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	<title>Adl Wal Ihssane &#8211; Atlasinfo</title>
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	<title>Adl Wal Ihssane &#8211; Atlasinfo</title>
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		<title>Errements et imposture des islamistes marocains</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Dec 2020 14:11:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[La décision américaine de reconnaître la marocanité du Sahara ne participe pas uniquement à clore les négociations diplomatiques autour de ce dossier en faisant de l’option de l’autonomie proposée par le Maroc l’unique sortie de crise, elle a par ricochet dévoilé les vraies intentions et les réels agendas de certains courants politiques, notamment ceux des &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La décision américaine de reconnaître la marocanité du Sahara ne participe pas uniquement à clore les négociations diplomatiques autour de ce dossier en faisant de l’option de l’autonomie proposée par le Maroc l’unique sortie de crise, elle a par ricochet dévoilé les vraies intentions et les réels agendas de certains courants politiques, notamment ceux des islamistes marocains.</p>
<p>Au lieu de rejoindre la grande satisfaction marocaine d’avoir remporté une bataille diplomatique de plus de trente années d’efforts et d’investissements, certaines forces islamistes, dont le Mouvement Réforme et Unicité (MUR), le bras idéologique du PJD, et Al Adl Wal Ihssane de feu Abdessalam Yassine, se sont plongées dans des contorsions politiques pour en amoindrir la portée et en affaiblir l’ampleur.</p>
<p>En refusant d’accepter cette victoire politique et en la polluant d’une logorrhée verbale et politicienne, ces courants islamistes font clairement le jeu des adversaires du Maroc ou ce qui en reste. Et cet état de fait interroge de manière limpide le positionnement politique de ces courants islamistes.</p>
<p>Pour continuer à nourrir des chimères, ces groupuscules sont prêts à sacrifier l’unité territoriale du Royaume et à participer sur le plan médiatique et politique à saborder le succès et en saboter le crédit .</p>
<p>Le discours et le positionnement de ces forces obscurantistes est d’autant plus contradictoire que certains d’entre eux participent au pouvoir et à la gestion de la chose publique au Maroc.</p>
<p>La sortie sur la chaîne Al Mayadeen, proche du Hezbollah et de l’Iran, du ministre de l’Emploi, Mohamed Amakraz (PJD), connu pour ne pas payer les cotisations sociales des employés de son cabinet d’avocats toujours en activité, est non seulement une grave faute politique mais une posture déplorable qui a scandalisé l’ensemble des Marocains.</p>
<p>Sous sa casquette de secrétaire général de la jeunesse du PJD, il usurpe le droit de parler au nom de « tous les Marocains » qui « rejettent la normalisation avec Israël ». Ce qui s’apparente à une imposture politique caractérisée.</p>
<p>Il aurait été plus logique et plus sain pour M. Amakraz de se démettre de ses fonctions pour être en cohérence avec ses prises de position bien calculées plutôt que de rester profiter des privilèges sonnants et trébuchants de sa fonction au sein du gouvernement. Cette approche politicienne vise ouvertement à diffuser un discours démagogique et populiste destiné à leurrer les masses.</p>
<p>Le discours islamiste sur le Sahara marocain , porté par certains groupes ou des personnalités qui leur sont affidées, tend à faire croire que le Maroc a « scarifié la Palestine en échange du Sahara ». Cette analyse est non seulement erronée mais participe principalement à donner des gages de fidélité à la grande direction de la confrérie des frères musulmans qui décide pour les islamistes marocains ce qu’il faut penser et de l’endroit où il faut placer le curseur politique de leurs ambitions.</p>
<p>La diplomatie marocaine a nettement fait savoir que sa politique sera centrée plus que jamais sur la défense des intérêts du peuple palestinien comme le montre son attachement viscéral à la solution des deux Etats.</p>
<p>Ces mouvements islamistes préfèrent volontairement ignorer ces réalités. Ils donnent cette regrettable impression qu’ils font passer les intérêts de la confrérie des frères musulmans et ses agendas politiques sur l’intérêt national dont le pays vient de réaliser un exploit d’une inestimable valeur politique.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Entre modèle iranien, manœuvres florentines et compromissions, l&#8217;alliance entre les « laïcs » et les islamistes d’Al Adl Wal Ihssane cultive l’hypocrisie politique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Oct 2020 18:57:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
		<category><![CDATA[Abdessalam Yassine]]></category>
		<category><![CDATA[Adl Wal Ihssane]]></category>
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					<description><![CDATA[C’est le modèle iranien de république islamiste qui a inspiré le concept de Qawma* à Abdessalam Yassine. Le fondateur du mouvement intégriste Al Adl Wal Ihssane* voyait dans cet Iran des ayatollahs un modèle de réforme pour le monde arabo-musulman. Rouhollah Khomeiny n’a pu arriver au pouvoir qu’en promettant liberté et démocratie aux courants notamment d’extrême-gauche qui avaient fait alliance avec lui contre le Shah. Il n’a pu s’y maintenir qu’en les liquidant les uns après les autres pour instaurer une dictature, celle des mollahs. Le rapprochement entre la Jamaâ* de Abdessalam Yassine et la gauche radicale marocaine n’est pas sans rappeler le modèle iranien. Il interroge sur la répartition des rôles et les engagements contractés par les différents acteurs de cette alliance qui  interpelle surtout sur le prix que le camp des « laïcs » est disposé à payer dans sa course folle pour le pouvoir. Une analyse détaillée du rôle joué par l’historien Maati Monjib dans la mise en place de ce « front commun », permet de cerner la stratégie développée ces 10 dernières années. Elle a pour piliers d’œuvrer à l’« acceptabilité » d’Al Adl Wal Ihssane d’une part, et travailler au discrédit de la monarchie, d’autre part. Enquête.        
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Seuls ses proches se souviennent encore de Noureddin Kianouri, dirigeant du parti communiste iranien Tudeh. Emprisonné en juin 1983 sous l’accusation de trahison et d’espionnage au profit de l’ex URSS, lui et 5 autres dirigeants du comité central du parti avaient été acculés à des « aveux » diffusés à la télévision. Pourtant Noureddine Kianouri était si proche de la hiérarchie religieuse mise en place par Rouhollah Khomeiny, qu’il avait été surnommé « Ayatollah Kianouri » par ses opposants.</p>
<h2>Soumission inconditionnelle de l’extrême gauche à Khomeiny</h2>
<figure id="attachment_209469" aria-describedby="caption-attachment-209469" style="width: 349px" class="wp-caption alignright"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-209469 " src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/NOUREDDIN1.jpg" alt="" width="349" height="429" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/NOUREDDIN1.jpg 333w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/NOUREDDIN1-244x300.jpg 244w" sizes="(max-width: 349px) 100vw, 349px" /><figcaption id="caption-attachment-209469" class="wp-caption-text">Noureddin Kianouri</figcaption></figure>
<p>Le « guide suprême de la révolution » a attendu 4 ans avant de liquider Tudeh, sans doute parce que de toutes les forces qui s’étaient jointes au mouvement révolutionnaire, le parti communiste était le plus inféodé aux islamistes, Kianouri allant même jusqu’à approuver la répression contre l’organisation des Moujahiddines du peuple dont l’éviction sanglante a fait des milliers de victimes. C’est cette soumission inconditionnelle qui vaudra à Noureddin Kianouri d’avoir la vie sauve et d’être assigné à résidence jusqu’à la fin de sa vie en novembre 1999, après avoir passé 6 ans en prison. Entre temps, il avait publié une lettre ouverte détaillant les tortures dont lui et sa femme ont été victimes.</p>
<h2><strong>Khomeiny extermine ses alliés de la gauche radicale </strong></h2>
<p>La terrible et massive répression qui s’est abattue sur le parti Tudeh a touché plus de 1. 500 cadres et militants du parti. C’est une véritable purge qui a été entreprise, menant des milliers de personnes au peloton d’exécution ou sur le chemin de l’exil, surtout après que Tudeh ne soit interdit en 1983.</p>
<figure id="attachment_209451" aria-describedby="caption-attachment-209451" style="width: 326px" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" class="wp-image-209451 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/KAMINY1.jpg" alt="" width="326" height="360" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/KAMINY1.jpg 326w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/KAMINY1-272x300.jpg 272w" sizes="(max-width: 326px) 100vw, 326px" /><figcaption id="caption-attachment-209451" class="wp-caption-text">Ayatollah Khomeiny</figcaption></figure>
<p>Le parti communiste iranien n’est qu’une des organisations qui avaient favorisé l’arrivée des mollahs au pouvoir. Plusieurs courants se réclamant de la gauche radicale avaient en effet fait alliance avec des organisations prônant un « islam révolutionnaire » aux couleurs marxistes, pour marcher, main dans la main, avec l’Ayatollah Khomeiny, lui faisant allégeance et lui octroyant le titre de guide de la révolution.</p>
<p>Pourtant plusieurs signaux auraient dû alerter les dirigeants de Tudeh sur l’évolution (prévisible) de cette alliance dès l’automne 78 lorsque les slogans comme « un seul parti, celui d’Allah » ont commencé à résonner dans les rues de Téhéran. Dès le lendemain de l’arrivée au pouvoir des « religieux », chacune des aspirations démocratiques qui s’exprimait s’éteignait aussitôt, réduite au silence.</p>
<h2><strong>Une fois au pouvoir Khomeiny montre son véritable visage</strong></h2>
<p>Répondant aux questions de journalistes allemands en 1978, l’Ayatollah Khomeiny déclarait pourtant, s’agissant de la place de la femme, par exemple : « tout ce que vous avez entendu concernant la condition féminine dans la république islamique n’est qu’une propagande hostile. Les femmes seront complètement libres, dans leur éducation et dans tout ce qu’elles feront comme les hommes. » Bien plus qu’un discours modéré, c’est un discours moderniste que tient alors le futur « guide suprême de la révolution ».<br />
Pour fédérer les libéraux et les organisations et partis de gauche, il composera et fera siennes les notions de respect des droits de l’Homme, de démocratie et de liberté de parole. Il cultivera savamment pendant des mois un discours d’ouverture et de progrès, avant qu’il ne prenne le pouvoir. Donnant à voir son véritable visage, il accélère l’islamisation de la société avec pour premières cibles les femmes.</p>
<h2><strong>L&rsquo;âge du mariage des femmes fixé à…9 ans </strong></h2>
<p>Elles qui avaient joué un rôle prépondérant dans les grèves et les manifestations, ont payé le prix fort en devenant le premier axe de la répression de Khomeiny. Moins d’un mois après son arrivée au pouvoir, des mesures drastiques visant à les écarter de tous les domaines de décisions sont prises : ségrégation dans les transports, interdiction de la mixité scolaire et obligation du port du tchador.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-209455" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/chadors.jpg" alt="" width="652" height="284" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/chadors.jpg 652w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/chadors-520x227.jpg 520w" sizes="(max-width: 652px) 100vw, 652px" /></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209458 alignright" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/doktrine2.jpg" alt="" width="302" height="286" /></p>
<p>Plus terrible encore, l’âge légal du mariage passe de 18 à ….9 ans. Cet âge ainsi fixé n’est pas sans rappeler les écrits de Rouhollah Khomeiny pour lequel « si un homme qui a épousé une fille impubère la « possède » avant ses 9 ans révolus et provoque chez elle des traumatismes, il n’a pas le droit de répéter l’acte avec celle-ci* ».</p>
<h2><strong>Une république islamique dont la survie dépend du contrôle des mœurs</strong></h2>
<p>Bien plus qu’une purge, c’est à une véritable extermination à laquelle ont assisté les iraniens, au fur et à mesure que leurs libertés étaient restreintes et dument contrôlées par la police religieuse chargée de la stricte application de la Charia. Comment avoir pu croire, s’étonnent encore les rescapés de cette répression refugiés à l’étranger, que la nature du régime islamiste mis en place par Khomeiny pouvait souffrir la moindre rivalité politique, tolérer l’existence d’un parti politique distinct de l’appareil du pouvoir ? La survie même de cette dictature dépend du contrôle de la vie politique et de la vie sociale dans le plus petit de ses détails, fût-ce-t-il dans le vagin d’une enfant de 9 ans.</p>
<p>D’ailleurs, et ce assez rapidement, la scène politique iranienne s’est résumée au Parti de la Révolution Islamique, « les Hezbollahi » *, le réseau des mosquées, les comités islamiques, les conseils islamiques sur les lieux de travail, l’ « office du péché » pour le contrôle des mœurs, le « ministère du contrôle du comportement conforme aux préceptes », l’armée des gardiens de la révolution, et la SAVAMA*, la police politique islamique mise en place par Khomeiny.</p>
<p>Pour lui, « la foi et la justice islamique exigent de ne pas laisser survivre dans le monde musulman les gouvernements anti islamiques ou ceux qui ne se conforment pas entièrement aux lois islamiques. L’instauration d’un ordre politique laïc revient à entraver la progression de l’ordre islamique* ».</p>
<h2><strong>Al Adl Wal Ihssane trouve de la bravoure dans les troupes de la révolution iranienne</strong></h2>
<p>Pour un mouvement marocain comme la Jamaâ d’Al Adl Wal Ihssane fondée par Abdessalam Yassine en 1973, la révolution iranienne arrive comme une prophétie que le fondateur du mouvement obscurantiste marocain magnifie aux yeux de ses adeptes. Lui qui a des « visions », et a pour ambition l’instauration d’une société islamique authentique, trouve du mérite dans le modèle  « d’éducation » de la population mis en place par l’Ayatollah Khomeiny. Il admire la bravoure des troupes de la révolution, voyant dans cette Iran des Ayatollahs et de leurs conseils islamiques, un modèle de réforme pour le monde arabo-musulman.</p>
<figure id="attachment_209459" aria-describedby="caption-attachment-209459" style="width: 317px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209459 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/yyassine.jpg" alt="" width="317" height="473" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/yyassine.jpg 317w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/yyassine-201x300.jpg 201w" sizes="auto, (max-width: 317px) 100vw, 317px" /><figcaption id="caption-attachment-209459" class="wp-caption-text">Abdessalam Yassine</figcaption></figure>
<p>C’est l’Iran de Khomeiny qui lui a inspiré le concept de la Qawma, soulèvement général par lequel serait régénéré le califat, le modèle politique qui lui ferait endosser le rôle de guide suprême, lui qui se considère comme un « élu » de Dieu. Lorsqu’en page 170 de son livre « la Sunnah d’Allah » Abdessalam Yassine nous indique les modèles qui suscitent son admiration, il parle de « l’épopée de la révolution iranienne, le jihad majestueux des afghans, la résistance islamique du Sud Liban (celle du Hezbollah soutenu par Téhéran), et les soulèvements des mouvements islamistes, sont autant d’exemples de la vraie identité musulmane recouvrée », écrit le prédicateur. C’est là l’idéal révolutionnaire que l’ancien instituteur a laissé en héritage à son successeur Mohamed Abbadi et aux cadres de la Jamaâ.</p>
<h2><strong>La Jamaâ compose mais ne reniera jamais l’héritage de son fondateur</strong></h2>
<p>Quels que soient les changements qui acculent la Jamaâ à se réinventer pour survivre au décès du prédicateur disparu en 2012, le fait est qu’aucun membre n’osera jamais remettre en question la doctrine du fondateur et les orientations qu’il a fixées et il semblerait même que ce soit le contraire.</p>
<figure id="attachment_209460" aria-describedby="caption-attachment-209460" style="width: 340px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209460" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/ababiii.jpg" alt="" width="340" height="264" /><figcaption id="caption-attachment-209460" class="wp-caption-text">Mohamed Abbadi</figcaption></figure>
<p>En successeur zélé, Mohamed Abbadi est allé jusqu’à surenchérir sur le lègue « prophétique » d&rsquo;Abdessalam Yassine quant à la restauration du califat qu’il aborde régulièrement dans ses prises de parole depuis octobre 2015.Citant en avril 2016 Bnou Lkhattab qui avait donné 3 jours à ses compagnons pour nommer un nouveau calife, il parle de « décapiter » tout opposant à la restauration du califat. Les propos du prédicateur ont provoqué un tollé d’indignations plongeant la Jamaâ dans une zone de turbulences déstabilisatrice, l’obligeant à clarifier ses positions mais sans jamais renier le fond.</p>
<p>Une secousse d’autant plus grande que le marketing de la Jamaâ depuis sa création avait pour axe principal la non-violence et le rejet du terrorisme.</p>
<h2><strong>L</strong><strong>’instauration du califat, quitte à couper des têtes</strong></h2>
<p>Hassan Bennajeh, porte-parole du cercle politique est alors en première ligne pour éteindre le feu allumé par Abaddi. Il multiplie les déclarations pour limiter les dégâts et tenter de préserver l’image d’un mouvement pacifiste : « le califat que défend Al Adl Wal Ihssane est une sorte de fédération et une union qui rassemble tous les pays musulmans », explique le porte-parole du cercle politique qui semble s’étonner «de la compréhension simpliste et erronée selon laquelle Abbadi voudrait “couper des têtes” […] si cela était vrai, on serait en train de couper des têtes depuis 40 ans*».</p>
<figure id="attachment_209461" aria-describedby="caption-attachment-209461" style="width: 327px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209461 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/hassan-1.jpg" alt="" width="327" height="250" /><figcaption id="caption-attachment-209461" class="wp-caption-text">Hassan Bennajeh</figcaption></figure>
<p>L’exercice est périlleux pour Hassan Bennajeh car Abbadi a fait la promotion d’un modèle de prise de pouvoir basé sur la contrainte, la force et les armes.</p>
<p>Du côté d’Al Adl Wal Ihssane, Hassan Bennajeh porte une grande partie de la responsabilité du rapprochement avec l’extrême gauche. Il a pour principal interlocuteur, dans le camp des « laïcs » l’universitaire Maati Monjib, pivot central, avec Fouad Abdelmoumni, de l’exécution des différentes dispositions de cette alliance. Les deux hommes cultivent une grande proximité et l’historien qui est interpelé par plusieurs figures de l’extrême gauche sur la sortie malencontreuse de Abbadi, se voit demander des comptes sur le Califat et les têtes qu’il faudrait « décapiter ».</p>
<h2><strong>Voler au secours d&rsquo;Al Adl Adl Wal Ihssane</strong></h2>
<p>L’historien tente de désamorcer en disant qu’une telle déclaration est « ordinaire de la bouche d’un Adliste (…) Maintenant ils disent que le califat n’est religieusement nécessaire que sur le plan panislamique, et quand tous les peuples musulmans seront unis ».</p>
<figure id="attachment_209462" aria-describedby="caption-attachment-209462" style="width: 337px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209462 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/mayti.jpg" alt="" width="337" height="215" /><figcaption id="caption-attachment-209462" class="wp-caption-text">Maati Monjib</figcaption></figure>
<p>Et de poursuivre: « Autrement dit, le califat n’est pas politiquement souhaitable sur un niveau strictement national. Les Adlistes sont nationalement pour un régime choisi par le peuple* » , affirme Maati Monjib, pensant dédramatiser les propos du Secrétaire General de la Jamaâ.</p>
<h2><strong>Quand l’instauration d’un califat dans le monde musulman est cautionnée par Maati Monjib</strong></h2>
<p>Mais cette sortie de l’historien les rend en réalité bien plus effrayants encore. Se présentant comme un homme de gauche, un démocrate moderniste œuvrant pour les libertés, Maati Monjib cautionne le projet d’instauration d’une « société islamique authentique » dans tout le monde musulman. Il ne dit pas que c’est un écart ou que les propos de Abbadi ont été mal compris, il les justifie et avalise le projet d’instauration d’un califat « religieusement nécessaire que sur le plan panislamique (…) quand tous les peuples musulmans seront unis ». En clair, ils ne veulent pas d’un califat au Maroc mais à l’échelle du monde musulman et Maati Monjib ne semble y voir aucune contre-indication.</p>
<p>Lire aussi:<a href="https://atlasinfo.fr/enquete-al-adl-wal-ihssane-extreme-gauche-frapper-ensemble-mais-marcher-separement.html"><strong> </strong></a><a href="https://atlasinfo.fr/enquete-al-adl-wal-ihssane-extreme-gauche-frapper-ensemble-mais-marcher-separement.html"><span class="post-title"><strong>“frapper ensemble mais marcher séparément</strong>”</span></a></p>
<p>L’énormité de ces propos prêterait à sourire s’ils n’étaient pas aussi graves. Ils présentent le mérite de révéler les termes de l’entente entre les deux « parties », leur niveau d’engagement et l’état d’avancement du projet insurrectionnel que Fouad Abdelmoumni , en bon relais idéologique de cette alliance, a baptisé « initiative pour la lutte contre le despotisme ». Ainsi cerné, le projet insurrectionnel dans lequel s’inscrivent les différents acteurs qui n’ont pour unique point commun que la prise du pouvoir, suggère d’abord que le mouvement intégriste Al Adl Wal Ihssane soit dédiabolisé aux yeux de l’opinion publique.</p>
<h2><strong>Obtenir une partie du pouvoir ou le renverser</strong></h2>
<p><strong> </strong>Sur cet axe très précis, l’universitaire Maati Monjib réalise un véritable travail d’encadrement de la Jamaâ. Après les déclarations de Abbadi sur le projet califal de la Jamaâ, il multiplie les déclarations à la presse et parraine les sorties médiatiques de Hassan Bennajeh dans ses tentatives de rectifier le tir publiquement pour calmer la colère qui gronde dans les rangs des « alliés » : le parti d’obédience marxiste, Annahj Addimocrati , son pendant associatif l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH), des groupuscules de la société civile qui se sont associées à ce rapprochement et des individualités qui œuvrent en coulisses depuis plus de 10 ans pour donner corps à cette alliance entre « laïcs »  et intégristes religieux.</p>
<figure id="attachment_209464" aria-describedby="caption-attachment-209464" style="width: 615px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209464 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/maatibennajah.jpg" alt="" width="615" height="460" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/maatibennajah.jpg 615w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/maatibennajah-401x300.jpg 401w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/maatibennajah-86x64.jpg 86w" sizes="auto, (max-width: 615px) 100vw, 615px" /><figcaption id="caption-attachment-209464" class="wp-caption-text">Maati Monjib et Hassan Bennajeh (à sa gauche)</figcaption></figure>
<p>Leur objectif est d’obtenir une partie du pouvoir ou de le renverser. Devant l’amplitude et la profondeur de l’assise populaire dont jouit Mohammed VI, la première option s’impose aux promoteurs de ce front commun, y compris Al Adl Wal Ihssane qui conteste pourtant au monarque chérifien son rôle de Commandeur des Croyants. Mais le rêve d’une option révolutionnaire républicaine ou califale est toujours caressé par une partie des « laïcs » et une majorité des obscurantistes d’Al Adl Wal Ihssane qui se verraient bien en gardiens de cette révolution.</p>
<p>Lire aussi: <span class="post-title">“<a href="https://atlasinfo.fr/lune-des-plus-grandes-forces-dal-adl-wal-ihssane-est-de-savoir-nager-en-eaux-troubles-et-brouiller-les-cartes.html"><strong>L’une des plus grandes forces d’Al Adl Wal Ihssane est de savoir nager en eaux troubles et brouiller les cartes”</strong></a></span></p>
<p>En effet, le rôle et les objectifs des héritiers d&rsquo;Abdessalam Yassine est clairement défini notamment dans le livre signé du fondateur de la Jamaâ « la Sunnah d’Allah » publié en 2005 : « le devoir (…) est d’œuvrer avec dévouement pour l’enrôlement du maximum de fidèles dans les rangs des soldats de Dieu pour qu’ils combattent aux côtés de ceux-ci sur la voie du Jihad » (P52).</p>
<h2><strong>Adopter un discours de démocrates sans se déjuger</strong></h2>
<p>Tirant les leçons de leur participation aux manifestations du mouvement du « 20 Février » et conseillés par Maati Monjib et Fouad Abdelmoumni, les membres de la Jamaâ ont fait évoluer leur positionnement et épousent des causes sociales aux charges revendicatives plus impactantes pour le quotidien des marocains.</p>
<p>Ils répètent à qui veut l’entendre que le mouvement respecte les libertés individuelles et adhère aux grands principes de la démocratie, mais ils ne réussissent toujours pas à sortir de la ligne directrice de la Jamaâ construite sur le référentiel islamique. L’association ne parvient pas non plus à rassurer sur sa vision de la condition féminine, ses adeptes des deux sexes continuant de défiler séparément lors des manifestations, les hommes devant et les femmes derrière, évidemment.</p>
<h2><strong>Des efforts colossaux pour rendre Al Adl Wal Ihssane fréquentable</strong></h2>
<p>Devant l’idéal religieux défendu par la Jamaâ, le scepticisme ne cède toujours pas le pas aux certitudes et ce en dépit des efforts colossaux réalisés par ses « alliés » pour la rendre fréquentable. Les dirigeants de la Jamaâ comme Omar Iharchane membre du secrétariat général de la section politique et autre pilier du rapprochement avec l’extrême gauche, s’attèlent à faire évoluer le discours du mouvement mais peinent à sortir de leur doctrine : «l’Etat civil que nous appelons de nos vœux est aux antipodes de l’Etat militaire, policier ou théocratique ; c’est un Etat où la religion occupe une place qu’on ne peut renier, vu la nature des sociétés arabes», affirme Omar Iharchane.</p>
<figure id="attachment_209465" aria-describedby="caption-attachment-209465" style="width: 314px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209465" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/iharchane1.jpg" alt="" width="314" height="297" /><figcaption id="caption-attachment-209465" class="wp-caption-text">Omar Iharchane</figcaption></figure>
<p>De l’autre côté, celui des « laïcs » Maati Monjib redouble d’efforts pour banaliser le référentiel religieux de la Jamaâ : «la gauche marxiste orthodoxe pro démocratique […] qui, tout en reconnaissant que le référentiel d’Al Adl reste fondamentalement islamique, juge nécessaire de s’allier à lui pour changer le rapport de force avec le régime, dans la même ligne que les catholiques et le Parti communiste en France après la Seconde Guerre mondiale* »</p>
<h2><strong>Tentative des « laïcs » d’éloigner ce rapprochement du modèle iranien </strong></h2>
<p>La comparaison utilisée par l’universitaire est destinée à estampiller d’un référentiel européen l’alliance entre islamistes intégristes et « laïcs » marocains. Maladroite, cette tentative de l’éloigner d’un parallèle avec la révolution islamique iranienne, ne leurre que les promoteurs de cette alliance eux-mêmes, en tout cas ceux du camp « moderniste ».</p>
<p>La machine répressive du régime des mollahs qui a vu l’élimination de tous les acteurs dont le parti communiste Tudeh qui les ont portés au pouvoir en 1979, atteste de l’échec annoncé d’une alliance de cette nature :<br />
Un tel modèle ne laisse en effet que deux voies possibles : une soumission absolue à l’idéal religieux servile des obscurantistes ou l’élimination.</p>
<h2><strong>Plus de 30.000 opposants liquidés par le régime de Khomeiny</strong></h2>
<p>Le régime chiite iranien qui constitue un modèle à suivre pour Al Adl Wal Ihssane est accusé du massacre d’au moins 30.000 opposants, sur fatwa de Rouhollah Khomeiny.</p>
<figure id="attachment_209467" aria-describedby="caption-attachment-209467" style="width: 720px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209467 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/fouadd.jpg" alt="" width="720" height="485" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/fouadd.jpg 720w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/10/fouadd-445x300.jpg 445w" sizes="auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px" /><figcaption id="caption-attachment-209467" class="wp-caption-text">Maati Monjib et Fouad Abdelmoumni à une rencontre organisée par la jeunesse d&rsquo;Adl Wal Ihssane</figcaption></figure>
<p>Que les cadres de la Jamaâ œuvrent pour faire oublier que leur doctrine est inspirée du régime des mollahs est une chose, mais que les activistes « laïcs » minimisent la portée de cette doctrine pour servir leur projet insurrectionnel, en est une autre. Elle révèle leur immense hypocrisie et leur déphasage avec les réalités marocaines. Quelles que soient les difficultés économiques et la situation sociale, les marocains ne sont pas prêts à voir basculer le pouvoir dans l’illégitimité.</p>
<h2><strong>Manœuvres florentines et « Mohammed VI bashing »</strong></h2>
<p>Tout comme ils sont conscients de ce que le harcèlement, notamment médiatique, dont fait l’objet le Roi Mohammed VI, n’a rien de spontané ou de « naturel ». Que les éléments, qui constituent chaque axe du « Mohammed VI bashing » ces 10 dernières années, ont été posés et sont portés par un groupe d’acteurs qui ont pour point commun un parcours et des revendications personnelles vis-à-vis du pouvoir.</p>
<p>Ce ne sont pas leurs idées politiques ou leur positionnement idéologique qui motivent leurs discours forcément à charge et leur réquisitoire anti-monarchique, mais des griefs et des déboires personnels pour la plupart et des aspirations contrariées pour certains.</p>
<p>L’historien Maati Monjib, Les journalistes Ahmed Reda Benshemsi, Abou Bakr Jamaï , Ali Lmrabet, Hussein Majdoubi et Ali Anouzla, l’économiste Fouad Abdelmoumni, l’ex capitaine Mustafa Adib, le boxeur Zakaria Moumni ou encore Hicham Alaoui, le fils du frère cadet de Hassan II, sont de ceux-là.<br />
Leurs itinéraires respectifs se croisent et se confondent en permanence dans cette guérilla dont les ressorts faits d’intrigues et de diversions permanentes s’apparentent à des manœuvres florentines.</p>
<p>A suivre….</p>
<p><strong>*Qawma, soulèvement général.<br />
*Traduit « Justice et Bienfaisance ».<br />
*Jamaâ, communauté.<br />
*« Principes politiques, philosophiques, sociaux et religieux de l’Ayatollah Khomeiny », Editions Livres Hallier,1979. « Le petit livre vert » est composé d’extraits des trois principaux ouvrages de Khomeiny décédé en 1989.<br />
*Hezbollahi, les nervis qui se réclament du « parti de Dieu ».<br />
*La SAVAMA est la police politique islamique qui a succédé à la police politique du shah, la SAVAK.<br />
*« Principes politiques, philosophiques, sociaux et religieux de l’Ayatollah Khomeiny », Editions Livres Hallier,1979. « Le petit livre vert » est composé d’extraits des trois principaux ouvrages de Khomeiny.<br />
*«Al-Adl Wal Ihssane veut-il vraiment couper des têtes ? », <a href="http://telquel.ma">telquel.ma</a> , le 12 avril 2016.<br />
*<a href="http://telquel.ma">telquel.ma</a>, le 12 avril 2016, d’après Lakome.</strong></p>
<p><strong>*« Au Maroc, un mouvement en faveur de la séparation des pouvoirs intrigue » par Dounia Hadni. 13 juillet 2017, Libération.fr .</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Maroc: Gauche radicale et radicalité religieuse, « l’alliance de l’aveugle et du paralytique »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Sep 2020 13:12:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
		<category><![CDATA[Maghreb]]></category>
		<category><![CDATA[Adl Wal Ihssane]]></category>
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					<description><![CDATA[Quand les uns revendiquent la supériorité de la « choura » (conseil religieux) et la mise en place d’une république islamiste, les autres se présentant comme laïcs ou athées, contestent que les hommes puissent gouverner au nom du religieux. Pourtant, voilà ces deux « parties » aux doctrines antagonistes concluant une alliance pour coordonner leurs actions contre la monarchie. Le « terrain d’entente » qu’elles semblent avoir trouvé pour agir ensemble suppose-t-il une évolution ou le sacrifice de leur idéologies respectives ? Rien n’est moins sûr. Ce qui l’est en revanche, c’est que les modes d’expression adoptés par les nouvelles générations de marocains est en train de précipiter l’obsolescence de la machine à fabriquer de la contestation des deux « parties ».]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous sommes le 14 décembre 2015.</p>
<p>Le mouvement islamiste Al Adl Wal Ihssane saisit l’occasion que lui offre la commémoration du décès de son fondateur pour organiser une conférence. Différentes sensibilités de la société civile, de l’extrême gauche aux organisations islamistes y sont conviées. Cet évènement est une opportunité que ne doit pas gâcher la Jamaâ (communauté) pour se remettre en selle et réhabiliter l’image d’un mouvement non violent et « ouvert sur la société ». Elle avait été fortement écornée lors des marches du mouvement du « 20 Février » auxquelles étaient associés les adilistes en 2011. Il lui faut donc montrer patte blanche et donner de nouveau des gages de confiance aux animateurs de la gauche radicale qui avaient considéré comme un lâchage et un moyen de pression le retrait de la Jamaâ des manifestations du « M20 ».</p>
<figure id="attachment_209026" aria-describedby="caption-attachment-209026" style="width: 319px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209026 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence.jpg" alt="" width="319" height="319" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence.jpg 319w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lawrence-300x300.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 319px) 100vw, 319px" /><figcaption id="caption-attachment-209026" class="wp-caption-text">Pr William Lawrence</figcaption></figure>
<p>«<em> L’une des principales raisons pour lesquelles ils ont quitté le « mouvement du 20 février</em> , explique à Atlasinfo le chercheur américain William Lawrence*, <em>était le manque de religiosité dans les slogans et les messages du mouvement du « 20 Février ». A l&rsquo;époque, il y avait beaucoup de dissensions dans leurs rangs, car les jeunes membres poursuivaient une politique plus inclusive (…) et les dirigeants, eux, poursuivaient une politique plutôt opposée</em> ». «<em> Ce fossé générationnel au sein d&rsquo;Al Adl wal Ihssane en particulier et de la société marocaine en général, est important</em> », analyse l’expert du Middle East Institute.</p>
<h2><strong>Faire oublier l’image de « secte » et les accusations de takfirisme</strong></h2>
<p>A la mort de Abdessalam Yassine en 2012, le mouvement islamiste est otage de l’héritage idéologique de son fondateur. Le mouvement perd de son attractivité et s’essouffle. L’adoption d’une nouvelle constitution en juillet 2011 et l’arrivée au gouvernement de son « frère », le Parti de la Justice et du Développement en 2012, avaient fini par précipiter Al Adl Wal Ihssane dans une longue crise idéologique et identitaire dont il lui faut sortir à tout prix, notamment en faisant oublier l’effrayant projet califal du prédicateur disparu.</p>
<h2><strong>Montrer que la Jamaâ peut survivre au décès de son fondateur</strong></h2>
<p>Aussi, lorsqu’il prend la parole lors de cette conférence commémorative, le successeur d’Abdeslam Yassine axe l’essentiel de son intervention sur la non-violence du mode opérationnel et de l’idéologie de la Jamaâ. Mohamed Abbadi tente de gommer l’image de « secte » et les accusations de takfirisme*qui pèsent sur l’organisation, à la lumière de sa doctrine et des contours du projet de société dans lequel elle souhaite voir projeter le Maroc.</p>
<figure id="attachment_209029" aria-describedby="caption-attachment-209029" style="width: 363px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209029 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/abbadi_chibani_1_1.jpg" alt="" width="363" height="245" /><figcaption id="caption-attachment-209029" class="wp-caption-text">Mohamed Abbadi</figcaption></figure>
<p>Le second objectif d’Al Adl Wal Ihssane est de faire la démonstration de sa capacité à dialoguer avec d’autres sensibilités et de signifier à l’Etat qu’elle est bel et bien (toujours) là, capable de survivre au décès de son fondateur. « La Jamaâ est prête a travaillé avec tous ceux qui souhaitent régler les problèmes du Maroc », déclare Mohamed Abbadi aux participants à la conférence.</p>
<p>Le Troisième objectif est de sortir de l’isolement politique dans lequel est plongée l’organisation islamiste radicale, affaiblie par l’arrivée aux affaires du PJD. Le succès du parti islamiste aux élections législatives de 2012 répondait en effet aux aspirations d’une grande partie des disciples et des sympathisants de la Jamaâ, fatigués d’attendre la Qawma, le soulèvement général, promis par Abdessalam Yassine.</p>
<p>Pour Marc-Etienne Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des mouvements radicaux*, l’entreprise dans laquelle s’est lancé le mouvement est périlleuse : « <em>il y a, à la fois un projet à long terme qui est de changer son image et qui est une prise de risque d’une certaine manière. C’est-à-dire, sortir de sa zone de confort et de sa clientèle habituelle pour montrer un autre visage et essayer d’attirer et de recruter une autre clientèle. Mais comment peut-on demeurer islamiste tout en s’alliant avec l’extrême gauche ? C’est un exercice difficile</em> ».</p>
<h2><strong>Extrême gauche et obscurantisme islamiste : une alliance basée sur les intérêts</strong></h2>
<p>La gauche radicale aux cotés de laquelle le mouvement islamiste avait marché lors des manifestations de 2011 est présente en force à cette conférence. Faisant figure de chef de fil, l’historien Maati Monjib est là. Il connait bien les responsables des instances de la Jamaâ pour avoir organisé entre 2008 et 2010 une série de rencontres et de débats entre la gauche dite « laïque » et les islamistes dit « démocrates » et à laquelle Al Adl Wal Ihssane était associée.</p>
<p>Maati Monjib est donc un familier de ces commémorations annuelles et cultive une grande proximité avec Hassan Bennajeh, l’un des cadres influents du mouvement islamiste radical. Fouad Abdelmoumni, militant de l’AMDH qui avait activement pris part aux contacts avec la Jamaâ pour sa participation au mouvement du « 20 Février » a également répondu présent, de même que l’économiste Najib Akesbi ou encore Mohammed Hafid, ancien membre de l’Union Socialiste des Forces Populaires, l’USFP. Tous affichent des convictions aux antipodes de celles préconisées par le mouvement obscurantiste, partisan de l’application de la charia et de la restauration d’un califat pour une société « islamique authentique ». Pour le journaliste Mokhtar Laghzioui, ce rapprochement « <em>est surtout basé sur une nécessité de « compensation » ou de complémentarité, si vous préférez, chacune des deux sensibilités essayant de trouver chez l’autre ce qui lui manque</em>. »</p>
<figure id="attachment_209033" aria-describedby="caption-attachment-209033" style="width: 250px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209033 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD.jpg" alt="" width="250" height="308" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD.jpg 250w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/FOUAD-244x300.jpg 244w" sizes="auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px" /><figcaption id="caption-attachment-209033" class="wp-caption-text">Fouad Abdelmoumni</figcaption></figure>
<p>Le militant d’extrême gauche, Fouad Abdelmoumni, explique quant à lui « que le changement au Maroc ne peut se faire sans que les islamistes et les laïcs ne s’allient », estimant que le discours de la Jamaâ avait changé. De son coté, Omar Iherchane, membre du cercle politique de la Jamaâ, considère alors qu’un dialogue devait s’installer entre Al Adl Wal Ihssane et les différents courants et que le mouvement est ouvert pour « écouter les solutions qui feront avancer la société ».*</p>
<h2><strong>Al Adl Wal Ihssane veut le pouvoir temporel et religieux</strong></h2>
<p>Pour les observateurs, les objectifs affichés par la communication de la Jamaâ ne traduisent pas la réalité portée par la doctrine qui constitue le socle de l’organisation. Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>Il est clair qu&rsquo;Al Adl Wal Ihssane veut le pouvoir temporel et religieux. Mais on ne peut pas gérer une communauté avec simplement des préceptes divins. Nous sommes dans une société humaine globale avec des Etats et des gouvernements</em> ». Au chercheur d’ajouter : « <em>la question est de savoir à quel endroit va se situer la frontière entre ses propres ambitions et celles de l’extrême gauche.</em> »</p>
<p>En attendant la réponse à cette question, Al Adl Wal Ihssane mène une large campagne de séduction dans laquelle s’inscrit cette conférence de décembre 2015. Le vocabulaire est réfléchi, différent pour affirmer en d’autres termes que le pouvoir doit être confié aux élus mais sans jamais renier les positions pour une société totalement « islamisée ».</p>
<p>Aucune remise en question donc, mais de nouveaux angles sur lesquels structurer une nouvelle image fondée sur le respect des libertés individuelles, les libertés publiques, la démocratie et les droits de l’homme, la justice sociale et la fraternité. Voilà de quoi mettre Al Adl Wal Ihssane en conformité avec certaines exigences de ses partenaires de la gauche radicale et anticiper sur un nouveau mouvement de rejet de la Jamaa ouvertement exprimé par une partie des jeunes du « M20 » en 2011.</p>
<p>Certains avaient en effet dénoncé la radicalité religieuse d’Al Adl Wal Ihssane quand d’autres refusaient le chaos pour lequel elle avait œuvré en dévoyant le cahier revendicatif des jeunes du « M20 », revendiquant l’instauration d’une république sur un modèle califal, quand eux appelaient à une monarchie parlementaire.</p>
<h2><strong>Montrer sa capacité à dialoguer et s’ouvrir sur les autres sensibilités</strong></h2>
<p>Cette posture nouvelle d’Al Adl Wal Ihssane est le résultat de contacts jusque-là tenus dans la clandestinité par la Jamaâ et « certaines sensibilités politiques et associatives ». L’une de ces rencontres secrètes, qui a eu lieu le 11 juillet 2014, a filtré dans la presse, obligeant les responsables du mouvement radical à s’expliquer sur cette invitation « informelle » lancée auprès d’une dizaine de personnalités « dans l’objectif d’échanger des idées. Nous avons parlé de la situation du pays », dira du bout des lèvres à la presse le porte-parole de la Jamâa, Fathallah Arsalane.</p>
<figure id="attachment_209031" aria-describedby="caption-attachment-209031" style="width: 316px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209031" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1.jpg" alt="" width="316" height="339" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1.jpg 316w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/hamoudi-1-1-280x300.jpg 280w" sizes="auto, (max-width: 316px) 100vw, 316px" /><figcaption id="caption-attachment-209031" class="wp-caption-text">Abdellah Hammoudi</figcaption></figure>
<p>Parmi les présents, l’historien Maati Monjib est toujours là, agissant en sa qualité de président du centre de recherche Ibn Rochd qu’il a dissout depuis. L’homme d’affaires casablancais Karim Tazi était également de la partie ainsi que Mohamed Kihel et Abdeslam Bekkari, tous deux membres du parti de l’Istiqlal et l’ancien membre du parti socialiste marocain Mohamed Hafid. Un avocat et des universitaires complètent la liste dans laquelle un nom se détache, celui de Abdellah Hammoudi.</p>
<p>Directeur et fondateur de l’Institut d’études transrégionales du Moyen-Orient contemporain, de l’Afrique du Nord et de l’Asie Centrale de l’université de Princeton*, l’anthropologue est un ami intime et l’un des principaux collaborateurs de Hicham Alaoui, le fils ainé de feu Moulay Abdellah, frère de feu le Roi Hassan II.</p>
<h2><strong>Hicham Alaoui partie prenante de ce rapprochement ?</strong></h2>
<p>A quel titre Abdellah Hammoudi, installé aux Etats-Unis, était-il « invité » à cette rencontre ? Y représentait-il Hicham Alaoui ? Quelle que soit la réponse, la question mérite d’être posée à la lumière du projet obscurantiste d’Al Adl Wal Ihssane qui n’a jamais fait secrète sa volonté de voir renverser la monarchie marocaine pour la remplacer par une république islamiste. Pour les observateurs du Mouvement, il ne fait aucun doute que le but à atteindre par la Jamaâ est toujours le même, il n’y a que l’ « emballage » qui ait changé.</p>
<figure id="attachment_209027" aria-describedby="caption-attachment-209027" style="width: 327px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209027 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/lavergne1.jpg" alt="" width="327" height="300" /><figcaption id="caption-attachment-209027" class="wp-caption-text">Marc-Etienne Lavergne, directeur au CNRS</figcaption></figure>
<p>Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>son rapprochement avec des forces gauchistes et laïques relève de l’opportunisme. Ils ont pour but d’élargir le cercle des personnes qu’ils ambitionnent de toucher à travers cette alliance. Ce n’est pas forcément une alliance électorale puisqu’Al Adl Wal Ihsane ne présente pas de candidats aux élections</em> », explique à Atlasinfo le chercheur au CNRS avant de souligner que « <em>c&rsquo;est sans doute l’indication qu’il y a derrière un projet de mobilisation plus grand en prévision de l&rsquo;évolution de la situation au Maroc et de son environnement régional ou international. Ces évolutions permettraient d’espérer, soit d’intégrer le pouvoir, soit de le prendre. Mais cela relève d’un rêve lointain car le Maroc est un Etat solide</em>. »</p>
<h2><strong>Un rapprochement entamé depuis au moins 2008</strong></h2>
<p>Cette réunion ne s’est pas limitée à replacer dans l’actualité Al Adl Wal Ihssane, même si aucune communication officielle sur sa tenue n’était prévue. Elle a le mérite d’’avoir permis de mettre des mots et une forme sur ce qui existait déjà entre la plupart des parties qui s’y sont associées, depuis au moins les manifestations du printemps 2011.</p>
<p><strong>Lire aussi</strong>:<a href="https://atlasinfo.fr/enquete-al-adl-wal-ihssane-extreme-gauche-frapper-ensemble-mais-marcher-separement.html"> <span class="post-title">“frapper ensemble mais marcher séparément”</span></a></p>
<p>Il s’agit d’une alliance entre des cercles que tout oppose sur le plan idéologique et qui ont choisi de faire cause commune sur la base d’un seul point commun : la conquête du pouvoir. Ce n’est donc pas une affaire de convictions mais d’intérêts. Chaque partie y trouve son compte, se soutenant l’une l’autre dans leurs actions respectives pour leur donner une certaine amplitude. Les organisations ou les individualités composant ce réseau trouvent également avantage à mettre en commun leurs forces et mobiliser leurs réseaux respectifs, dès que l’une d’entre elle fait face à l’Etat ou à tout ce qu’elles peuvent lui assimiler.</p>
<p>Ainsi, lorsque la Jamaâ dénonce début 2017 « une purge » de l’Etat après le licenciement ou les mutations de 129 de ses membres fonctionnaires essentiellement du ministère de l’éducation, c’est l’Association Marocaine des Droits de l’Homme qui organise le comité de soutien à Al Adl Wal Ihssane et Khadija Riyadi qui en est la coordinatrice. Sans surprise, nous retrouvons des chefs de file comme Fouad Abdelmoumni et Maati Monjib en première ligne de cette action.</p>
<figure id="attachment_209032" aria-describedby="caption-attachment-209032" style="width: 390px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209032 size-full" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/La-Marche-Sindicats-De-Lenseignemen1.jpg" alt="" width="390" height="260" /><figcaption id="caption-attachment-209032" class="wp-caption-text">manifestants adlistes contre les licenciements ou mutations des enseignants inféodés à la Jamaâ</figcaption></figure>
<p>Ce soutien avait sensiblement divisé les rangs de l’extrême gauche. Un militant du Parti Socialiste Unifié (PSU) nous confie qu’il avait particulièrement interpelé les universitaires, cadres ou militants du parti : « <em>les deux tiers des personnes visées par ces licenciements ou ces mutations étaient dans l’enseignement. Tout le monde connait le prosélytisme d’Al Adl Wal Ihssane</em> », poursuit notre témoin, précisant : « <em>nous sommes bien placés pour savoir que c’est dans le secteur de l’éducation qu’elle s’active le plus pour diffuser son idéologie et qu’elle nous a combattu violemment surtout à l’université où nous avons perdu du terrain face à leurs étudiants. On ne peut pas composer avec cela. L&rsquo;Etat a laissé proliférer les islamistes dans l’enseignement</em> », s’indigne l’universitaire aujourd’hui à la retraite.  « <em>Mais si nous voulons rester cohérents, nous ne pouvons pas soutenir les islamistes le jour où il (l’Etat)décide d’agir, même si je trouve certains aspects de la démarche contestables</em> », conclut notre témoin qui préfère garder l&rsquo;anonymat.</p>
<h2><strong>Une alliance contre nature vouée à l’échec</strong></h2>
<p>En l’absence de valeurs communes, le modèle de solidarité circonstancielle adopté par ces alliés les expose à une très grande vulnérabilité. Pour William Lawrence, « toute alliance « contre nature » est vouée à l’échec mais, dans le même temps, faire de la politique est quasi impossible sans alliances. Parfois, ce sont des alliances de convenances éphémères, comme cela a été le cas en Iran avec une rupture immédiatement après la révolution (alliance avec le parti communiste Toudeh par la suite combattu par Khomeiny) ».</p>
<p>Cet épisode des fonctionnaires membres d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane fournit de précieuses informations sur le rapprochement entre l’extrême gauche et les obscurantistes de la Jamaâ, d’abord parce qu’il précise le profil des pivots de part et d’autre qui s’activent à la réalisation et à la réussite de cette alliance.</p>
<p>Lors d’une manifestation, organisée devant le parlement à cette occasion, Hassan Bennajeh, membre du secrétariat général du cercle politique de la Jamaâ et Maati Mounjib se tiennent côte à côte. Tentant une justification sur cette proximité, l’historien déclare que « dans le monde arabe, le conflit entre laïcs et islamistes est dévastateur. Il vaut mieux se rencontrer et discuter, y compris des différences de points de vue ». Ce que l’universitaire se garde de dire, c’est quels sont les sujets sur lesquels ils sont en phase, les convergences, les objectifs.</p>
<h2><strong>Les uns se nourrissent des autres</strong></h2>
<p>Le jour de ce sit-in, Annahj Addémocrati organisait une rencontre sur la perception de la formation politique d’extrême gauche par des acteurs extérieurs. Les participants ont pu y applaudir Omar Iharchane, membre du cercle politique pour lequel « aucun changement politique sérieux ne pourrait avoir lieu sans Annahj Addémocrati ». Bien qu’il puisse sembler anodin, ce propos indique le niveau de dépendance d’Al Adl Wal Ihssane vis-à-vis de cet allié d’obédience marxiste, dont le poids sur la scène politique est pourtant insignifiant.</p>
<p>« <em>La jamaâ sait que ses convictions ne rencontrent aucun écho au sein de l’intelligentsia marocaine</em> », analyse Mokhtar Laghzioui. « <em>Elle sait que son idéologie nourrie par des mythes et des croyances farfelues ne parviendront pas à convaincre la tranche sociale cultivée qui interroge la raison et la rationalité des marocains. Ses dirigeants pensent qu’Annahj Addémocrati et ses alliés peuvent aider la Jamaâ à atteindre cette couche de la population</em> », selon le journaliste.</p>
<h2><strong>« L’alliance de l’aveugle avec le paralytique »</strong></h2>
<p>De son côté, l’extrême gauche symbolisée par Annahj Addémocrati « souffre de l’assèchement de ses idées qui ne sont plus audibles par les marocains.  La plupart des conférences organisées par ce mouvement connaissent une affluence très limitée, voire quasi nulle », estime le directeur de la rédaction du quotidien « Ahdath Maghribia ».</p>
<blockquote><p><strong>Pour Marc-Etienne Lavergne, « <em>c&rsquo;est l’alliance de l’aveugle et du paralytique. Cela permet à l’aveugle de marcher et au paralytique de voir. Je ne pense pas que ce mariage aboutira. Il y aura rupture quand chaque camp se dira : « bon j’ai assez gagné, donc je reprends ma liberté ». C’est un phénomène que nous avons déjà constaté en Egypte avec les Frères musulmans</em> ».</strong></p></blockquote>
<p>La Jamaâ mise très gros sur ce rapprochement. Sa capacité à mobiliser s’est considérablement réduite, comme cela a pu être constaté dans les différentes manifestations « pro-Hirak » auxquels elle a pris part. Elle continue de subir l’impact négatif des déclarations de son secrétaire général Mohamed Abaddi sur le califat et les têtes qu’il faudrait « décapiter » pour sa restauration, sans parvenir à les surmonter et enfin, l’émergence de nouvelles générations d’acteurs ont rendu dépassés aussi bien son discours que sa méthode.</p>
<p>« Je pense que le modèle organisationnel adopté par Al Adl wal Ihsane est devenu obsolète face aux méthodes nouvelles qu’ont trouvé les Marocains pour exprimer leurs griefs et s&rsquo;organiser politiquement », constate William Lawrence. « Al Adl wal Ihsanne est conscient de ce contexte changeant et a essayé de s&rsquo;adapter, mais je crois qu&rsquo;à plus long terme son attrait se réduira au fur et à mesure que les repères politiques et culturels et le modèle organisationnel des Marocains évoluera dans de nouvelles directions. »</p>
<h2><strong>Obsolescence programmée</strong></h2>
<p>En attendant cette obsolescence programmée, Il ne fait aucun doute que ce sont les idées de gauche, même les moins extrêmes, qui auraient tout à perdre à vouloir se rapprocher d’un acteur beaucoup trop fidèle à l’héritage doctrinal de son fondateur Abdessslam Yassine pour espérer raisonnablement le voir renoncer à son projet de république islamique « authentique » et le convertir aux valeurs de la démocratie.</p>
<figure id="attachment_209028" aria-describedby="caption-attachment-209028" style="width: 334px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-209028" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/nabila1-2.jpg" alt="" width="334" height="238" /><figcaption id="caption-attachment-209028" class="wp-caption-text">Nabila Mounib, SG du PSU</figcaption></figure>
<p>Les forces de gauche, telle que le Parti Socialiste Unifié, se démarquent d’Annahj Addémocrati et jouent la carte de la prudence devant la campagne de séduction de la Jamaâ et les actions destinées à rendre plus belle une épouse qui signe son acte de mariage par nécessité et non par affection. Nabila Mounib, secrétaire général du PSU l’a appris à ses dépens lorsque sa participation à une série de rencontre entre laïcs et islamistes, organisées par la<em> fondation Cordoue</em>, a été rendue publique.</p>
<p>Organisées entre Istanbul et Doha entre 2016 et 2017, ces rencontres se sont déroulées dans la discrétion jusqu’à ce qu’un communiqué d’Al Adl Wal Ihssane livre aux médias un éclairage sur leur objectif. La patronne du Parti Socialiste Unifié se verra reprocher par des membres de sa formation et les médias cette participation pour laquelle elle sera acculée à se justifier, expliquant qu’elle y avait pris part en tant qu’universitaire et non représentante du PSU.</p>
<p>A ses cotés pendant ce cycle de rencontres, des représentants de la Jamaâ, l’actuel chef de Gouvernement issu du Parti de la Justice et du Développement, Saad Dine El Otmani*, Khadija Riyadi de l’AMDH et Maati Monjib qui y réaffirmera tout l’intérêt, pour lui, d’une « entente entre islamistes et laïcs depuis les attentats de 2003 ».</p>
<p>L’historien, qui apparait dans chacune des séquences de ce rapprochement, semble en être devenu la cheville ouvrière la plus engagée depuis 12 ans.</p>
<p><strong>A suivre….</strong></p>
<p><strong>*</strong>Interview avecWilliam Lawrence, professeur en sciences politiques et relations internationales. Ancien diplomate, il est chercheur au sein du Middle East Institute<br />
<strong>* </strong>Les takfiri sont des extrémistes islamistes adeptes d’une idéologie violente<br />
<strong>*</strong>Interview avec Marc-Etienne Lavergne, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique, directeur de recherche au CNRS<br />
<strong>*</strong>D’après Telquel.ma , 14 décembre 2015).</p>
<p><span style="text-transform: initial;"><strong>*</strong>L&rsquo;institut a été c</span><span style="text-transform: initial;">rée en 1994 avec le « généreux soutien » de (Moulay) Hicham Alaoui , peut-on lire sur la page d’accueil du site de l’institut.</span></p>
<p><strong>*</strong> AtlasInfo.fr a adressé M. à El Otmani une demande d&rsquo;interview à laquelle il n&rsquo;a pas donné suite.</p>
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