khadija Mohssen-Finan, « Dissidents au Maghreb », Editions Belin, 2018.</strong><br />
<strong>*Abdessalam Yassine, « La Sunnah d’Allah », pages 11 à 14.</strong><br />
<strong>*Abdessalam Yassine, « La Sunnah d’Allah, page 124.</strong><br />
<strong>*Hicham Alaoui, revue « Pouvoirs » numéro 14, 2013.</strong><br />
<strong>*Laboratoire Sirice : Identités, Relations Internationales et Civilisations de l’Europe.</strong><br />
<strong>* Khadiha Mohsen-Finan, « Tunisie, vers la fin du compromis historique avec les islamistes ? », Orient XXI, novembre 2018.</strong><br />
<strong>*Khadija Mohsen-Finan, « Maroc : l’émergence de l’islamisme sur la scène politique ». Politique Etrangère, 2005/1(Printemps).</strong><br />
<strong> *USFP : Union Socialiste des Forces Populaires.</strong><br />
<strong>*Hicham Alaoui, « Journal d’un prince banni », Grasset, 2014.</strong><br />
<strong>*Khadija Mohsen Finan et Pierre Vermeren, « Dissidents au Maghreb », Edition Belin 2018. Pages 145 à 181.</strong><br />
<strong>*Entretien avec Stephen Smith, « le débat », Gallimard.2011/4, n°166, pages 3 à 14.</strong><br />
<strong>*Entretien avec Stephen Smith, « le débat », Gallimard.2011/4, n°166, pages 3 à 14.</strong><br />
<strong>*Abdellah Hammoudi a dirigé jusqu’en 2016 l’Institut d’Etudes Régionale pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie Centrale à l’université de Princeton, institut financé par Hicham Alaoui.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://dev.atlasinfo.fr/opinions-analyses/decryptages/hicham-alaoui-pierre-vermeren-khadija-mohsen-finan-et-maati-monjib-ces-intellectuels-qui-saccommodent-de-lislamisme-radical/feed/</wfw:commentRss>
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		<title>Droits de l&#8217;Homme: clientélisme et pratiques obscures, dénoncés au sein même de l’AMDH, plongent l’ONG dans une crise interne inédite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Oct 2020 19:14:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Maghreb]]></category>
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		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
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					<description><![CDATA[La démarche est suffisamment rare pour être relevée.17 personnalités emblématiques comme Ouafaa Badri, Naima Alami, Asmaa Elfakir, Halima Karkoubi, Nezha Elazzouzi, Alima Marsouli, Fakouk Mahdaoui, Abdelaziz Belhahcen, Said Benhamani, Ibrahim Missour, Omar Elouafi , Najji Elkarami, Brahim Hachane,Hassan Elharchi, Hussein Elhaddoudi, Rachid Rakmi et Zakaria Moulay Omar signent un communiqué écrit au vitriol pour pointer les irrégularités, les manquements et les pratiques obscures de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), en proie à un vent de contestation interne. Il entame sa crédibilité et interpelle sur les alliances « politiques » sur lesquels elle s’est engagée, sans concertation avec l’ensemble des membres de la commission administrative. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div dir="ltr">Les 17 signataires de ce communiqué rendu public samedi sont membres de la commission administrative de l’AMDH et affiliés au Parti de l&rsquo;avant-garde démocratique et socialiste, le PADS. Ils n’y vont pas par le dos de la cuillère pour dénoncer « les pratiques illicites et récurrentes de telle sorte que la situation est devenue intolérable », disent-ils, précisant que leurs différentes protestations sont restées jusqu’ici lettre morte. Ils expliquent pourquoi ils ont tout simplement décidé de boycotter la 7éme session de la commission administrative qui s’est tenue hier, 10 octobre.</div>
<h2 dir="ltr"><b>Des contacts contestés avec des groupes religieux</b></h2>
<div dir="ltr">Ils dénoncent le silence de la commission administrative de l’association sur leurs différentes interpellations sur des questionnement qui engagent fortement la crédibilité de l’association dont ils jugent qu’elle s’est écartée de sa mission pour  « s&rsquo;impliquer dans des dossiers qui ne relèvent pas des droits humains et qui ont servi des agendas obscurs ». Ainsi, les 17 militants dénoncent « le non-respect de la décision de l’association de ne pas prendre part aux activités organisées par certains groupes religieux ».</div>
<div dir="ltr"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-209829 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/association_marocaine_des_droits_humains-1.jpg" alt="" width="293" height="293" /></div>
<div dir="ltr"></div>
<div dir="ltr">Les signataires du communiqué font ici, sans aucun doute, référence aux liens de certains membres de l’<strong>Association Marocaine des Droits de l’Homme</strong> avec le mouvement islamiste radicale <strong>Al Adl Wal Ihssane</strong> avec lequel un rapprochement pour la constitution d’un « front insurrectionnel » a été activement nourri ces dernières années.</div>
<div dir="ltr"></div>
<div dir="ltr">L’ancienne présidente de l’AMDH, Khadija Riyadi et Fouad Abdelmoumni, qui se réclame de l’ONG, sont deux des chevilles ouvrières qui œuvrent à cette alliance avec les obscurantistes de la Jamaâ fondée par Abdessalam Yassine.</div>
<div dir="ltr"></div>
<div dir="ltr">Le communiqué des 17 signataires de la commission administrative révèle que ce rapprochement est loin de faire l’unanimité dans les rangs des militants de l’AMDH.</div>
<h2 dir="ltr"><b>Des anciens responsables qui gardent la main sur l’AMDH</b></h2>
<div dir="ltr">Ce pavé dans la marre s’accompagne de revendications sur « la non mise à jour de la liste des affectations au sein de l’association qui permet ainsi à certains anciens membres de conserver leur affiliation à l’association ce qui est illégal », dénonce le communiqué.</div>
<div dir="ltr"></div>
<figure id="attachment_209825" aria-describedby="caption-attachment-209825" style="width: 286px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209825 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/KADOJA.jpg" alt="" width="286" height="177" /><figcaption id="caption-attachment-209825" class="wp-caption-text">Khadija Ryadi</figcaption></figure>
<p>Ainsi, une répartition claire des missions au sein de l’AMDH n’a pas été réactualisée, selon les signataires de ce communiqué, « permettant ainsi à une poignée d’anciens responsables de garder la main sur certains mandats ou dossiers importants » de l’ONG.</p>
<div dir="ltr">Une cascade de reproches est  également notifiée dans le communiqué à l’encontre de la commission administrative pour sa politique de « deux poids deux mesures concernant les invitations à des participations à l’étranger de militants de l’AMDH ».</div>
<div dir="ltr">Des manquements dans la gestion des finances de l’association et les rapports financiers « entachés d’irrégularités » sont également abordés de même qu&rsquo; « une gestion anti-démocratique de la commission administrative et une politique du fait accompli ».</div>
<h2 dir="ltr"><b>Le viol présumé de Hafsa Boutahar en toile de fond</b></h2>
<div dir="ltr">La commission administrative est également pointée du doigt pour avoir, selon les signataires, « nourri des campagnes de diffamation à l’encontre de plusieurs plaignants et plaignantes, ce qui porte un préjudice grave à la crédibilité de l’AMDH ».</div>
<div dir="ltr">
<figure id="attachment_209826" aria-describedby="caption-attachment-209826" style="width: 316px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209826 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/botaher2.jpg" alt="" width="316" height="236" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/botaher2.jpg 316w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/botaher2-86x64.jpg 86w" sizes="auto, (max-width: 316px) 100vw, 316px" /><figcaption id="caption-attachment-209826" class="wp-caption-text">Hafsa Boutahar</figcaption></figure>
</div>
<div dir="ltr"></div>
<div dir="ltr">Contactée par <strong>Atlasinfo.fr</strong>, l’une des signataires s’insurge contre le traitement qui a été réservé à Hafsa Boutahar, plaignante dans l’affaire de viol présumé dont est accusé le journaliste Omar Radi.</div>
<div dir="ltr"></div>
<div dir="ltr">« <em>Il est inconsidéré, quel que soit le contexte politique, que cette femme n’ait pas eu droit à la même attention et au même intérêt que Omar Radi</em> », dénonce cette militante des droits de l’Homme et des droits des femmes.</div>
<div dir="ltr"></div>
<div dir="ltr">« <em>La présomption d’innocence vaut pour les deux parties. Jusqu’à preuve du contraire, il est innocent, mais jusqu’à preuve du contraire également Hafsa Boutahar est une victime que nous devons soutenir et ça n’a pas été le cas</em> », conclut la militante.</div>
<div dir="ltr"></div>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Enquête/Extrême-gauche et Al Adl Wal Ihssane : le rapprochement qui a perverti le mouvement du « 20 Février »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 25 Sep 2020 13:16:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[En direct]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
		<category><![CDATA[extrême]]></category>
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					<description><![CDATA[Comment l’extrême-gauche et Al Adl Wal Ihssane ont instrumentalisé le mouvement du 20 février, broyant au passage l’expression pacifiste des revendications de la jeunesse marocaine. Son élan spontané pour un Maroc plus fort et plus équitable a été suivi avec « bienveillance » au plus haut niveau de l’Etat, avant qu’il ne soit dénaturé pour servir des velléités de conquête du pouvoir.
Retour sur cette page de l’histoire récente du Maroc qui offre un éclairage exclusif sur le regard porté alors par le Roi Mohammed VI sur la première manifestation du 20 février 2011. Dans ce dossier, AtlasInfo.fr propose un décryptage sur les débuts du rapprochement de milieux « modernistes » avec un mouvement religieux radical, prêt au jihad pour l’instauration d’un califat.
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rabat, février 2011.</p>
<p>Depuis plusieurs semaines dans les réseaux sociaux, des groupes de jeunes marocains débattent des évènements de ce que l’on a baptisé « le printemps arabe ». Il avait commencé par la « Révolution du jasmin » en Tunisie, qui a vu le départ du président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier et le début des manifestations contre la présidence de Housni Moubarak en Egypte le 25 janvier.</p>
<p>Au début, ces groupes très disparates, qui comptent certains jeunes politisés ou militants associatifs, parlaient de manifestations de soutien aux Tunisiens et aux Egyptiens. Le Maroc était alors plutôt préservé de la montée des contestations mais sa jeunesse ne souhaitait pas rester en marge de cette dynamique ainsi enclenchée, animant dans les réseaux sociaux, notamment Facebook, des forums comme « les jeunes discutent avec le Roi », « liberté et démocratie maintenant », s’adressant parfois directement au souverain sur un ton nouveau, empreint de franchise mais toujours respectueux de son statut.</p>
<p>De cette effervescence dans les réseaux sociaux sont nés des appels à la mobilisation avec un caractère spontané et générateur de débats porteurs d’espoir pour une jeunesse majoritairement sans affiliation partisane. Elle  souhaitait s’exprimer et revendiquer plus de justice sociale, d’égalité des chances, de liberté, de réformes et des mesures contre la corruption.</p>
<h2><strong>Quand l’extrême gauche radicale s&rsquo;accapare le mouvement</strong></h2>
<p>Entre temps, tout ce que l’extrême gauche radicale compte de groupuscules (partis, syndicats ou associations) est venu se greffer au mouvement, y voyant l’opportunité de peser sur les décisions et faire pression sur le pouvoir. Certaines figures comme Khadija Riadi sont allées jusqu’à faire « enrôler » leurs propres enfants, peints ainsi aux couleurs du « M20 », pour avoir accès aux jeunes animateurs de l’initiative et une marge de manœuvre plus aisée pour les « encadrer ». Les profils comme celui de l’ancienne présidente de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH) se cherchaient alors un nouveau souffle, eux qui n’ont que rarement réussi à mobiliser plus de quelques dizaines de personnes dans leurs rassemblements, depuis le début du règne de Mohammed VI en 1999.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208947" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/MVT20620.jpg" alt="" width="648" height="357" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/MVT20620.jpg 648w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/MVT20620-520x286.jpg 520w" sizes="auto, (max-width: 648px) 100vw, 648px" /></p>
<p>Engloutis sous l’effondrement de l’idéologie marxiste, isolés devant la naissance de nouveaux acteurs associatifs aux méthodes modernes et surtout dépouillés de leur argumentaire sur les atteintes aux droits de l’Homme et aux libertés, après le travail de l’Instance Equité et Réconciliation, il leur fallait rebondir et tenter de ranimer leur rhétorique révolutionnaire.</p>
<figure id="attachment_208944" aria-describedby="caption-attachment-208944" style="width: 245px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-208944 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/gazoui3.jpg" alt="" width="245" height="261" /><figcaption id="caption-attachment-208944" class="wp-caption-text">Mokhtar Laghzioui</figcaption></figure>
<p>«<em>Bien que de nombreux jeunes aient marqué leurs réticences, voire même leur désaccord devant les velléités de récupération et de contrôle par les groupuscules de l’extrême gauche » , explique le journaliste Mokhtar Laghzioui, « ils ont réussi d’une certaine manière à se l’approprier et à radicaliser une partie des revendications des initiateurs du mouvement</em> ».</p>
<p>Des individualités comme Fouad Abdelmoumni, patron d’une fondation de micro-crédits, activiste au sein de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH), a tracé les feuilles de route et même écrit certains des slogans qui seront scandés pendant les manifestations.</p>
<p>L’entrepreneur Karim Tazi a apporté des financements, notamment pour équiper les jeunes en moyens de communication dont des téléphones portables. Cette tentative de récupération du mouvement a fait l’objet de débats houleux dans les réseaux sociaux et parmi les jeunes promoteurs de l’appel qui avaient pourtant entrepris plusieurs actions pour se prémunir de toute « politisation » et de toute déviation de la trajectoire contestataire qu’ils avaient fixée.</p>
<h2><strong>Premiers contacts avec les islamistes radicaux de Al Adl Wal Ihssane</strong></h2>
<p>Tout comme avant le premier défilé du 20 février 2011, des contacts avaient  été établis par l’intermédiaire de membres de l’extrême gauche avec des leaders du mouvement islamiste radical Al Adl Wal Ihsane. « <em>A l’époque, ces contacts interpellent déjà les jeunes promoteurs du mouvemen</em>t », nous explique Mokhtar Laghzioui qui avait recueilli des témoignages de jeunes militants du « M20 » qui formulaient des inquiétudes dans ce sens.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208928" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FEMMESADL.jpg" alt="" width="654" height="385" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FEMMESADL.jpg 654w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FEMMESADL-300x177.jpg 300w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FEMMESADL-510x300.jpg 510w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FEMMESADL-357x210.jpg 357w" sizes="auto, (max-width: 654px) 100vw, 654px" /></p>
<p>Au directeur de la rédaction de « Ahdath Maghribia » d’ajouter qu’« <em>Il y avait une très grande gêne à ce qu’il puisse y avoir « un deal » avec un mouvement qui ne fasse pas la promotion des libertés individuelles ou de l’égalité entre les hommes et les femmes, en plus de ce que dans les manifestations communes à venir, les femmes ne devaient pas marcher côte à côte avec les hommes</em> ».</p>
<p><strong>Lire aussi</strong>: <a href="https://atlasinfo.fr/enquete-al-adl-wal-ihssane-extreme-gauche-frapper-ensemble-mais-marcher-separement.html"><span class="post-title">Al Adl Wal Ihssane/Extrême gauche: “frapper ensemble mais marcher séparément”</span></a></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-208949 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/OSSAMA1.jpg" alt="" width="220" height="228" /></p>
<p>Oussama El Khlifi, l’un des membres fondateurs du mouvement du « 20 Février », s’exprimera sept mois après sur ces premiers contacts avec des membres de la Jamaâ : « nous nous étions (pourtant) mis d’accord sur le fait qu’ils soutiendraient le Mouvement et qu’ils participeraient aux manifestations en suivant les slogans du Mouvement (…) Ils n’étaient pas clairs. Quand nous parlons de monarchie parlementaire, eux parlent de choses qui n’ont rien à voir avec nos revendications : le califat, par exemple » *.</p>
<h2><strong>Mohammed VI : « même s’ils n’étaient que quelques-uns à défiler, je me dois de les écouter »</strong></h2>
<p>Du côté du palais royal, le regard porté, à ce moment très précis, sur cette expression contestataire de la jeunesse marocaine est « <em>compréhensif et bienveillant</em> », témoigne un membre du cabinet royal qui a souhaité garder l’anonymat. Selon lui, « <em>le nombre de manifestants n’était pas la question essentielle pour le souverain</em> », alors qu’elle semblait préoccuper le ministre de l’intérieur de l’époque Taïeb Cherkaoui. Le plus important pour le Roi était « <em>ce qu’ils avaient à dire. Même s’ils n’étaient que quelques-uns à défiler, a dit le souverain, je me dois de les écouter et je souhaite que tous les Marocains puissent les entendre, à commencer par les partis politiques et les décideurs économiques</em> », nous confie notre témoin, tordant ainsi le cou au storytelling de ces observateurs pour lesquels « le makhzen a tremblé dans ses fondements ».</p>
<p>L’historien français Pierre Vermeren est l’un de ceux-là. Nous nous arrêterons sur son livre « le Maroc, un royaume de paradoxes en 100 questions » car il constitue un exemple intéressant à analyser sur le narratif dénaturé, voire falsifié de cette séquence marocaine du printemps arabe.<br />
Pierre Vermeren perfectionne et systématise les grands principes de la manipulation des faits, sur chacune des questions d’ordre politique sur les 100 qui sont abordées pour décrire la situation du Maroc actuel.  Il a élaboré une espèce de lexique de formules préétablies, un répertoire de tous les éléments de langage « produits » ces dix dernières années sur la « prédation du makhzen », la toute-puissance de sa « police politique » pour laisser entrevoir « que le règne semble toucher à sa fin ».</p>
<h2><strong>Le Roi donne des instructions pour que les médias publics fassent entendre la parole des jeunes manifestants</strong></h2>
<p>Nous reviendrons plus en détails dans un tout prochain chapitre sur l’argumentaire reproduit fidèlement par les membres de ce qui apparait aujourd’hui comme étant un même groupe. Il est nourri par les mêmes mots-clés, petites phrases et réponses toutes faites sur un royaume dont « l’implosion » est annoncée à tout instant comme l&rsquo;arlésienne, depuis au moins 10 ans.</p>
<p>En attendant ce prochain épisode de notre série sur le rapprochement de l’extrême gauche marocaine avec les islamistes radicaux d’Al Adl Wal Ihssane, lisons ce que l’historien a à dire du « M20 » : « devant cette séquence contestataire si agitée et menaçante », écrit Pierre Vermeren, « les autorités marocaines ont dû forger de toutes pièces une parade pour échapper au destin de leurs homologues arabes ».</p>
<p>A écouter le récit du membre du cabinet royal, contacté par AtlasInfo.fr et témoin privilégié de ces événements, la réalité est tout autre : « <em>SM le Roi Mohammed VI n’a pas analysé les revendications de la jeunesse marocaine comme un risque, bien au contraire. Il pensait que c’était une opportunité et que la voix de ces jeunes devait être portée et entendue dans chaque foyer. Je peux vous confier aujourd’hui qu’il avait personnellement donné ses instructions pour que les médias publics couvrent partout à travers le pays les manifestations</em> ».</p>
<h2><strong>Ambiance de « pique-nique » lors des premiers défilés</strong></h2>
<p>Pour le journaliste Mokhtar Laghzioui, « <em>au début, l’attitude de l’Etat à l’égard du mouvement des jeunes était positive. La mission des forces de l’ordre était une mission « d’encadrement » des manifestations pour qu’elles se tiennent dans les meilleures conditions. Il y a eu une unanimité pour souligner le comportement responsable, pacifique, calme et en accord avec les aspirations portées par ce printemps démocratique marocain. L’ambiance était bon enfant au point que certains participants à ces manifestations ont parlé de « pique niques » démocratiques car elles avaient lieu tous les dimanches dans toutes les villes marocaines avec des slogans pacifiques. C’est lorsque les radicaux d’Al Adl Wal Ihssane se sont joints au mouvement que les positions, de part et d’autre, se sont durcies</em> ».</p>
<p><strong>Lire aussi : </strong><a href="https://atlasinfo.fr/maroc-enquete-radicaux-de-gauche-et-islamistes-radicaux-les-liaisons-dangereuses-de-deux-extremes.html"><span class="post-title">Radicaux de gauche et islamistes radicaux, les liaisons dangereuses de deux extrêmes</span></a></p>
<p>Lors des premiers défilés du dimanche 20 février, la composition des manifestants est hétéroclite. Une première « expérience » d’action collective réussie avec les jeunes du « M20 » côtoyant des militants associatifs de tous bords, des partis politiques de gauche comme le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS) ou encore la Voix Démocratique. Des membres des sections jeunesse de l’Union Socialiste des Forces Populaires (l’USFP) et du Parti de la Justice et du Développement (PJD) sont également présents, tout comme des associations culturelles amazighs ou encore l’UNEM.</p>
<p>Les partis représentés au parlement ont, pour la plupart, fait preuve de réserve quand ce n’était pas de rejet du cahier revendicatif des manifestants. Dans les deux cas, ils ont tous été secoués par des débats internes parfois très vifs, au point de susciter le départ de certains membres ou encore la participation individuelle d’autres, allant ainsi à l’encontre des consignes de leur direction.</p>
<p>Le fait est que dans plusieurs grandes villes du Royaume, la voix et les revendications de la jeunesse marocaine se sont fait entendre sans que le moindre accrochage ne vienne perturber les rassemblements. Selon le ministère de l’Intérieur, les manifestants étaient 37.000, alors que les organisateurs en revendiquaient 5 fois plus.</p>
<h2><strong>Avec un discours historique, le Roi protège le Maroc du mouvement qui touche le monde arabe    </strong></h2>
<p>Le 9 mars 2011, Mohammed VI confisque leurs certitudes aux observateurs qui prédisaient le chaos avec une prise de parole historique. Il annonce une révision constitutionnelle porteuse de plusieurs grandes réformes et avancées démocratiques : séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, renforcement du rôle du chef de gouvernement, officialisation de la langue Amazigh, régionalisation avancée, pour ne citer que quelques-uns des axes stratégiques de la vision pour l’avenir déclinée par Mohammed VI ce 9 mars 2011.</p>
<p>Unanimement saluée, la démarche du Roi déstabilise l’extrême gauche marocaine qui ira chercher le moyen de relancer sa rhétorique révolutionnaire perdue. Elle encadre le mouvement à travers le comité de soutien qu’elle s’était chargée de mettre en place.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208926" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/roym6.jpg" alt="" width="645" height="422" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/roym6.jpg 645w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/roym6-459x300.jpg 459w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/roym6-210x136.jpg 210w" sizes="auto, (max-width: 645px) 100vw, 645px" /></p>
<p>Totalement déroutés devant l’ampleur de la réaction populaire au discours du 9 mars, Annahj Addémocrati et son pendant associatif, l’AMDH, accusent le coup et tentent de trouver une parade pour garder fournis les rangs des manifestants qu’ils jugeaient déjà insuffisants le 20 février. Leur objectif n’a jamais été de faire vaciller le pouvoir mais de le faire tomber.</p>
<p>Pour ne pas voir se réduire l’amplitude des rassemblements et même tenter d’en grossir les rangs, l’extrême gauche avait déjà entamé des discussions avec la Jamaâ islamiste radicale, Al Adl Wal Ihssane, mouvement toléré mais non reconnu par les autorités. Partisans de l’instauration d’une république islamiste sur un modèle califal, la Jamaâ d’Abdessalam Yassine voit dans le printemps arabe la « Qawma », le soulèvement général « prédit » par son dirigeant qui l’a posé comme un préalable à l’instauration de ce modèle de gouvernance « islamique authentique » qu’il a toujours revendiqué pour la société marocaine.</p>
<p><strong>Lire aussi</strong>: <a href="https://atlasinfo.fr/il-ny-aura-pas-de-resurrection-jusqua-ce-que-les-musulmans-tuent-les-juifs-selon-le-fondateur-dal-adl-wal-ihssane.html"><span class="post-title">Al Adl Wal Ihssane entre jihad et antisémitisme</span></a></p>
<p>L’extrême gauche ne s’embarrasse pas de l’extrémisme de la Jamaâ, ni de sa volonté d’appliquer la charîa, ni même de son antisémitisme violent ou de ses positions sur les libertés individuelles ou le statut de la femme,  encore moins du modèle de république islamiste dont la Jamaâ rêve pour le Maroc : « <em>l’ennemi de mon ennemi est mon allié</em> », commente Saïd Lakhal, politologue et spécialiste des mouvements islamistes, pour définir la nature du rapprochement entre les deux extrêmes qui s’opère ainsi. Il sera formalisé par un communiqué d’Al Adl Wal Ihssane le 14 mars 2011.</p>
<h2><strong>Discours extrémiste et jet de pierres des adeptes d’Al Adl Wal Ihssane</strong></h2>
<p>Prise de court par le discours royal du 9 mars, et décontenancée par l’absence de confrontation entre le pouvoir et les manifestants, la Jamaâ de cheikh Yassine veut dorénavant en être, encouragée par ses contacts avec l’extrême gauche. Le communiqué que le mouvement islamiste radical publie 5 jours après le discours royal est rédigé au vitriol. Rien d’étonnant si l’on considère l’idéologie de la Jamaâ et son obligation de surenchérir sur le discours de ses partenaires de l’extrême gauche qui avaient commencé à réorienter le cahier revendicatif du M20 vers un durcissement de leur position.</p>
<p><strong>Lire aussi</strong>: <a href="https://atlasinfo.fr/al-adl-wal-ihssane-une-jamaa-nee-dans-lamertume.html"><span class="post-title">Al Adl Wal Ihssane, une Jamaa née dans l’amertume</span></a></p>
<p>Annonçant qu’elle rejoint le mouvement, la Jamaâ considère que le makhzen « a bouché ses oreilles pour ne pas entendre la voix de son peuple qui revendique son droit à un régime de gouvernance démocratique qu’il choisira librement (…) », peut-on lire dans le communiqué du mouvement islamiste publié le 14 mars, le lendemain d’une première participation de ses adeptes aux manifestations.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208970" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/m20-islamiste.jpg" alt="" width="700" height="385" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/m20-islamiste.jpg 700w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/m20-islamiste-520x286.jpg 520w" sizes="auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px" /></p>
<p>Clairement, Al Adl Wal Ihssane inscrit son soutien au « M20 » dans sa stratégie visant le renversement de la monarchie. Le pacifisme, dont elle a fait un axe essentiel de sa communication disparait au profit d’un discours menaçant que la Jamaâ réitère dans un second communiqué publié 2 jours plus tard, au lendemain d’accrochages entre ses adeptes et les forces de l’ordre : « la voie pour un changement radical et véritable est claire et sans détour et n’a besoin d’aucune polémique inutile ».</p>
<p>D&rsquo;après Mokhtar Laghzioui, « <em>La Jamaâ a choisi à partir du 13 mars et surtout le 20 mars de se livrer à une démonstration de force avec le recours à la violence dans la rue </em>». « C<em>e fut un tournant d’autant plus qu’avant cela, elle levait publiquement l’étendard des trois « non : non à la violence, non à la clandestinité et non aux relations avec l’étranger</em> », conclut le journaliste.</p>
<h2><strong>Mainmise, instrumentalisation de la jeunesse et calculs politiques</strong></h2>
<p>C’est à ce moment-là que de l’ambiance « pique-nique », le M20 bascule vers une confrontation avec les forces de l’ordre : « <em>la jamaâ a tenté de faire main basse sur le mouvement et a remplacé les hauts-parleurs par des bâtons et des pierres</em> », analyse Mokhtar Laghzioui. «<em> Elle a phagocyté le caractère pacifique de ces manifestations. Elle a été rattrapée par son passé violent dans les universités dans les années 90 quand elle se livrait à des exécutions d’étudiants de la mouvance gauchiste et à des raids nocturnes pour détruire des cités universitaires</em> ».</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208119" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/HOOO.jpg" alt="" width="692" height="498" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/HOOO.jpg 692w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/HOOO-300x216.jpg 300w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/HOOO-417x300.jpg 417w" sizes="auto, (max-width: 692px) 100vw, 692px" /></p>
<p>Quels que soient les antagonismes idéologiques entre les deux extrêmes, elles les ont dépassés pensant pour l’extrême gauche, grossir les rangs de la contestation pour ébranler les institutions, quitte à pactiser avec « le diable ». Pour Al Adl Wal Ihssane, il s’agissait de faire la démonstration de sa capacité à s’allier avec d’autres tendances politiques et de rompre avec l’image d’une « secte » pour tenter une démonstration de force puissante que l’Etat ne pourrait plus ignorer.</p>
<h2><strong>Chacun était censé y trouver son compte et se « débarrasser » ensuite de l’autre, une fois l’objectif atteint</strong></h2>
<p>Il ne l’est toujours pas. Les deux « parties » continuent de se « fréquenter », l’une soutenant l’autre, l’autre tentant de rendre « fréquentable » la première et les deux travaillant à la mise en place d’un « front commun » pour faire chanceler la monarchie.</p>
<p>En attendant, que ce soit l’extrême gauche, Al adl Wal Ihssane, certains groupuscules de la société civile et des individualités qui y ont vu l’occasion de se positionner, tous doivent endosser la responsabilité de l’élan brisé des jeunes marocains qui avaient initié le mouvement du « 20 Février ». Ils l’ont instrumentalisé pour servir leurs projets respectifs de conquête du pouvoir, piétinant sans état d’âme l’exercice libre et passionné de l’expression de la démocratie auquel aspiraient ces jeunes lorsqu’ils ont initié leur action.</p>
<p>Tant que le mouvement n’avait pas été dénaturé, ils avaient réussi à susciter l’admiration et le respect, y compris au plus haut niveau de l’Etat, en partageant leurs rêves pour un Maroc plus fort et plus juste pour chacun de ses citoyens.<br />
Ils avaient réussi un temps, là où tous les autres ont toujours échoué.</p>
<p><strong>A suivre…</strong></p>
<p><strong>*</strong> « Au Maroc, le Mouvement du 20 Février maintient la pression » par Rachidi  Ilhem , 11 septembre 2011 .L’Obs avec « Rue89 »</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>« L’une des plus grandes forces d’Al Adl Wal Ihssane est de savoir nager en eaux troubles et brouiller les cartes »</title>
		<link>https://dev.atlasinfo.fr/opinions-analyses/entretiens/lune-des-plus-grandes-forces-dal-adl-wal-ihssane-est-de-savoir-nager-en-eaux-troubles-et-brouiller-les-cartes/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Sep 2020 18:53:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Abdessalam Yassine]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
		<category><![CDATA[gauche]]></category>
		<category><![CDATA[Hamza El Anfassi]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[islamistes]]></category>
		<category><![CDATA[Jamâ]]></category>
		<category><![CDATA[Maroc]]></category>
		<category><![CDATA[radicale]]></category>
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					<description><![CDATA[Basé à Washington, Hamza El Anfassi est chercheur et journaliste maroco-américain spécialisé sur les questions liées à la démocratie, l’islamisme, la résolution des conflits et les relations entre civiles et militaires dans la région du Moyen-Orient. Diplômé notamment en sciences politiques, il a étudié à l’« Arizona State University » et à l’ « Elliott School of International Affairs ». Militant associatif, Hamza El Anfassi travaille sur les questions de société liées à la jeunesse dans la région MENA et revendique son engagement dans les mouvements du « printemps arabe » dont celui du « 20 février » au Maroc. Entretien]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="adn ads" data-message-id="#msg-f:1678194614806764432" data-legacy-message-id="174a251c5787db90">
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<h2 dir="ltr"><strong>L’un de vos domaines de recherche aux Etats-Unis est celui du radicalisme religieux. Vous avez travaillé sur la Jamaâ Al Adl Wal Ihssane, vous intéressant notamment à l’après Abdeslam Yassine. Qu’est-ce qui a changé depuis la mort du fondateur du mouvement en 2012 ?</strong></h2>
<div dir="ltr"><strong>Hamza El Anfassi</strong> : Comme pour la plupart des organisations qui tirent leur force et une forme de légitimité de la personnalité de leur dirigeant, Al Adl Wal Ihssane souffre indéniablement de l&rsquo;absence de son fondateur charismatique et leader pendant prés de 40 ans, Abdessalam Yassine. C’était un homme qui écrivait beaucoup et animait de nombreuses conférences auprès de ses disciples. C’était là une communication régulière qui lui permettait d’entretenir son influence auprès des disciples, de préserver une certaine cohésion et de garder les troupes unies pendant les nombreuses crises que la jamaâ a traversé. Ce n’est donc plus pareil mais Abdeslam Yassine a mis en place une structure qui puisse survivre à son décès, et c’est sur elle que s&rsquo;appuie aujourd&rsquo;hui Al Adl Wal Ihssane. Une organisation structurée qui peut encore peser dans le débat public, malgré son interdiction.</div>
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<h2><strong>Al Adl Wal Ihssane est en faveur de la restauration d&rsquo;un califat. Son fondateur aussi bien que Abbadi qui lui a succédé en ont cerné les contours. Comment cela est-il perçu aux États-Unis et dans le monde occidental car quand on parle de restauration du califat, on pense à Daech, Boko Haram ou Al-Qaida, mouvements terroristes qui ont tous les trois proclamé un califat en 2014 ?</strong></h2>
<p>Malheureusement, l&rsquo;Occident n&rsquo;appréhende pas véritablement la gravité de ce pilier du projet politique et idéologique d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane.</p>
<p>L&rsquo;Occident considère la jamaâ comme un acteur politique et social qui opère dans un paysage diversifié. Il ne la voit évidemment pas de la même manière qu’il appréhende des groupes tels que Daech, Boko Haram ou Al-Qaïda. Force est de constater que sur cela, la communication et les tactiques sophistiquées développées par Al Adl Wal Ihssane, fonctionnent en Occident.</p>
<p><strong>Lire aussi: <a href="https://atlasinfo.fr/al-adl-wal-ihssane-une-jamaa-nee-dans-lamertume.html">https://atlasinfo.fr/al-adl-wal-ihssane-une-jamaa-nee-dans-lamertume.html</a></strong></p>
<p><span style="text-transform: initial;">Ceci étant dit, il est un fait que de nombreux marocains qui ont intégré des organisations extrémistes violentes ont commencé leur parcours de radicalisation au sein de la Jamaâ de Abdessalam Yassine. C’est dans les cercles et dans le sillage d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane que ces jeunes entendent parler de la restauration du califat pour la première fois. De nombreux témoignages de ceux qui ont rejoint des mouvements extrémistes violents font état du fossé qui existe entre l’image pacifiste que veut véhiculer le mouvement et son modus operandi. Ces jeunes le décrivent comme un « habillage de respectabilité » pour leur permettre de manœuvrer dans le paysage politique dans lequel la Jamaâ opère.</span></p>
<h2><span style="text-transform: initial;">Il</span><strong style="text-transform: initial;"> y a des passages assez violents dans les livres écrits par Abdessalam Yassine. Il parle de moudjahidines, de combat, de jihad et de guerre. Pensez-vous alors que l&rsquo;image qu&rsquo;ils veulent véhiculer d&rsquo;un mouvement pacifiste est justifiée ?</strong></h2>
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<p>De nombreux écrits d&rsquo;Abdessalam Yassine prêtent à la polémique. Pour les comprendre, il faut tenir compte du fait qu’ils ont été écrits pour un public ouvert à ses idées et à sa vision. Les termes utilisés sont familiers à ce public, dans le contexte de l&rsquo;histoire de l’Islam. Il n’en est pas moins que dans la littérature d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane, ces écrits prennent un tout autre sens dans la tentative de leur auteur de transposer les concepts et la vision qu’il y développe dans le monde moderne.</p>
<p>Encore une fois, il y a un décalage entre les concepts entretenus publiquement par la Jamaâ et la réalité, d’où sa réticence à s&rsquo;engager de manière claire et directe dans le débat politique. C’est l&rsquo;une des raisons pour lesquelles de nombreux jeunes se détournent d’Al Adl Wal Ihssane pour entrer dans des mouvements islamistes plus actifs sur la scène politique.</p>
<h2><strong style="text-transform: initial;">La mise en place d&rsquo;un califat suppose un autre modèle politique, donc le renversement de la monarchie ?</strong></h2>
<p><span style="text-transform: initial;">Vous savez, l’une des plus grandes forces de la Jamaâ est de savoir nager en eaux troubles et brouiller les cartes pour quiconque essaie de creuser plus profondément dans leurs motivations et leurs objectifs finaux. Il est vrai que l’ancien chef du mouvement avait maintes fois vanté ce qu’il considère comme les bienfaits du califat, ralliant autour de cet objectif ses partisans et recrutant de nouveaux adeptes. </span></p>
<p><span style="text-transform: initial;">En même temps, dans le contexte du printemps arabe, le mouvement a appelé à un État laïc, allant jusqu’à joindre sa voix à ceux qui appelaient à une monarchie parlementaire. Ceci montre que la Jamaâ souffle le chaud et le froid, qu’elle cultive la confusion sur les objectifs réels qui sont les siens, au gré des situations qui se présentent. C’est là, je pense sa plus grande réussite marketing.</span></p>
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<h2 dir="ltr"><strong>AL Adl Wal Ihssane s&rsquo;est rapproché, particulièrement, depuis le printemps arabe, de la gauche radicale marocaine incarnée notamment par Annahj Addémocrati et son pendant associatif l’AMDH. Que pensez-vous de cette « alliance» destinée à conjuguer leurs forces contre le pouvoir ?</strong></h2>
<div dir="ltr">Comme dans de nombreux mouvements politiques et sociaux à travers le monde, des courants différents, parfois même divergents, s’allient contre les pouvoirs en place. On peut remonter à la révolution française et à la pléthore de groupes qui ont uni leurs forces pour renverser la monarchie. Plus récemment en Iran, le parti communiste Toudeh a joué un rôle dans la révolution de 1979. Ce n&rsquo;est donc pas anormal de voir des mouvements qui ne partagent pas la même idéologie, en l’occurrence ici, l&rsquo;extrême gauche  et le mouvement islamiste radical, unir leurs forces dans un contexte de  mobilisation sociale. Néanmoins, je ne qualifierais pas les objectifs de cette alliance d ‘ « insurrection » car jusqu&rsquo;à très récemment, Al Adl Wal Ihssane a fait preuve d&rsquo;une extrême retenue dans de nombreuses actions auxquelles elle a participé. Le but de cette « alliance » est de montrer à l&rsquo;État que le mouvement est encore capable de créer des coalitions avec des « alliés» de différents horizons.</div>
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<div dir="ltr">Cette alliance présente également l’avantage de sortir la Jamaâ de l&rsquo;isolement. Elle a beaucoup souffert de la montée en puissance du Parti de la Justice et du Développement. Le PJD a été une alternative, une autre voie pour les électeurs d’obédience islamiste auxquels ils ont promis des réformes en étant à l’intérieur du système. L&rsquo;ascension fulgurante du PJD dans les espaces urbains a porté un préjudice énorme à la réputation d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane et l&rsquo;a en quelque sorte forcée à rechercher des alliés pouvant lui donner une légitimité.</div>
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<h2 dir="ltr"><strong>Arrêtons-nous sur la révolution iranienne dont vous parliez. Abdessalam Yassine y fait référence dans ses écrits. Comment expliquer que l’Iran puisse constituer un modèle ?</strong></h2>
<div dir="ltr">Beaucoup des écrits d&rsquo;Abdessalam Yassine sont intervenus dans le sillage de la révolution iranienne de 1979. Khomeiny a longtemps fait la promotion d’une forme de révolution islamique presque dépourvue de toute référence à des mouvances, qu’elles soient sunnites ou chiites, par exemple. Au lieu de cela, Khomeiny a créé son propre modèle, fourni un exemple d&rsquo;une révolution islamiste qui a réussi puisqu’elle a mené au renversement d&rsquo;une figure qui était considérée par les islamistes comme despotique.</div>
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<div dir="ltr">Il y a une forme de « lien informel » entre Al Adl Wal Ihssane et l’Iran. Un lien idéologique pourrait constituer une menace pour le Maroc qui est un allié des États-Unis. L’Iran ne se privera pas de toute possibilité qui pourrait lui être offerte de pénétrer la société marocaine, particulièrement aujourd’hui, dans le contexte de la lutte pour le pouvoir qui se joue dans la région MENA.</div>
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<h2><strong>Restons en Iran précisément où, vous le disiez, Khomeini s&rsquo;était allié aux sensibilités d&rsquo;extrême gauche pour renverser le shah avant de les éliminer. Ce genre d’alliances contre-nature peut-il fonctionner ou est-il voué à l&rsquo;échec ?</strong></h2>
<div dir="ltr">Dans la théorie, Je ne pense pas que ces alliances soient forcément vouées à l&rsquo;échec. Mais dans la pratique, l’histoire pullule d&rsquo;exemples d&rsquo;alliances politiques de mouvements aux idéologies différentes ou opposées qui ont été rompues, y compris entre organisations de gauche et islamistes. Il y en a tellement que l’on pourrait modéliser aussi bien ce qui les a rapprochés que ce qui les a menés à la rupture.</div>
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<div dir="ltr">L’histoire a également démontré que les mouvements de gauche étaient généralement plus enracinés dans la société dans laquelle ils opéraient et ils avaient plus à perdre dans leur alliance avec les islamistes. Dans le cas d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane et la gauche radicale marocaine, c’est l’inverse : la Jamaâ est plus enracinée dans la société que la plupart des groupuscules de gauche avec lesquels elle travaille.</div>
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<h2><strong>Pour conclure, quel poids numéraire attribuer à ce mouvement ? Quelle influence réelle ?</strong></h2>
<p><span style="text-transform: initial;">Al Adl Wal Ihssane a fait preuve d&rsquo;un grand niveau d&rsquo;organisation et de discipline dans le contexte du mouvement du 20 février en 2011, pour ne prendre que cet exemple. La présence de ses disciples dans les rues n&rsquo;a été réellement ressentie que lorsqu&rsquo;ils ont décidé de ne plus prendre part aux manifestations. C’est là, lorsque l’amplitude des manifestations s’est réduite  que nous avons observé que ce sont les disciples de la Jamaâ qui étoffaient les rangs des manifestants.</span></p>
<p><span style="text-transform: initial;">Une fois ce constat établi, je ne pense pas que le plus important soit un débat autour des chiffres, il n’est pas essentiel. Ce qui est stratégique en revanche, c’est de mesurer le taux de pénétration de leur idéologie à l&rsquo;intérieur de la société. De même que le niveau d&rsquo;engagement de leurs membres doit être évalué. Enfin, quelle connaissance avons-nous des chemins empruntés par les disciples qui ont décidé de quitter Al Adl Wal Ihssane ? Ce sont là les questions qui me semblent bien plus décisives.</span></p>
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<div dir="ltr"><strong style="text-transform: initial;">Lire aussi: <a href="https://atlasinfo.fr/maroc-enquete-radicaux-de-gauche-et-islamistes-radicaux-les-liaisons-dangereuses-de-deux-extremes.html">https://atlasinfo.fr/maroc-enquete-radicaux-de-gauche-et-islamistes-radicaux-les-liaisons-dangereuses-de-deux-extremes.html</a></strong></div>
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]]></content:encoded>
					
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			</item>
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		<title>« Il n’y aura pas de résurrection jusqu’à ce que les musulmans tuent les juifs », selon le fondateur d&#8217;Al Adl Wal Ihssane</title>
		<link>https://dev.atlasinfo.fr/opinions-analyses/decryptages/il-ny-aura-pas-de-resurrection-jusqua-ce-que-les-musulmans-tuent-les-juifs-selon-le-fondateur-dal-adl-wal-ihssane/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Sep 2020 19:04:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
		<category><![CDATA[Abdessalam Yassine]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
		<category><![CDATA[André Azoulay]]></category>
		<category><![CDATA[antisémitisme]]></category>
		<category><![CDATA[islamiste]]></category>
		<category><![CDATA[jamaâ]]></category>
		<category><![CDATA[jihad]]></category>
		<category><![CDATA[juifs]]></category>
		<category><![CDATA[Qawma]]></category>
		<category><![CDATA[radical]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>
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					<description><![CDATA[La stratégie de conquête de l’attention d’Al Adl Wal Ihssane a été construite autour de la non-violence du mouvement. L’ouragan de mots destiné à bâtir une image médiatico-politique basée sur le pacifisme, a été nourri pendant plus de quatre décennies avec des méthodes de propagande suffisamment remarquables pour qu’elles réussissent à reléguer à un second plan les écrits bellicistes de son fondateur, Abdessalam Yassine. L’apologie qu’il fait du Jihad et son antisémitisme, sont deux des piliers de la doctrine que le prédicateur développe dans ses livres, en particulier « La Sunna d’Allah ». Il constitue un « guide-à-penser » d’une telle brutalité, que l’on ne peut que s’interroger sur les grandes manœuvres médiatiques et politiques destinées à mettre un vernis d'irréprochabilité sur la Jamaâ. L’ambition de cet article est d’aider nos lecteurs à prendre connaissance et décrypter les messages pernicieux et dangereux du mouvement islamiste radical qui aspire à une conquête du pouvoir.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« On nous diabolise et on essaye de nous faire passer pour de méchants islamistes et des obscurantistes. Ce sont des clichés ; les Américains nous soutiennent parce ce qu’ils ne veulent plus de dérives autoritaires ». Ces propos, extraits d’une interview parue dans « La Libre.be » le 6 mai 2006, sont signés de Nadia Yassine. Il n’est pas certain que celle qui fut surnommée « la pasionaria » du mouvement Al Adl Wal Ihssane (Justice et Bienfaisance) aurait prononcé ces propos aussi facilement si Martin Buxant, le journaliste qui l’a interviewée, avait pris connaissance du contenu des écrits de son père, le fondateur de la Jamaâ.</p>
<figure id="attachment_208498" aria-describedby="caption-attachment-208498" style="width: 349px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-208498" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/nadiatou2.jpg" alt="" width="349" height="232" /><figcaption id="caption-attachment-208498" class="wp-caption-text">Nadia Yassine</figcaption></figure>
<p>Celle qui fût la porte-parole du mouvement avant que ses condisciples au sein de la Jamaâ ne décident de l’écarter après une obscure histoire d’adultère, était  un symbole de cette ère des grandes manipulations médiatiques de la Jamaâ. Les méthodes d’influence et de persuasion utilisées par Al Adl Wal Ihssane ont indéniablement contribué à attirer l’attention de médias et de responsables politiques étrangers autour de ce mouvement qui se présentait comme non-violent, au moment où plusieurs capitales étaient endeuillées par des vagues d’attentats perpétrés par des mouvements terroristes se revendiquant de l’Islam.</p>
<p>D’un côté, le besoin de comprendre et d’informer pour les journalistes, et de l’autre, l’idée selon laquelle il valait peut-être mieux composer avec ces mouvements, voire même les aider à accéder au pouvoir. Ce fut le cas des démocrates aux Etats-Unis, par exemple.</p>
<h2>Non, ce n’est pas un mouvement non-violent</h2>
<p>La littérature du maître à penser d’Al Adl Wal Ihssane est bien plus brutale et choquante que les phrases toutes faites et les slogans sur lesquels est basée la stratégie de désinformation des portes-paroles de la Jamaâ.<br />
Non, ce n’est pas un mouvement non-violent. Non, le pacifisme et la recherche de la paix sont étrangers à sa doctrine politique.</p>
<p><span style="color: #0000ff;"><strong><span style="color: #000000;">Lire aussi: </span></strong><a href="https://atlasinfo.fr/al-adl-wal-ihssane-une-jamaa-nee-dans-lamertume.html">https://atlasinfo.fr/al-adl-wal-ihssane-une-jamaa-nee-dans-lamertume.html</a></span></p>
<p>Comme des spasmes violents, les écrits de Abdessalam Yassine viennent balayer le discours des moins conciliants de ses soutiens qui voudraient qu’il eût des hallucinations, qu’il était peut-être un peu fou mais totalement inoffensif. Pour ses disciples les plus fidèles, il suffisait d’adhérer au monde « surnaturel » de cet « élu de Dieu » pour qu’il vous mène aux portes du paradis.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-208500 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/sunnatallah.jpg" alt="" width="279" height="360" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/sunnatallah.jpg 279w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/sunnatallah-233x300.jpg 233w" sizes="auto, (max-width: 279px) 100vw, 279px" /></p>
<p>Non, Abdessalam Yassine n’était pas un illuminé et il était en pleine possession de ses moyens en rédigeant ses livres, en particulier la « Sunna d’Allah », publié en 2005. Nous ne retiendrons que celui-ci car il présente l’avantage de réunir dans un seul ouvrage toutes les réflexions intimes et profondes du prédicateur sur la manière de mener le Jihad, de « réhabiliter la personnalité « jihadie » pour prendre les rênes de la Oumma (communauté islamique) » (P.11). Il s’agit pour lui de « vaincre ses ennemis (de Dieu) et régner sur le monde (…) en mettant en marche un programme d’actions pour acquérir la puissance nécessaire » (P.12 et 14).</p>
<h2>Moudjahidines, martyrs et Jihad</h2>
<p>Pour cela, il faut des « moudjahidines » (un combattant qui prend les armes au nom de l’Islam), précise Abdessalam Yassine ajoutant que « Dieu soutiendra uniquement les fidèles armés qui combattent pour la gloire de sa parole. Ce groupe de fidèles forts de la volonté de consentir le martyre, vaincra ses ennemis même si leur nombre est supérieur à celui des Moudjahidines» (P.11 et 12).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-208502 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/ssissine.jpg" alt="" width="300" height="450" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/ssissine.jpg 300w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/ssissine-200x300.jpg 200w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Le vocable employé par le prédicateur s’apparente plus à celui des leaders des mouvements djihadistes violents qu’à celui des confréries qui jouent un rôle d’encadrement des croyants dans leur quête spirituelle. Abdessalam Yassine le dit lui-même en page 19 lorsqu’il écrit   que « loin d’être inspiré de la pensée « soufie », notre projet est Jihadi ». Cette précision à elle seule indique que le débat qui pourrait exister sur la traduction ou l’interprétation du Jihad (ou Djihad) est ici inutile car ne présentant aucune ambiguïté sur ce que pense Abdessalam Yassine. Il ne parle pas de devoir religieux au sein de l’Islam en tant que tel ni d’« abnégation », d’ « effort », de « lutte » ou de « résistance ».</p>
<p>Si Nous devions nous attacher à la définition qu’en donne Averroès, il y aurait le jihad par le cœur, par la langue, par la main ou par l’épée. La doctrine développée par Al Adl Wal Ihssane nous mènerait tout naturellement à la dernière, tant les concepts développés dans la « Sunna d’Allah » sont belliqueux. Le jihad par l’épée donc, celui-là même qui a servi d’argument à plusieurs groupes ou mouvements à travers le temps pour contrer les « infidèles ».</p>
<h2>Le fondateur de la jamaâ parle de « guerre » et de victoire</h2>
<p>Cette victoire reste « tributaire de la préparation pour l’acquisition de la puissance nécessaire » (P.21). Il insiste également sur « le devoir (qui) est d’œuvrer avec dévouement pour l’enrôlement du maximum de fidèles dans les rangs des soldats de Dieu pour qu’ils combattent aux côtés de ceux-ci sur la voie du Jihad (guerre sainte pour défendre ou propager l’Islam) » (P.52).</p>
<p><span style="color: #3366ff;"><span style="color: #000000;"><strong>Lire aussi:</strong></span> <a href="https://atlasinfo.fr/al-adl-wal-ihssane-une-jamaa-nee-dans-lamertume.html">https://atlasinfo.fr/al-adl-wal-ihssane-une-jamaa-nee-dans-lamertume.html</a></span></p>
<p>Préconiser de mener la guerre n’a rien de pacifiste surtout lorsque l’on s’assigne pour objectif de régner sur le monde et que ce but ne puisse « se concrétiser que grâce au Jihad et à la Qawma, le soulèvement général » (P.301). Pour le fondateur du mouvement, l&rsquo;approche repose sur le fait d&rsquo;avoir été choisi, « élu » par Dieu : « cette quête ne peut être menée par n’importe quel mouvement prétendant être porteur du « fanion » de l’Islam mais dont la pureté n’est pas entière » (P.301).</p>
<h2>« La guerre n’est que ruse »<strong><br />
</strong></h2>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-208503 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/manifets1.jpg" alt="" width="407" height="237" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/manifets1.jpg 407w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/manifets1-260x150.jpg 260w" sizes="auto, (max-width: 407px) 100vw, 407px" /></p>
<p>Al Adl Wal Ihssane serait alors l’un de ces mouvements « investis » de l’autorité pour mener ce jihad, renverser les modèles politiques et sociétaux en place pour atteindre l’objectif ultime qu’est la restauration du Califat. Il s’agit donc d’une guerre et quel que soit le temps qu’elle prendra, le prédicateur décrit à ses disciples l’état d’esprit dans lequel elle doit être conduite : « nous sommes tenus de mener toutes les étapes de la Qawma avec intelligence, dextérité, finesse et ruse. Il s’agit justement d’une guerre et la guerre n’est que ruse » (P.302).</p>
<h2>Le « caractère exécrable des juifs, leur apostasie, leur hypocrisie »</h2>
<p>Pour le fondateur de Al Adl Wal Ihssane, un obstacle majeur à ce soulèvement général doit être levé : les juifs « constituent une espèce humaine qui concentre toutes les déviations incarnées par la Jahilia (période préislamique) », écrit-il page 66.</p>
<p>Se préparer à long terme  pour la restauration du califat et réussir dans cette entreprise ne sera pas possible « si nous ne prenons pas conscience du caractère exécrable des juifs, leur apostasie, leur hypocrisie, leur propension à la ruse et leur déploiement pour dévier les gens du chemin de Dieu », écrit Abdessalam Yassine (P.65). Dans le torrent de haine qui le saisit dès qu’il est question des juifs, il ajoute : « il n’y aura pas de résurrection jusqu’à ce que les musulmans tuent les juifs. Les musulmans le feront » (P.70).</p>
<h2><strong>Incitation à la haine</strong></h2>
<p>C’est là bien plus qu’une incitation à la haine, c’est un appel à passer à l’acte qu’il réitère page 69 en parlant de « cauchemar de la puissance croissante des juifs et leur dépravation » ou encore « les juifs sont maudits par Dieu » (P.80) et « les juifs sont connus pour être les assassins des prophètes » (page 74).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208504" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/azoulay-adl1-000.jpg" alt="" width="689" height="383" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/azoulay-adl1-000.jpg 689w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/azoulay-adl1-000-520x289.jpg 520w" sizes="auto, (max-width: 689px) 100vw, 689px" /></p>
<p>Le déferlement d’antisémitisme d&rsquo;Abdessalam Yassine continue page 126 en présentant les juifs comme une puissance qui dispose de relais lui permettant de façonner les Etats et les économies : « le judaïsme est favorable dans son essence à la perpétuation des conflits entre les différentes nations ». Pour le fondateur d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane, « le vrai défi consiste à livrer un combat sans merci aux juifs, jusqu’à leurs derniers bastions » (P.124).</p>
<p><span style="color: #0000ff;"><span style="color: #000000;"><strong>Lire aussi: </strong></span><a href="https://atlasinfo.fr/maroc-enquete-radicaux-de-gauche-et-islamistes-radicaux-les-liaisons-dangereuses-de-deux-extremes.html">https://atlasinfo.fr/maroc-enquete-radicaux-de-gauche-et-islamistes-radicaux-les-liaisons-dangereuses-de-deux-extremes.html</a></span></p>
<p>Joseph Goebbels, responsable de l’éducation du peuple et de la propagande nazie, n’aurait pas fait mieux pour tracer et baliser le chemin du parfait petit antisémite. Ceci d’autant plus que les propos de Abdessalam Yassine ne cultivent aucun doute ou confusion avec le sionisme et la cause palestinienne, laquelle question palestinienne est chère au cœur de tous les Marocains, y compris ceux de confession juive dont le conseiller du Roi Mohammed VI, André Azoulay.</p>
<p>Pourtant,  son nom est régulièrement scandé dans les manifestations du mouvement radical, parce qu’il est juif. Les manifestants de la Jamaâ parlent de « honte » s’agissant de son statut de conseiller royal du fait de ses croyances religieuses, faisant de lui une « cible » pour qui prendrait à la lettre les écrits d&rsquo;Abdessalam Yassine. Celui que la propagande du mouvement présente comme un pacifiste parle de la nécessité d’affronter les juifs « et de les combattre sans répit » (P.74).</p>
<p>Non, les adeptes de Al Adl Wal Ihssane ne sont décidément pas des colombes. Reste à déterminer si leurs soutiens et leurs alliés « démocrates » font l’autruche devant la violence effroyable des textes fondateurs de la Jamaâ ou s’ils se complaisent dans ce miroir aux alouettes.</p>
<p>A suivre…</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Enquête/Al Adl Wal Ihssane-Extrême gauche: “frapper ensemble mais marcher séparément »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2020 09:36:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Abdeslam Yassine]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
		<category><![CDATA[alliance]]></category>
		<category><![CDATA[AMDH]]></category>
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		<category><![CDATA[islamiste]]></category>
		<category><![CDATA[jamaâ]]></category>
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		<category><![CDATA[radical]]></category>
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					<description><![CDATA[Said ELakhal, islamologue, spécialiste de l'islam politique et des mouvements islamistes, auteur de plusieurs ouvrages* sur le mouvement radical Al Adl wal Ihssane, revient sur le projet politique porté par le mouvement qui ambitionne l’instauration d’un califat. Il en analyse la doctrine, les ressorts et les moyens que la Jamaâ fondée par Abdessalam Yassine est prête à mobiliser pour atteindre ses objectifs. Son “alliance” avec l’extrême gauche marocaine, notamment, fait partie de la stratégie de l’organisation pour arriver à son but.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2 dir="ltr"><strong>Al Adl Wal Ihssane poursuit un but : instaurer le califat. En cela, la Jamaâ perpétue-t-elle l’objectif de son fondateur, Abdessalam Yassine ?</strong></h2>
<p dir="ltr"><strong>Said ELakhal</strong>: depuis sa création, Al Adl Wal Ihssane (“Justice et Bienfaisance”) appelle à la restauration du califat. L’actuel chef de la Jamaâ (communauté), Mohamed Abbadi, prétend agir au nom de l’Islam et accomplir la volonté du prophète.</p>
<figure id="attachment_208330" aria-describedby="caption-attachment-208330" style="width: 381px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-208330" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/saidou1.jpg" alt="" width="381" height="235" /><figcaption id="caption-attachment-208330" class="wp-caption-text">Saïd Elakhal</figcaption></figure>
<p dir="ltr">La Jamaâ se distingue des autres organisations de l’islam politique sur deux questions essentielles. La première est qu’elle proclame sa volonté de bâtir un Etat califal sur la base des directives du prophète et sur les ruines des systèmes politiques actuels. Elle ne fait aucune distinction entre les monarchies, les systèmes laïcs, dictatoriaux, démocratiques ou islamiques. Tous ces régimes qui ne gouvernent pas “au nom d’Allah” sont , pour ce mouvement, des régimes illégitimes. Pour Al Adl Wal Ihssane, l’instauration du califat est un devoir religieux pour tout musulman et un “ordre divin”.<br />
Le fondateur de la Jamaâ cheikh Yassine, décédé en 2012, a bâti son projet politique sur la base d’un Hadith attribué au prophète Muhammad : “la prophétie sera en vous si Dieu le veut. Il vous la retire si tel est son désir. (&#8230;) le califat sera sur le modèle du prophète et il s’est tu”.</p>
<p dir="ltr">Il n’y a pas de divergences entre Cheikh Yassine et Aboubakr Al-Baghdadi, le fondateur de Daech. Les deux ont en commun cet objectif d’établir l&rsquo;État du califat quels que soient les moyens utilisés pour y arriver.<br />
Pour Abdessalam Yassine, ce n&rsquo;est pas n’importe quel groupe islamiste qui  peut aspirer à instaurer le califat. Seuls les groupes dirigés par des cheikhs aux qualités divines y ont droit. Pour lui, ils seraient les ayant droits légitimes auxquels Dieu a ordonné d’obéir. “Ô croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d&rsquo;entre vous qui détiennent le commandement”.</p>
<h2 dir="ltr"><strong>Quel est le second point de différentiation?</strong></h2>
<p dir="ltr">Le second est que Adl wal Ihssane refuse la participation aux élections et l’implication dans des institutions, de même qu’il n’est pas question pour elle d’assumer des responsabilités et gérer la chose publique. Cheikh Yassine a établi une constitution et une feuille de route pour la Jamaâ de laquelle elle ne peut dévier. Parmi les fondements de sa doctrine, il y a le fait que tous les régimes politiques dans les pays arabes et islamiques ne gouvernent pas au nom de la “loi d’Allah”. Donc, toute participation à un processus électoral ou alternance politique au sein de ces régimes serait une trahison de “la parole de Dieu”.</p>
<h2 dir="ltr">Sur la base de ce que vous venez de dire , de quelle manière Al Adl Wal Ihssane entend atteindre ses objectifs?</h2>
<p dir="ltr">Leur guide, Abdessalam Yassine, avait  expliqué la situation de la manière suivante : notre ligne politique est que nous ne nous opposons pas aux gouvernants à l’instar des partis politiques à cause de leurs choix économiques ou de leur gestion, nous leur désobéissons car ils sont sortis du cercle de l’Islam. ( “Les principes de la voie prophétique”, page 25).</p>
<p dir="ltr">C’est pour ces raisons que Cheikh Yassine et ses fidèles n’aspirent pas à avoir “la bénédiction” du régime, mais aspirent plutôt à sa chute. Ils veulent précipiter l’heure de son démantèlement s’ils parviennent à convaincre les autres forces politiques de boycotter les élections et de ne pas participer au gouvernement et au parlement. Un tel scénario serait de nature à augmenter la colère et la frustration de la rue qui se révolterait alors contre le régime. C’est ce que la Jamaâ appelle la Qawma, le soulèvement général et dont l’objectif suprême est de réunir les conditions de l’instauration du califat.</p>
<p dir="ltr">Pour réaliser cet objectif ultime, il faut installer une base idéologique, d’où le livre de Abdessalam Yassine “Al minhaj annabaoui “(“Les principes de la voie prophétique”), considéré comme la constitution de la Jamaâ.  Il y lance les fondements doctrinaires en tant que groupe porteur d’un message d’unité pour la nation musulmane, sous l’étendard du califat. Il pose aussi les jalons d’une feuille de route pour réunir cette “force humaine” capable de démanteler le régime monarchique et d’installer à sa place le califat.</p>
<h2 dir="ltr">Quels sont les moyens avec lesquels les dirigeants de la Jamaâ pensent pouvoir réunir cette “force humaine” ?</h2>
<p dir="ltr">Dans leur projet, réunir cette force passe par trois étapes :<br />
<strong>⁃</strong> L’éducation à travers la diffusion de l’idéologie de la Jamaâ  jusqu’à devenir une doctrine solide, susceptible de transformer ses membres en combattants prêt à mourir pour elle.<br />
<strong>⁃</strong> L’organisation, c’est à dire une structure numérique solide, porteuse de ce projet de califat et prête à combattre par tous les moyens pour le défendre et l’atteindre.<br />
<strong>⁃</strong> Le passage à l’acte pour prendre le pouvoir à travers un soulèvement général.</p>
<p dir="ltr">Pour mobiliser ses membres et renforcer leur détermination, Abdessalam Yassine prétendait que Dieu lui avait promis, à lui et à son groupe, la victoire. La Jamaâ ne passerait à la troisième étape que lorsqu’elle serait assurée de posséder toutes les forces humaines nécessaires pour s’emparer du pouvoir à travers les manifestations et la désobéissance civile, sur le modèle de la révolution iranienne de Khomeini. Le prédicateur a demandé à ses disciples de ne pas se précipiter pour proclamer “la révolution”, pas avant d’avoir acquis la certitude que les conditions du succès soient réunies car tout échec signifierait la fin de la Jamaâ.</p>
<h2 dir="ltr">Les orientations tracées par Abdeslam Yassine sont-elles toujours scrupuleusement suivie par la jamaâ, même après sa mort ?</h2>
<p dir="ltr">Abdessalam Yassine a proposé un scénario pour la proclamation du califat sur plusieurs étapes, la plus importante étant que dans chaque pays arabe ou musulman, un groupe s’empare du pouvoir et installe le califat dans ses frontières géographiques. Puis il s’agirait de former une fédération des pays, sous l’autorité de ces Jamaâs, avant de constituer un gouvernement central qui appliquerait la charia et choisirait un calife pour diriger le grand Etat califal. Encore une fois, parmi les conditions de l’installation du califat, la révolte contre les régimes politiques qui gouvernent les pays arabes et musulmans est un préalable. (<strong>Voir vidéo du 7 avril 2016 du SG d’Al Adl Wal Ihsane, Mohamed Abbadi</strong>).</p>
<p dir="ltr"><iframe loading="lazy" src="//www.youtube.com/embed/LXYeiJjvzkY" width="560" height="314" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p dir="ltr">L’hostilité et même la haine que nourrit la Jamaâ à l’égard du régime marocain n’est un secret pour personne de même qu’elle ne reconnaît pas le principe de l’allégeance au Roi, en sa qualité de Commandeur des croyants. La Jamaâ proclame régulièrement que son but est de changer de régime et d’instaurer le califat à sa place. Mais tant qu’elle se sait incapable de renverser le régime, elle se contente de parier sur un large soulèvement devant lequel elle pense que le régime se montrerait incapable de répondre. Dans sa conception des choses, le régime chuterait  comme cela a été le cas en Iran devant la révolution de Khomeini ou d’autres régimes arabes comme la Tunisie et l’Égypte, dans ce qu’on a baptisé les « printemps arabes » .</p>
<h2 dir="ltr">D’où son soutien puis son “alliance” avec le mouvement du “20 février” ?</h2>
<p dir="ltr">Pour Al Adl Wal Ihssane, le mouvement du « 20 février » n&rsquo;était qu’un moyen de concrétiser ses objectifs. La Jamaâ a rejoint le mouvement, tentant de l’instrumentaliser pour qu’il se transforme en soulèvement général pour arriver à la chute du régime.</p>
<p>Mais la majorité des jeunes, issue de la gauche pour beaucoup, a refusé ce mot d’ordre de la Jamaâ visant à faire chuter le régime. Ils ont contesté la présence d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane. Quand les dirigeants de la Jamaâ ont pris conscience que leur participation était exploitée par le Parti de la Justice et du Développement (PJD)  pour faire pression sur le régime en vue de lui arracher des concessions, ils se sont retirés. Mais ce retrait ne signifie nullement qu’Al Adl Wal Ihssane a cessé de coordonner ses actions avec l’extrême-gauche, incarnée, notamment, par Annahj Addimocrati. La coordination s’est poursuivie.</p>
<h2 dir="ltr">Qu’y a-t-il de commun entre deux groupes antagonistes dans leurs idéologies?</h2>
<p dir="ltr">Al Adl Wal Ihssane profite de cette sorte d&rsquo;”alliance” avec Annahj Addimocrati (La voie démocratique), comme avec des groupuscules au sein de la société civile ou encore certaines individualités, dans l’objectif de se rendre “fréquentable”, d’apparaître comme une force politique qui « croit » en la démocratie, qui n’exclut pas ses adversaires politiques et qui « respecte » la diversité d’opinions. Mais le véritable objectif est de pouvoir créer une coalition de groupes d’opposition au régime pour exercer des pressions et arracher des concessions que la Jamaâ pourra ensuite exploiter pour élargir sa base sociale.</p>
<p>Al Adl Wal Ihssane ne veut pas affronter le régime tout seul en dirigeant les protestations sociales afin de ne pas donner au régime, disent-ils, un prétexte d’emprisonner ses leaders et d’interdire totalement ses activités. C’est pour ces raisons que l’on observe sa présence dans toutes les manifestations organisées par des partis, syndicats et associations se revendiquant de l&rsquo;extrême-gauche, l’occasion pour la jamaâ d’exhiber sa force et de montrer sa puissance numéraire dans la rue.</p>
<p dir="ltr">Bien entendu, la majorité des formations politiques de gauche ne travaille pas avec Al Adl Wal Ihssane car ces partis connaissent bien leur objectif et ne le partagent pas. Par ailleurs, le destin qu’a connu le parti iranien de gauche, Toudeh, qui avait fait alliance avec Khomeini contre le régime, ne peut qu’inspirer le rejet. Après la chute du Shah d’Iran, Khomeini avait trahi Toudeh et fait exécuter la majorité de ses membres et de ses partisans.</p>
<h2 dir="ltr">L&rsquo;extrême-gauche marocaine incarnée par Annahj Addimocrati et la Jamaâ ont-ils un projet commun ?</h2>
<p dir="ltr">Annahj Addimocrati, seul parti qui coordonne avec Al Adl Wal Ihssane, travaille autour de ce slogan : “frapper ensemble mais marcher séparément”, appliquant la maxime “l’ennemi de mon ennemi est mon allié”.</p>
<p>Annahj est un tout petit parti et il ne possède aucune base populaire qui en ferait une force de pression. C’est pour cela qu’il a besoin de la Jamaâ. De son côté, Al Adl Wal Ihssane craint de devoir affronter le régime seul. Il a besoin d&rsquo;Annahj dont les militants constituent la colonne vertébrale de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH). Cette association, et ses quelques alliés au sein de la société civile au Maroc ou en France,  procure à la Jamaâ une « image » estampillée droits de l’Homme dont elle a besoin pour se rendre “acceptable” d’une part, et avoir des alliés qui la soutiennent en cas de difficulté, d’autre part. Si l’un de ses membres est arrêté ou emprisonné pour n’importe quelle raison, même une qui supposerait une violation de la loi, l’AMDH monterait au créneau pour faire le maximum de bruit. En fait, la Jamaâ exploite le parti Annahj Addimocrati tout comme celui-ci utilise la Jamaâ pour grossir les rangs lors des manifestations. Chacun y trouve un intérêt, en réalité,  mais au prix d’un danger et d’une menace extrêmement lourds à payer. La question est de savoir si le camp dit “moderniste” ou même celui qui se présente comme “laïc” sont prêts à supporter ce prix.</p>
<p><span style="font-size: 18pt;"><strong>*</strong></span><span style="font-size: 18pt; font-family: 'times new roman', times, serif;">Titres traduits de l&rsquo;arabe des ouvrages de Said ELakhal sur Al Adl Wal Ihssane</span>:</p>
<ol>
<li><strong> « Abdesslam Yassine: de la dervicherie au soulèvement », (2003)</strong></li>
<li><strong>« Dialogue avorté et déluge promis », (2013)</strong></li>
<li><strong>« Obsession du Mahdisme », (2003)</strong></li>
<li><strong>« Abdesslam Yassine: du soulèvement à l&rsquo;Etat califal », (2003)</strong></li>
</ol>
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		<title>Al Adl Wal Ihssane, une Jamaa née dans l’amertume</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Sep 2020 18:39:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
		<category><![CDATA[Abdeslam Yassine]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
		<category><![CDATA[califat]]></category>
		<category><![CDATA[Daech]]></category>
		<category><![CDATA[jamaâ]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Abbadi]]></category>
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					<description><![CDATA[« La déception ne vient jamais des autres, elle n’est que le reflet de nos erreurs de jugements », pour reprendre le propos marqué du bon sens d’un anonyme. Cumulant les déceptions au sein de la Tareqa Boutchichia dont il était disciple, Abdeslam Yassine crée sa propre Jamaa. Son organisation est politique et sa doctrine basée sur l’instauration d’une « société islamique authentique », un califat.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’idée de Abdeslam Yassine de fonder sa propre Jamaa (communauté) en 1973 est née de l’immense désillusion qui fût la sienne de ne pouvoir succéder à Cheikh Hajj El Abbas, leader spirituel de la puissante Tareqa Boutchichia. Abdeslam Yassine, lui-même alors disciple de la confrérie de Madagh (environs 70 kms au Nord de Oujda), pensait avoir atteint l’élévation spirituelle suffisante et avoir le cœur assez grand pour être capable de succéder au charismatique Hajj El Abbas. Mais avant de mourir, celui-ci lègue « le siir », le secret par lequel son successeur est jugé apte à diriger la confrérie soufie, à son propre fils Cheikh Sidi Hamza.</p>
<p>Après la période de deuil, nous raconte un disciple, témoin de ces évènements, Abdeslam Yassine demande à être reçu par le nouveau leader de la confrérie pour proposer une organisation différente de la Zaouiya, qu’il présente comme une « modernisation ». Cheikh Sidi Hamza l’écoute, mais rejette les propositions de Abdeslam Yassine, considérant que le modèle préconisé par l’ancien instituteur s’apparentait à celui d’un parti politique qui éloignerait  la confrérie de sa mission qui consiste à accompagner les croyants dans leur parcours spirituel.</p>
<h2><strong>Une organisation politique structurée pour une « société islamique authentique »</strong></h2>
<p>Le rejet de ses propositions fût la déception de trop pour Abdeslam Yassine qui préféra alors quitter la confrérie Boutchichia pour créer sa propre communauté. L’homme se sent investi d’une mission et pense être un « élu de Dieu » qui doit défendre l’instauration d’une société « islamique authentique ». Seulement, l’Islam qu’il préconise n’est pas celui de la voie soufie de Madagh.</p>
<p>Abdeslam Yassine emprunte en effet le chemin de celui qui caractérise les organisations politiques structurées qui veulent prendre le pouvoir pour mettre en place leur propre régime. Pour y parvenir, il lui faut d’abord recruter des disciples en se gardant bien, en tout cas au début, de parler ouvertement de ses ambitions politiques.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208232" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1.jpg" alt="" width="640" height="338" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1.jpg 640w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1-520x275.jpg 520w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<p>Sa méthode de recrutement est très simple, raconte un ancien adepte de la Jamaa : être visible et s’activer partout, dans le moindre quartier, dans les écoles, les mosquées évidemment, les universités et jusque dans les marchés avec un prosélytisme très offensif qui présente la particularité de n’exiger aucune condition spéciale pour assister à une séance de prédication (Jalssa) ou à une veillée religieuse. Il suffit juste d’être l’ami d’un membre pour devenir à son tour partie intégrante du mouvement et ensuite d’opérer la même démarche auprès de ses propres cercles amicaux pour y détecter des profils à enrôler.</p>
<h2><strong>« L’Islam ou le déluge », devant un Occident dont l’influence est jugée «pernicieuse »</strong></h2>
<p>C’est la lettre « l’Islam ou le déluge » adressée au Roi Hassan II en 1974 qui donnera au prédicateur une certaine notoriété. Il y critique longuement l’Occident et son « influence pernicieuse » dit-il, et contre laquelle il prône une renaissance islamique, ne se contentant pas de fustiger le Roi mais aussi les intellectuels arabes un peu trop « occidentalisés » à son goût.</p>
<p>« Balaie les partis politiques et viens qu’on s’assoie ensemble : toi, moi et l’armée », écrit-il au Roi défunt. Cette lettre lui vaudra d’être interné en asile psychiatrique pendant 42 mois et par la suite d’être assigné à résidence pendant 11 ans.</p>
<p>La Jamaa affirme alors vouloir investir la société marocaine non pas en exerçant une quelconque autorité par la contrainte mais essentiellement par « l’éducation ». Elle se dit non violente et déclare rejeter le système politique existant, du fait notamment que le Roi est chef religieux, Commandeur des croyants. Rien d’étonnant à ce que l’ancien instituteur conteste au souverain marocain son titre de guide spirituel (faisant mine d&rsquo;oublier au passage que le souverain est descendant du prophète), si l’on considère que Abdeslam Yassine se voit lui comme un « élu de Dieu », un être capable de « visions » prophétiques et qui aspire au pouvoir suprême à travers l’instauration du califat.</p>
<h2><strong>Il s’émerveille devant La république islamique d’Iran, shiite, la qualifiant d’ « épopée »</strong></h2>
<p>Dans son livre la « Sunna d’Allah », Abdeslam Yassine nous indique en page 170 les modèles qui suscitent son admiration : « l’épopée de la révolution iranienne, le jihad majestueux des Afghans, la résistance islamique au Sud du Liban et les soulèvements des mouvements islamistes sont autant d’exemples de la vraie identité musulmane recouvrée ». Le prédicateur magnifie auprès de ses disciples le modèle iranien, et dans une sorte de cohérence qui allie idéologie et action, le Hezbollah soutenu par Téhéran dans le Sud Liban, qui reflète également à ses yeux cet idéal révolutionnaire.</p>
<p>S’il était toujours de ce monde, l’aveuglement ferait sans doute oublier à Abdeslam Yassine que les Ayatollahs ont installé une dictature. Assis sur les troisièmes réserves mondiales de pétrole, le pays s’est appauvri et vit dans l&rsquo;isolement. Le bilan du premier régime islamiste de l’ère moderne n’est guère glorieux et la suprématie du théocratique sur le politique a montré toutes ses limites avec 40% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les élites cléricales se vautrent dans le luxe, gavant au passage le Hezbollah, le régime de Bachar El Assad et les milices chiites irakiennes. Le pays a tout simplement perdu 40 ans sur le plan économique et toute manifestation est réprimée dans le sang, pendant que les gardiens de la révolution veillent à une stricte soumission à la charia, que la corruption paralyse le pays et que un tiers des jeunes est sans travail. C’est la révolution du grand désenchantement… Mais c’est là une autre histoire.</p>
<h2><strong>Abdeslam Yassine fasciné par les frères musulmans d’Egypte</strong></h2>
<p>Reprenons celle de Abdeslam Yassine qui trouve également dans le modèle des Frères musulmans d’Egypte de l’inspiration. Il reprend en effet les contours de la même trajectoire que Hassan El-banna, le fondateur avec lequel il partage plusieurs points communs, en plus de celui d’avoir été instituteur comme lui. Ils ont tous deux une même fascination pour le pouvoir et partagent l’idée selon laquelle il faut gouverner par l’Islam, avec un référentiel religieux moralisateur omniprésent à partir duquel Il s’agit de mettre en place un cadre doctrinal strict pour réglementer les faits et gestes de chacun des membres de la communauté. L’islam serait donc la solution pour asseoir une autorité politique, celle du califat. C’était le but ultime que caressait également Hassan Al-Banna.</p>
<p>Pour Al Adl Wal Ihssane, reconnaître la commanderie des croyants, instance légitime et légale incarnée par le Roi, reviendrait alors à renoncer au rêve de Abdeslam Yassine de voir la choura mise en place, une sorte de conseil de théologiens qui guident l’imam suprême, en l’occurrence … lui.</p>
<p>Nous pourrions sans risque attribuer des slogans devenus célèbres du mouvement des frères musulmans à celui de l’ancien instituteur marocain : « notre constitution, c’est le Coran » ou encore « une seule loi, la charia », « la démocratie, c’est la choura ». Cette comparaison est d’autant plus aisée, que tout comme les frères musulmans d’Egypte qui ont adopté en 1928 le califat comme la forme d’organisation politique pour diriger la Oumma (communauté islamique), Al Adl Wal Ihssane se fixe le même objectif.</p>
<h2><strong>De Daech à Boko Haram en passant par Al-Qaïda, la valse sanglante des califes</strong></h2>
<p>Il ne s’agit pas là de l’histoire romancée de ce puissant Calife de Baghdad auquel Shéhérazade raconte chaque soir une histoire dont elle ne dévoile pas la fin pour tenir en haleine durant mille et une nuit le puissant calife, afin qu’il puisse l’épargner et il finira par le faire. Il ne s’agit pas non plus de certains de ces califes ottomans, dont la grandeur historique rapportée dans des récits littéraires occidentaux, ont contribué à construire des personnages de légende avant que le califat ottoman ne soit aboli en 1924 par Atatürk.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208196" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins.jpeg" alt="" width="700" height="380" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins.jpeg 700w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins-520x282.jpeg 520w" sizes="auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px" /></p>
<p>Aujourd’hui, le calife a pris le visage terrifiant de Aboubaker al Baghdadi, chef de « l’état islamique » entre 2014 et 2019. Lorsque du haut de sa chaire de la mosquée de Mossoul en juin 2014, il s’autoproclame Calife sous le nom d&rsquo;Abou Ibrahim, nous sommes loin de l’idée de rendre à l’Islam sa grandeur perdue du temps des premiers califes qui ont longtemps entretenu l’imaginaire collectif. Daech est une organisation terroriste djihadiste et son chef qui annonce l’instauration d’un califat entre l’Irak et la Syrie est un génocidaire qui a les mains souillées du sang de milliers d’innocents.</p>
<p>Deux mois après Aboubaker Al Baghdadi, c’est au tour du sanguinaire Abubakar Shekhau, leader de Boko Haram, de proclamer l’instauration d’un « califat islamique » dans la partie nord-est du Nigeria.</p>
<p>Et comme pour ne pas démentir le dicton « jamais deux sans trois », l’idéologue d’Al-Qaïda, l’égyptien Ayman Al Zawahiri prend le relais pour annoncer, 10 jours après Shekhau, la mise en place d’une nouvelle branche de l’organisation terroriste dans le sous-continent indien. Il n’avait alors échappé à personne que chacune de ces auto-proclamations a fait l’objet d’un rappel du «passé glorieux » du califat, l’un renvoyant à celui de Sokoto, l’autre au califat des abbassides et le troisième à celui de l’empire ottoman. Voilà trois chefs de mouvements terroristes instrumentalisant la religion à des fins politiques, affublés du titre de chef suprême des musulmans sur des territoires qu’ils ont délimités et prêts aux pires massacres des « impies et des mécréants ».</p>
<h2><strong>Un « jihad » pour instaurer le califat et conquérir le monde par son islamisation</strong></h2>
<p>Nous ne savons pas lequel de ces trois modèles de « conquête » aurait eu la faveur de Abdeslam Yassine mais le fait est qu’il avait pour rêve le califat et objectif ultime sa restauration . Dans son livre « Préambules pour l’avenir de l’Islam », le fondateur de la Jamaa écrit page 44 : « notre jihad s’inscrit dans une approche globale qui ne peut aboutir qu’à travers une éducation multidimensionnelle et une foi indéfectible en la gloire de Dieu et l’instauration de la khilafa (le califat) » .</p>
<figure id="attachment_208199" aria-describedby="caption-attachment-208199" style="width: 331px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-208199" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/abbadi2.jpg" alt="" width="331" height="189" /><figcaption id="caption-attachment-208199" class="wp-caption-text">Mohamed Abbadi</figcaption></figure>
<p>Mohamed Abbadi, le successeur de Abdeslam Yassine, ne saurait contredire la volonté du fondateur de Al Adl Wal Ihssane, bien au contraire. Lui qui a du mal à se départir de l’ombre encombrante du fondateur, décédé en 2012, est monté d’un cran dans la description du modèle califal auquel aspire le mouvement radical.</p>
<h2><strong>La décapitation pour tout opposant à la restauration du califat ?</strong></h2>
<p>Alors que le monde assiste, effaré, aux massacres et aux exactions perpétrées par les califes auto-proclamés de Boko Haram, Daech et Al Qaïda, Mohamed Abbadi entretient une position qui ne souffre aucune ambiguïté sur la manière dont il faut s’y prendre pour instaurer un califat. Dans plusieurs vidéos à partir d’octobre 2015, Il fait siens les vœux du fondateur pour sa restauration. Pour lui, elle seule est à même d’unir les musulmans et de s’affranchir de la domination occidentale, l’objectif ultime étant la conquête du monde et son islamisation.</p>
<p><iframe loading="lazy" src="//www.youtube.com/embed/LXYeiJjvzkY" width="560" height="314" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p>Le 7 avril 2016 dans une vidéo tournée dans le cadre d’une réunion interne du « Majliss Al Hadith », diffusée par la WebTV du mouvement Al Adl Wal Ihsane, il s’était longuement attardé sur la question en franchissant un nouveau palier dans la description du « rêve de la Jamaa d’instaurer le régime du califat », avec une démarche présentée comme une obligation religieuse (wajib charîi). Le prédicateur illustre son propos d’une citation d&rsquo; Omar ibn al-Khattab qui avait donné trois jours à ses compagnons pour nommer un nouveau calife. Tout opposant à la restauration du califat devait être « décapité ».</p>
<p>Compte tenu du contexte, les propos de Mohamed Abaddi ont provoqué un tollé et plongé la Jamaa dans la tourmente au point qu&rsquo;il a essayé de les rectifier dans une nouvelle vidéo diffusée le 13 avril, expliquant que ses propos avaient été « sortis de leur contexte » et qu’il s’était contenté de rappeler des faits historiques. Il ajoute : « quand on parle du califat, on ne parle pas uniquement du Maroc, mais de toute la terre d’islam ». Abbadi ne renie en rien ses déclarations mais tente de les atténuer : « C’est un projet de longue haleine sur lequel doivent travailler les musulmans d’Orient et du Maghreb. Entre nous et le califat que nous espérons, il y a un long chemin », explique-t-il.</p>
<p>Hassan Bennajeh, porte-parole du cercle politique, tentera d’éteindre le feu ainsi allumé par le prédicateur Abbadi en soutenant que les propos avaient été mal interprétés et précisant que le modèle califal préconisé par Al Adl Wal Ihssane n’a rien à voir avec celui de Daech.</p>
<p>Toutes ces tentatives de rectifier le tir n’étaient pas, en réalité, uniquement destinées à tranquilliser l’opinion publique marocaine. Elles servaient aussi à rassurer les chancelleries occidentales et surtout à calmer la colère des figures de l’extrême gauche, qui avaient entamé avec la Jamaa un rapprochement depuis 10 ans. Une « alliance » pour la mise en place d&rsquo;un « front commun contre le despotisme ».</p>
<p><strong>A suivre….</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Maroc/Enquête: Radicaux de gauche et islamistes radicaux, les liaisons dangereuses de deux extrêmes</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Sep 2020 18:01:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
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					<description><![CDATA[L'objectif ultime du mouvement Al Adl Wal Ihssane* est l'instauration d'une "république islamique authentique" sur un modèle califal. Pour cela, il lui faut d'abord atteindre son but premier : renverser la monarchie. Les jeux de séduction depuis 10 ans entre ce mouvement islamiste radical et les milieux d'extrême gauche notamment, interpellent sur ce à  quoi ils sont prêts à renoncer pour alimenter leur guérilla contre la monarchie.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="adn ads" data-message-id="#msg-f:1677455172970628967" data-legacy-message-id="174784979f8e4767">
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<p>Entre récits médiatiques et réalités, quel est le poids effectif de la Jamaâ créée par Abdelsam Yassine en 1973 ? Sa trajectoire idéologique ? Ses objectifs véritables, le modèle de société sur lequel œuvrent ses adeptes ? Le nombre de ses partisans ?</p>
<div dir="ltr">Il y a « la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits », ce qu’on appelle le storytelling*, mis en place par la Jamaâ pour entretenir des mythes pendant des décennies autour d’un leader, Abdeslam Yassine, celui-là même qui avait « osé » défier Hassan II. Ce storytelling voudrait que sa démarche soit pacifiste avec une force mobilisatrice présentée comme la plus importante du pays, revendiquant 200 000 adeptes et des milliers de sympathisants. S’appuyant sur ce « hold up » de la réalité, la gauche radicale marocaine, des groupuscules au sein de la société civile dont l’historien Maati Monjib semble avoir pris le leadership et des individualités comme Hicham Alaoui*, œuvrent depuis plus de 10 ans à rendre « fréquentable » le mouvement islamiste radical et à un rapprochement avec Al Adl Wal Ihssane.</div>
<div dir="ltr"></div>
<div dir="ltr">Ce qu’ils espèrent avec cette alliance, c’est acquérir le poids politique nécessaire à la mise en œuvre d’un projet politique. Se considérant comme le « contre-pouvoir » mais dans un périmètre idéologique étroit, ils se savent peu mobilisateurs et déconnectés des réalités de la société marocaine.</div>
<h2 dir="ltr"><b>Quand « L’ennemi de mon ennemi devient mon ami »</b></h2>
<p dir="ltr">En faisant alliance avec la Jamaâ, ils souhaitent, pour certains, affaiblir suffisamment la monarchie marocaine pour lui imposer un modèle politique, quand d’autres veulent la renverser car se considérant aptes à prendre la relève, même dans l’illégitimité. Quelles que soient les oppositions idéologiques, le plus souvent diamétralement opposées, « l’ennemi de mon ennemi devient mon ami »* pour atteindre un but commun, même si le prix à payer est celui de voir s’instaurer la république islamique que la Jamaâ appelle de tous ses vœux.</p>
<p dir="ltr">Il y a les mythes entretenus par les spin doctors de la Jamaâ, suppléés par ces « alliés » de circonstances pour dédiaboliser Al Adl Wal Ihssane. Ils tentent de construire un récit dont l’efficacité trouve toutes ses limites devant sa non-conformité à la réalité, bien moins enchanteresse et sincère. Il ne faut pas creuser beaucoup ni longtemps pour appréhender la vérité, ni même utiliser des méthodes de recherche ou d’analyse sophistiquées : il suffit juste de lire.</p>
<h2 dir="ltr"><b>Discours guerrier, antisémitisme et Instauration du califat</b></h2>
<p dir="ltr">La vérité sur la doctrine et les objectifs de Al Adl Wal Ihssane se trouve tout simplement, et ce en grande partie, dans les écrits de son fondateur, Abdeslam Yassine. Celui qui était tombé en admiration devant le meneur de la révolution iranienne, l’Ayatollah Khomeiny et voulait la restauration du califat, tenait un discours guerrier fait de « jihad » et de « moudjahidines » et nourrissait un antisémitisme particulièrement violent. C’est cette même idéologie et ces mêmes objectifs dont sont porteurs le successeur de Abdeslam Yassine et les cadres dirigeants de la Jamaâ qui vouent un culte de la personnalité tel au leader disparu du mouvement qu’ils ne renieront jamais les orientations idéologiques qu’il a tracées.</p>
<p dir="ltr">La question qui est posée est celle de savoir jusqu’où la gauche radicale qui se dit « laïque», les factions de la société civile et Hicham Alaoui qui écrit qu’il pourrait « très bien vivre dans une république marocaine si ce régime (lui) paraissait la meilleure option pour( s)on pays »*, sont prêts à poursuivre leur « monarchie bashing » pour favoriser la Qawma, le soulèvement général dont rêve leur allié islamiste, toléré mais non reconnu par les autorités.</p>
<h2 dir="ltr"><b>Un projet insurrectionnel visant le renversement de la monarchie  </b></h2>
<p dir="ltr"><em><span style="color: #000000;">Dans cette enquête qui a mobilisé la rédaction de Atlasinfo.fr pendant plusieurs semaines et qui sera déclinée sur différents chapitres</span>,</em> il ressort qu’un projet insurrectionnel visant le renversement de la monarchie occupe Al Adl Wal Ihssane et ses « associés ». Le système d’alliances médiatico-politiques qui le porte, basé sur des réseaux coalisés et un journalisme de connivence travaille à temps plein, accélérant la cadence ces dernières semaines pour brosser le portrait d’un Maroc au bord de la crise cardiaque.</p>
<p dir="ltr">Leur  « guide-à- penser » tourne en boucle, ressassant les mêmes litanies sur la « corruption du Makhzen », les « barbouzeries » d’un « régime totalitaire » et sa « police politique » ou encore le mythe du « Roi des pauvres » qui toucherait à sa fin, allant jusqu’à exhumer le livre « Notre ami le Roi » de Gilles Perrault pour en raconter « la folle aventure ». Mêmes les rumeurs les plus folles sur sa santé ne sont pas épargnées au Roi Mohammed VI. Laborieuse, cette guérilla menée par les mêmes intervenants permanents, à la popularité abusive, n’en est pas moins dangereuse de par l’objectif dont elle se nourrit.</p>
<h2 dir="ltr"><b>Le silence fracassant du gouvernement</b></h2>
<p dir="ltr">Le gouvernement marocain ne peut l’ignorer davantage tout comme il ne peut se soustraire à ses responsabilités plus longtemps et laisser l’opinion publique marocaine dans l’ignorance. Nous avons tenté d’obtenir une interview du chef de gouvernement, Saad dine El Otmani. Elle nous paraissait d’autant plus essentielle qu’il avait lui-même, avant sa prise de fonction, pris part à une série de rencontres initiée par la Fondation Cordoue entre 2016 et 2017 entre « laïcs » et islamistes dont ceux de Al Adl Wal Ihssane.</p>
<p dir="ltr">Saad Dine El Otmani est également le Secrétaire Général du Parti de la Justice et du Développement (PJD), qualifié par les observateurs de « frère ennemi » du mouvement islamiste radical. L’une des questions que la rédaction de Atlasinfo.fr souhaitait lui poser est : « jusqu’à quel point êtes-vous frères et dans quelle mesure êtes-vous ennemis ? ». Nous n’avons, à ce jour, obtenu aucune réponse à notre demande d’interview.</p>
<div><b>1 Traduit par « Justice et Bienfaisance »<br />
2 Christian Salmon, « Storytelling ».Editions La Découverte.<br />
3 Fils de feu le Prince Moulay Abdellah, frère cadet de feu le Roi Hassan II.<br />
4 Extrait d’une interview de Said Lakhel, politologue, spécialiste des mouvements islamistes.<br />
5 Moulay Hicham El Alaoui, « Journal d’un prince banni ».Editions Grasset.<br />
</b></p>
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