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		<title>France: des travailleuses agricoles marocaines détachées demandent justice contre des abus</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Jun 2020 17:24:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[« Peut-être qu&#8217;un animal était traité mieux que nous »: Marocaine employée par une société d&#8217;intérim espagnole dans des exploitations agricoles en France, Karima, comme quatre autres ex-salariés étrangers, a dénoncé mardi aux prud&#8217;hommes d&#8217;Arles les abus subis lors de ces « détachements ». Des journées de travail de neuf heures « sans pause, où on mange en cachette », des &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« Peut-être qu&rsquo;un animal était traité mieux que nous »: Marocaine employée par une société d&rsquo;intérim espagnole dans des exploitations agricoles en France, Karima, comme quatre autres ex-salariés étrangers, a dénoncé mardi aux prud&rsquo;hommes d&rsquo;Arles les abus subis lors de ces « détachements ».</p>
<p>Des journées de travail de neuf heures « sans pause, où on mange en cachette », des salades « qu&rsquo;on coupe sans gants de protection », des semaines avec « sept jours de travail », du harcèlement, un contrat rompu à cause d&rsquo;une grossesse: les plaignants et leurs avocats ont décrit un quotidien rythmé par un enchaînement « d&rsquo;atteintes aux droits ».</p>
<p>Les juges des prud&rsquo;hommes ayant échoué à trancher dans ce dossier ouvert il y a trois ans, une nouvelle audience était organisée mardi. Elle a pris un relief particulier au moment où la crise sanitaire a mis en lumière la dépendance de larges pans de l&rsquo;agriculture française à la main d&rsquo;oeuvre étrangère et les conditions parfois sommaires dans lesquelles vivent ces saisonniers.</p>
<p>Ces dernières semaines, les autorités ont dû rappeler les employeurs à leurs obligations après la découverte de dizaines de malades atteints de Covid-19 parmi des travailleurs agricoles en Provence.</p>
<p>Des dizaines de milliers de travailleurs détachés venus d&rsquo;Amérique du Sud, d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est ou d&rsquo;Afrique viennent chaque année pour tailler les vignes, cueillir et emballer fruits et légumes.</p>
<p>Depuis les années 1990, s&rsquo;est développé un système dit de détachement, « une relation triangulaire entre un salarié, une société d&rsquo;intérim et une société utilisatrice (les exploitations) », a rappelé le juge départiteur Philippe Bruey.</p>
<p>Les sociétés d&rsquo;intérim sont généralement basées à l&rsquo;étranger, notamment en Espagne, où le coût d&rsquo;un salarié payé au smic en incluant les cotisations sociales est de 40% inférieur à la France, a rappelé le juge.</p>
<p>Et c&rsquo;est autour de ce système, autorisé par l&rsquo;Union européenne (UE), que se concentre l&rsquo;affaire portée par cinq salariés, employés par une société d&rsquo;intérim espagnole, Laboral Terra &#8211;aujourd&rsquo;hui en liquidation judiciaire&#8211;, pour travailler sur des exploitations agricoles et sociétés d&#8217;emballages du Sud-Est de la France.</p>
<p><strong>« On était maltraitées en France »</strong></p>
<p>Pour Yann Prevost, l&rsquo;avocat de deux des ex-salariées, Yasmina Tellal et Karima, qui préfère taire son nom de famille par peur de pressions, « ce système est un nid de manquements à la dignité des travailleurs quand il n&rsquo;est pas contrôlé ».</p>
<p>Soumises au droit espagnol, les sociétés d&rsquo;intérim comme Laboral Terra sont accusées par l&rsquo;avocat d&rsquo;avoir violé les règles de l&rsquo;UE sur le détachement.</p>
<p>« Il n&rsquo;y a pas de détachement. Les contrats ont été signés en France, avec des salariés qui étaient en France », pour des missions à répétition, sans rentrer en Espagne et les salariés auraient dû bénéficier de CDI de droit français.</p>
<p>Les ex-salariés marocains de Laboral Terra demandent donc à la société des dizaines de milliers d&rsquo;euros de rappels sur salaires, d&rsquo;indemnités et de dommage et intérêt notamment pour « prêt illicite de main d&rsquo;oeuvre ».</p>
<p>L&rsquo;administratrice judiciaire de Laboral Terra était absente. « Je n&rsquo;ai pas vu de volonté farouche de nous rejoindre », remarque le juge.</p>
<p>Les plaignants demandent aussi qu&rsquo;une dizaine de sociétés agricoles françaises soient aussi condamnées en solidarité.</p>
<p>Mais leurs avocats ont rejeté vigoureusement cette demande. « Ce contrat, il favorise le dumping social mais il est légal », a déclaré Me Jean-Pierre Tertian, avocat d&rsquo;une entreprise d&#8217;emballage agricole en soulignant que pour ces travaux, le monde agricole ne trouvait pas suffisamment de main d&rsquo;oeuvre en France.</p>
<p>« Ce qui se passe entre Laboral Terra et les salariés, ce n&rsquo;est pas le problème des sociétés utilisatrices », ajoute Me Tertian. Ces dernières affirment soit que les abus allégués ne sont pas étayés dans le dossier, soit qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais eu moyen de savoir ce qu&rsquo;il se passait.</p>
<p>« Les sociétés françaises ont besoin de main d&rsquo;oeuvre étrangère, c&rsquo;est vrai. Mais dans quelles conditions on doit travailler? On était maltraitées en France », lâche Karima à la fin de l&rsquo;audience.</p>
<p>Le jugement sera rendu le 22 septembre.</p>
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