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	<title>Abdeslam Yassine &#8211; Atlasinfo</title>
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	<title>Abdeslam Yassine &#8211; Atlasinfo</title>
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		<title>Enquête/Al Adl Wal Ihssane-Extrême gauche: “frapper ensemble mais marcher séparément »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2020 09:36:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Abdeslam Yassine]]></category>
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					<description><![CDATA[Said ELakhal, islamologue, spécialiste de l'islam politique et des mouvements islamistes, auteur de plusieurs ouvrages* sur le mouvement radical Al Adl wal Ihssane, revient sur le projet politique porté par le mouvement qui ambitionne l’instauration d’un califat. Il en analyse la doctrine, les ressorts et les moyens que la Jamaâ fondée par Abdessalam Yassine est prête à mobiliser pour atteindre ses objectifs. Son “alliance” avec l’extrême gauche marocaine, notamment, fait partie de la stratégie de l’organisation pour arriver à son but.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2 dir="ltr"><strong>Al Adl Wal Ihssane poursuit un but : instaurer le califat. En cela, la Jamaâ perpétue-t-elle l’objectif de son fondateur, Abdessalam Yassine ?</strong></h2>
<p dir="ltr"><strong>Said ELakhal</strong>: depuis sa création, Al Adl Wal Ihssane (“Justice et Bienfaisance”) appelle à la restauration du califat. L’actuel chef de la Jamaâ (communauté), Mohamed Abbadi, prétend agir au nom de l’Islam et accomplir la volonté du prophète.</p>
<figure id="attachment_208330" aria-describedby="caption-attachment-208330" style="width: 381px" class="wp-caption alignright"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-208330" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/saidou1.jpg" alt="" width="381" height="235" /><figcaption id="caption-attachment-208330" class="wp-caption-text">Saïd Elakhal</figcaption></figure>
<p dir="ltr">La Jamaâ se distingue des autres organisations de l’islam politique sur deux questions essentielles. La première est qu’elle proclame sa volonté de bâtir un Etat califal sur la base des directives du prophète et sur les ruines des systèmes politiques actuels. Elle ne fait aucune distinction entre les monarchies, les systèmes laïcs, dictatoriaux, démocratiques ou islamiques. Tous ces régimes qui ne gouvernent pas “au nom d’Allah” sont , pour ce mouvement, des régimes illégitimes. Pour Al Adl Wal Ihssane, l’instauration du califat est un devoir religieux pour tout musulman et un “ordre divin”.<br />
Le fondateur de la Jamaâ cheikh Yassine, décédé en 2012, a bâti son projet politique sur la base d’un Hadith attribué au prophète Muhammad : “la prophétie sera en vous si Dieu le veut. Il vous la retire si tel est son désir. (&#8230;) le califat sera sur le modèle du prophète et il s’est tu”.</p>
<p dir="ltr">Il n’y a pas de divergences entre Cheikh Yassine et Aboubakr Al-Baghdadi, le fondateur de Daech. Les deux ont en commun cet objectif d’établir l&rsquo;État du califat quels que soient les moyens utilisés pour y arriver.<br />
Pour Abdessalam Yassine, ce n&rsquo;est pas n’importe quel groupe islamiste qui  peut aspirer à instaurer le califat. Seuls les groupes dirigés par des cheikhs aux qualités divines y ont droit. Pour lui, ils seraient les ayant droits légitimes auxquels Dieu a ordonné d’obéir. “Ô croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d&rsquo;entre vous qui détiennent le commandement”.</p>
<h2 dir="ltr"><strong>Quel est le second point de différentiation?</strong></h2>
<p dir="ltr">Le second est que Adl wal Ihssane refuse la participation aux élections et l’implication dans des institutions, de même qu’il n’est pas question pour elle d’assumer des responsabilités et gérer la chose publique. Cheikh Yassine a établi une constitution et une feuille de route pour la Jamaâ de laquelle elle ne peut dévier. Parmi les fondements de sa doctrine, il y a le fait que tous les régimes politiques dans les pays arabes et islamiques ne gouvernent pas au nom de la “loi d’Allah”. Donc, toute participation à un processus électoral ou alternance politique au sein de ces régimes serait une trahison de “la parole de Dieu”.</p>
<h2 dir="ltr">Sur la base de ce que vous venez de dire , de quelle manière Al Adl Wal Ihssane entend atteindre ses objectifs?</h2>
<p dir="ltr">Leur guide, Abdessalam Yassine, avait  expliqué la situation de la manière suivante : notre ligne politique est que nous ne nous opposons pas aux gouvernants à l’instar des partis politiques à cause de leurs choix économiques ou de leur gestion, nous leur désobéissons car ils sont sortis du cercle de l’Islam. ( “Les principes de la voie prophétique”, page 25).</p>
<p dir="ltr">C’est pour ces raisons que Cheikh Yassine et ses fidèles n’aspirent pas à avoir “la bénédiction” du régime, mais aspirent plutôt à sa chute. Ils veulent précipiter l’heure de son démantèlement s’ils parviennent à convaincre les autres forces politiques de boycotter les élections et de ne pas participer au gouvernement et au parlement. Un tel scénario serait de nature à augmenter la colère et la frustration de la rue qui se révolterait alors contre le régime. C’est ce que la Jamaâ appelle la Qawma, le soulèvement général et dont l’objectif suprême est de réunir les conditions de l’instauration du califat.</p>
<p dir="ltr">Pour réaliser cet objectif ultime, il faut installer une base idéologique, d’où le livre de Abdessalam Yassine “Al minhaj annabaoui “(“Les principes de la voie prophétique”), considéré comme la constitution de la Jamaâ.  Il y lance les fondements doctrinaires en tant que groupe porteur d’un message d’unité pour la nation musulmane, sous l’étendard du califat. Il pose aussi les jalons d’une feuille de route pour réunir cette “force humaine” capable de démanteler le régime monarchique et d’installer à sa place le califat.</p>
<h2 dir="ltr">Quels sont les moyens avec lesquels les dirigeants de la Jamaâ pensent pouvoir réunir cette “force humaine” ?</h2>
<p dir="ltr">Dans leur projet, réunir cette force passe par trois étapes :<br />
<strong>⁃</strong> L’éducation à travers la diffusion de l’idéologie de la Jamaâ  jusqu’à devenir une doctrine solide, susceptible de transformer ses membres en combattants prêt à mourir pour elle.<br />
<strong>⁃</strong> L’organisation, c’est à dire une structure numérique solide, porteuse de ce projet de califat et prête à combattre par tous les moyens pour le défendre et l’atteindre.<br />
<strong>⁃</strong> Le passage à l’acte pour prendre le pouvoir à travers un soulèvement général.</p>
<p dir="ltr">Pour mobiliser ses membres et renforcer leur détermination, Abdessalam Yassine prétendait que Dieu lui avait promis, à lui et à son groupe, la victoire. La Jamaâ ne passerait à la troisième étape que lorsqu’elle serait assurée de posséder toutes les forces humaines nécessaires pour s’emparer du pouvoir à travers les manifestations et la désobéissance civile, sur le modèle de la révolution iranienne de Khomeini. Le prédicateur a demandé à ses disciples de ne pas se précipiter pour proclamer “la révolution”, pas avant d’avoir acquis la certitude que les conditions du succès soient réunies car tout échec signifierait la fin de la Jamaâ.</p>
<h2 dir="ltr">Les orientations tracées par Abdeslam Yassine sont-elles toujours scrupuleusement suivie par la jamaâ, même après sa mort ?</h2>
<p dir="ltr">Abdessalam Yassine a proposé un scénario pour la proclamation du califat sur plusieurs étapes, la plus importante étant que dans chaque pays arabe ou musulman, un groupe s’empare du pouvoir et installe le califat dans ses frontières géographiques. Puis il s’agirait de former une fédération des pays, sous l’autorité de ces Jamaâs, avant de constituer un gouvernement central qui appliquerait la charia et choisirait un calife pour diriger le grand Etat califal. Encore une fois, parmi les conditions de l’installation du califat, la révolte contre les régimes politiques qui gouvernent les pays arabes et musulmans est un préalable. (<strong>Voir vidéo du 7 avril 2016 du SG d’Al Adl Wal Ihsane, Mohamed Abbadi</strong>).</p>
<p dir="ltr"><iframe src="//www.youtube.com/embed/LXYeiJjvzkY" width="560" height="314" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p dir="ltr">L’hostilité et même la haine que nourrit la Jamaâ à l’égard du régime marocain n’est un secret pour personne de même qu’elle ne reconnaît pas le principe de l’allégeance au Roi, en sa qualité de Commandeur des croyants. La Jamaâ proclame régulièrement que son but est de changer de régime et d’instaurer le califat à sa place. Mais tant qu’elle se sait incapable de renverser le régime, elle se contente de parier sur un large soulèvement devant lequel elle pense que le régime se montrerait incapable de répondre. Dans sa conception des choses, le régime chuterait  comme cela a été le cas en Iran devant la révolution de Khomeini ou d’autres régimes arabes comme la Tunisie et l’Égypte, dans ce qu’on a baptisé les « printemps arabes » .</p>
<h2 dir="ltr">D’où son soutien puis son “alliance” avec le mouvement du “20 février” ?</h2>
<p dir="ltr">Pour Al Adl Wal Ihssane, le mouvement du « 20 février » n&rsquo;était qu’un moyen de concrétiser ses objectifs. La Jamaâ a rejoint le mouvement, tentant de l’instrumentaliser pour qu’il se transforme en soulèvement général pour arriver à la chute du régime.</p>
<p>Mais la majorité des jeunes, issue de la gauche pour beaucoup, a refusé ce mot d’ordre de la Jamaâ visant à faire chuter le régime. Ils ont contesté la présence d&rsquo;Al Adl Wal Ihssane. Quand les dirigeants de la Jamaâ ont pris conscience que leur participation était exploitée par le Parti de la Justice et du Développement (PJD)  pour faire pression sur le régime en vue de lui arracher des concessions, ils se sont retirés. Mais ce retrait ne signifie nullement qu’Al Adl Wal Ihssane a cessé de coordonner ses actions avec l’extrême-gauche, incarnée, notamment, par Annahj Addimocrati. La coordination s’est poursuivie.</p>
<h2 dir="ltr">Qu’y a-t-il de commun entre deux groupes antagonistes dans leurs idéologies?</h2>
<p dir="ltr">Al Adl Wal Ihssane profite de cette sorte d&rsquo;”alliance” avec Annahj Addimocrati (La voie démocratique), comme avec des groupuscules au sein de la société civile ou encore certaines individualités, dans l’objectif de se rendre “fréquentable”, d’apparaître comme une force politique qui « croit » en la démocratie, qui n’exclut pas ses adversaires politiques et qui « respecte » la diversité d’opinions. Mais le véritable objectif est de pouvoir créer une coalition de groupes d’opposition au régime pour exercer des pressions et arracher des concessions que la Jamaâ pourra ensuite exploiter pour élargir sa base sociale.</p>
<p>Al Adl Wal Ihssane ne veut pas affronter le régime tout seul en dirigeant les protestations sociales afin de ne pas donner au régime, disent-ils, un prétexte d’emprisonner ses leaders et d’interdire totalement ses activités. C’est pour ces raisons que l’on observe sa présence dans toutes les manifestations organisées par des partis, syndicats et associations se revendiquant de l&rsquo;extrême-gauche, l’occasion pour la jamaâ d’exhiber sa force et de montrer sa puissance numéraire dans la rue.</p>
<p dir="ltr">Bien entendu, la majorité des formations politiques de gauche ne travaille pas avec Al Adl Wal Ihssane car ces partis connaissent bien leur objectif et ne le partagent pas. Par ailleurs, le destin qu’a connu le parti iranien de gauche, Toudeh, qui avait fait alliance avec Khomeini contre le régime, ne peut qu’inspirer le rejet. Après la chute du Shah d’Iran, Khomeini avait trahi Toudeh et fait exécuter la majorité de ses membres et de ses partisans.</p>
<h2 dir="ltr">L&rsquo;extrême-gauche marocaine incarnée par Annahj Addimocrati et la Jamaâ ont-ils un projet commun ?</h2>
<p dir="ltr">Annahj Addimocrati, seul parti qui coordonne avec Al Adl Wal Ihssane, travaille autour de ce slogan : “frapper ensemble mais marcher séparément”, appliquant la maxime “l’ennemi de mon ennemi est mon allié”.</p>
<p>Annahj est un tout petit parti et il ne possède aucune base populaire qui en ferait une force de pression. C’est pour cela qu’il a besoin de la Jamaâ. De son côté, Al Adl Wal Ihssane craint de devoir affronter le régime seul. Il a besoin d&rsquo;Annahj dont les militants constituent la colonne vertébrale de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH). Cette association, et ses quelques alliés au sein de la société civile au Maroc ou en France,  procure à la Jamaâ une « image » estampillée droits de l’Homme dont elle a besoin pour se rendre “acceptable” d’une part, et avoir des alliés qui la soutiennent en cas de difficulté, d’autre part. Si l’un de ses membres est arrêté ou emprisonné pour n’importe quelle raison, même une qui supposerait une violation de la loi, l’AMDH monterait au créneau pour faire le maximum de bruit. En fait, la Jamaâ exploite le parti Annahj Addimocrati tout comme celui-ci utilise la Jamaâ pour grossir les rangs lors des manifestations. Chacun y trouve un intérêt, en réalité,  mais au prix d’un danger et d’une menace extrêmement lourds à payer. La question est de savoir si le camp dit “moderniste” ou même celui qui se présente comme “laïc” sont prêts à supporter ce prix.</p>
<p><span style="font-size: 18pt;"><strong>*</strong></span><span style="font-size: 18pt; font-family: 'times new roman', times, serif;">Titres traduits de l&rsquo;arabe des ouvrages de Said ELakhal sur Al Adl Wal Ihssane</span>:</p>
<ol>
<li><strong> « Abdesslam Yassine: de la dervicherie au soulèvement », (2003)</strong></li>
<li><strong>« Dialogue avorté et déluge promis », (2013)</strong></li>
<li><strong>« Obsession du Mahdisme », (2003)</strong></li>
<li><strong>« Abdesslam Yassine: du soulèvement à l&rsquo;Etat califal », (2003)</strong></li>
</ol>
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		<title>Al Adl Wal Ihssane, une Jamaa née dans l’amertume</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Sep 2020 18:39:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
		<category><![CDATA[Abdeslam Yassine]]></category>
		<category><![CDATA[Al Adl Wal Ihssane]]></category>
		<category><![CDATA[califat]]></category>
		<category><![CDATA[Daech]]></category>
		<category><![CDATA[jamaâ]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Abbadi]]></category>
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					<description><![CDATA[« La déception ne vient jamais des autres, elle n’est que le reflet de nos erreurs de jugements », pour reprendre le propos marqué du bon sens d’un anonyme. Cumulant les déceptions au sein de la Tareqa Boutchichia dont il était disciple, Abdeslam Yassine crée sa propre Jamaa. Son organisation est politique et sa doctrine basée sur l’instauration d’une « société islamique authentique », un califat.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’idée de Abdeslam Yassine de fonder sa propre Jamaa (communauté) en 1973 est née de l’immense désillusion qui fût la sienne de ne pouvoir succéder à Cheikh Hajj El Abbas, leader spirituel de la puissante Tareqa Boutchichia. Abdeslam Yassine, lui-même alors disciple de la confrérie de Madagh (environs 70 kms au Nord de Oujda), pensait avoir atteint l’élévation spirituelle suffisante et avoir le cœur assez grand pour être capable de succéder au charismatique Hajj El Abbas. Mais avant de mourir, celui-ci lègue « le siir », le secret par lequel son successeur est jugé apte à diriger la confrérie soufie, à son propre fils Cheikh Sidi Hamza.</p>
<p>Après la période de deuil, nous raconte un disciple, témoin de ces évènements, Abdeslam Yassine demande à être reçu par le nouveau leader de la confrérie pour proposer une organisation différente de la Zaouiya, qu’il présente comme une « modernisation ». Cheikh Sidi Hamza l’écoute, mais rejette les propositions de Abdeslam Yassine, considérant que le modèle préconisé par l’ancien instituteur s’apparentait à celui d’un parti politique qui éloignerait  la confrérie de sa mission qui consiste à accompagner les croyants dans leur parcours spirituel.</p>
<h2><strong>Une organisation politique structurée pour une « société islamique authentique »</strong></h2>
<p>Le rejet de ses propositions fût la déception de trop pour Abdeslam Yassine qui préféra alors quitter la confrérie Boutchichia pour créer sa propre communauté. L’homme se sent investi d’une mission et pense être un « élu de Dieu » qui doit défendre l’instauration d’une société « islamique authentique ». Seulement, l’Islam qu’il préconise n’est pas celui de la voie soufie de Madagh.</p>
<p>Abdeslam Yassine emprunte en effet le chemin de celui qui caractérise les organisations politiques structurées qui veulent prendre le pouvoir pour mettre en place leur propre régime. Pour y parvenir, il lui faut d’abord recruter des disciples en se gardant bien, en tout cas au début, de parler ouvertement de ses ambitions politiques.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208232" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1.jpg" alt="" width="640" height="338" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1.jpg 640w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/yassinou1-520x275.jpg 520w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<p>Sa méthode de recrutement est très simple, raconte un ancien adepte de la Jamaa : être visible et s’activer partout, dans le moindre quartier, dans les écoles, les mosquées évidemment, les universités et jusque dans les marchés avec un prosélytisme très offensif qui présente la particularité de n’exiger aucune condition spéciale pour assister à une séance de prédication (Jalssa) ou à une veillée religieuse. Il suffit juste d’être l’ami d’un membre pour devenir à son tour partie intégrante du mouvement et ensuite d’opérer la même démarche auprès de ses propres cercles amicaux pour y détecter des profils à enrôler.</p>
<h2><strong>« L’Islam ou le déluge », devant un Occident dont l’influence est jugée «pernicieuse »</strong></h2>
<p>C’est la lettre « l’Islam ou le déluge » adressée au Roi Hassan II en 1974 qui donnera au prédicateur une certaine notoriété. Il y critique longuement l’Occident et son « influence pernicieuse » dit-il, et contre laquelle il prône une renaissance islamique, ne se contentant pas de fustiger le Roi mais aussi les intellectuels arabes un peu trop « occidentalisés » à son goût.</p>
<p>« Balaie les partis politiques et viens qu’on s’assoie ensemble : toi, moi et l’armée », écrit-il au Roi défunt. Cette lettre lui vaudra d’être interné en asile psychiatrique pendant 42 mois et par la suite d’être assigné à résidence pendant 11 ans.</p>
<p>La Jamaa affirme alors vouloir investir la société marocaine non pas en exerçant une quelconque autorité par la contrainte mais essentiellement par « l’éducation ». Elle se dit non violente et déclare rejeter le système politique existant, du fait notamment que le Roi est chef religieux, Commandeur des croyants. Rien d’étonnant à ce que l’ancien instituteur conteste au souverain marocain son titre de guide spirituel (faisant mine d&rsquo;oublier au passage que le souverain est descendant du prophète), si l’on considère que Abdeslam Yassine se voit lui comme un « élu de Dieu », un être capable de « visions » prophétiques et qui aspire au pouvoir suprême à travers l’instauration du califat.</p>
<h2><strong>Il s’émerveille devant La république islamique d’Iran, shiite, la qualifiant d’ « épopée »</strong></h2>
<p>Dans son livre la « Sunna d’Allah », Abdeslam Yassine nous indique en page 170 les modèles qui suscitent son admiration : « l’épopée de la révolution iranienne, le jihad majestueux des Afghans, la résistance islamique au Sud du Liban et les soulèvements des mouvements islamistes sont autant d’exemples de la vraie identité musulmane recouvrée ». Le prédicateur magnifie auprès de ses disciples le modèle iranien, et dans une sorte de cohérence qui allie idéologie et action, le Hezbollah soutenu par Téhéran dans le Sud Liban, qui reflète également à ses yeux cet idéal révolutionnaire.</p>
<p>S’il était toujours de ce monde, l’aveuglement ferait sans doute oublier à Abdeslam Yassine que les Ayatollahs ont installé une dictature. Assis sur les troisièmes réserves mondiales de pétrole, le pays s’est appauvri et vit dans l&rsquo;isolement. Le bilan du premier régime islamiste de l’ère moderne n’est guère glorieux et la suprématie du théocratique sur le politique a montré toutes ses limites avec 40% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté, tandis que les élites cléricales se vautrent dans le luxe, gavant au passage le Hezbollah, le régime de Bachar El Assad et les milices chiites irakiennes. Le pays a tout simplement perdu 40 ans sur le plan économique et toute manifestation est réprimée dans le sang, pendant que les gardiens de la révolution veillent à une stricte soumission à la charia, que la corruption paralyse le pays et que un tiers des jeunes est sans travail. C’est la révolution du grand désenchantement… Mais c’est là une autre histoire.</p>
<h2><strong>Abdeslam Yassine fasciné par les frères musulmans d’Egypte</strong></h2>
<p>Reprenons celle de Abdeslam Yassine qui trouve également dans le modèle des Frères musulmans d’Egypte de l’inspiration. Il reprend en effet les contours de la même trajectoire que Hassan El-banna, le fondateur avec lequel il partage plusieurs points communs, en plus de celui d’avoir été instituteur comme lui. Ils ont tous deux une même fascination pour le pouvoir et partagent l’idée selon laquelle il faut gouverner par l’Islam, avec un référentiel religieux moralisateur omniprésent à partir duquel Il s’agit de mettre en place un cadre doctrinal strict pour réglementer les faits et gestes de chacun des membres de la communauté. L’islam serait donc la solution pour asseoir une autorité politique, celle du califat. C’était le but ultime que caressait également Hassan Al-Banna.</p>
<p>Pour Al Adl Wal Ihssane, reconnaître la commanderie des croyants, instance légitime et légale incarnée par le Roi, reviendrait alors à renoncer au rêve de Abdeslam Yassine de voir la choura mise en place, une sorte de conseil de théologiens qui guident l’imam suprême, en l’occurrence … lui.</p>
<p>Nous pourrions sans risque attribuer des slogans devenus célèbres du mouvement des frères musulmans à celui de l’ancien instituteur marocain : « notre constitution, c’est le Coran » ou encore « une seule loi, la charia », « la démocratie, c’est la choura ». Cette comparaison est d’autant plus aisée, que tout comme les frères musulmans d’Egypte qui ont adopté en 1928 le califat comme la forme d’organisation politique pour diriger la Oumma (communauté islamique), Al Adl Wal Ihssane se fixe le même objectif.</p>
<h2><strong>De Daech à Boko Haram en passant par Al-Qaïda, la valse sanglante des califes</strong></h2>
<p>Il ne s’agit pas là de l’histoire romancée de ce puissant Calife de Baghdad auquel Shéhérazade raconte chaque soir une histoire dont elle ne dévoile pas la fin pour tenir en haleine durant mille et une nuit le puissant calife, afin qu’il puisse l’épargner et il finira par le faire. Il ne s’agit pas non plus de certains de ces califes ottomans, dont la grandeur historique rapportée dans des récits littéraires occidentaux, ont contribué à construire des personnages de légende avant que le califat ottoman ne soit aboli en 1924 par Atatürk.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-208196" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins.jpeg" alt="" width="700" height="380" srcset="https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins.jpeg 700w, https://dev.atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/les3assassins-520x282.jpeg 520w" sizes="auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px" /></p>
<p>Aujourd’hui, le calife a pris le visage terrifiant de Aboubaker al Baghdadi, chef de « l’état islamique » entre 2014 et 2019. Lorsque du haut de sa chaire de la mosquée de Mossoul en juin 2014, il s’autoproclame Calife sous le nom d&rsquo;Abou Ibrahim, nous sommes loin de l’idée de rendre à l’Islam sa grandeur perdue du temps des premiers califes qui ont longtemps entretenu l’imaginaire collectif. Daech est une organisation terroriste djihadiste et son chef qui annonce l’instauration d’un califat entre l’Irak et la Syrie est un génocidaire qui a les mains souillées du sang de milliers d’innocents.</p>
<p>Deux mois après Aboubaker Al Baghdadi, c’est au tour du sanguinaire Abubakar Shekhau, leader de Boko Haram, de proclamer l’instauration d’un « califat islamique » dans la partie nord-est du Nigeria.</p>
<p>Et comme pour ne pas démentir le dicton « jamais deux sans trois », l’idéologue d’Al-Qaïda, l’égyptien Ayman Al Zawahiri prend le relais pour annoncer, 10 jours après Shekhau, la mise en place d’une nouvelle branche de l’organisation terroriste dans le sous-continent indien. Il n’avait alors échappé à personne que chacune de ces auto-proclamations a fait l’objet d’un rappel du «passé glorieux » du califat, l’un renvoyant à celui de Sokoto, l’autre au califat des abbassides et le troisième à celui de l’empire ottoman. Voilà trois chefs de mouvements terroristes instrumentalisant la religion à des fins politiques, affublés du titre de chef suprême des musulmans sur des territoires qu’ils ont délimités et prêts aux pires massacres des « impies et des mécréants ».</p>
<h2><strong>Un « jihad » pour instaurer le califat et conquérir le monde par son islamisation</strong></h2>
<p>Nous ne savons pas lequel de ces trois modèles de « conquête » aurait eu la faveur de Abdeslam Yassine mais le fait est qu’il avait pour rêve le califat et objectif ultime sa restauration . Dans son livre « Préambules pour l’avenir de l’Islam », le fondateur de la Jamaa écrit page 44 : « notre jihad s’inscrit dans une approche globale qui ne peut aboutir qu’à travers une éducation multidimensionnelle et une foi indéfectible en la gloire de Dieu et l’instauration de la khilafa (le califat) » .</p>
<figure id="attachment_208199" aria-describedby="caption-attachment-208199" style="width: 331px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-208199" src="https://atlasinfo.fr/wp-content/uploads/2020/09/abbadi2.jpg" alt="" width="331" height="189" /><figcaption id="caption-attachment-208199" class="wp-caption-text">Mohamed Abbadi</figcaption></figure>
<p>Mohamed Abbadi, le successeur de Abdeslam Yassine, ne saurait contredire la volonté du fondateur de Al Adl Wal Ihssane, bien au contraire. Lui qui a du mal à se départir de l’ombre encombrante du fondateur, décédé en 2012, est monté d’un cran dans la description du modèle califal auquel aspire le mouvement radical.</p>
<h2><strong>La décapitation pour tout opposant à la restauration du califat ?</strong></h2>
<p>Alors que le monde assiste, effaré, aux massacres et aux exactions perpétrées par les califes auto-proclamés de Boko Haram, Daech et Al Qaïda, Mohamed Abbadi entretient une position qui ne souffre aucune ambiguïté sur la manière dont il faut s’y prendre pour instaurer un califat. Dans plusieurs vidéos à partir d’octobre 2015, Il fait siens les vœux du fondateur pour sa restauration. Pour lui, elle seule est à même d’unir les musulmans et de s’affranchir de la domination occidentale, l’objectif ultime étant la conquête du monde et son islamisation.</p>
<p><iframe loading="lazy" src="//www.youtube.com/embed/LXYeiJjvzkY" width="560" height="314" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p>Le 7 avril 2016 dans une vidéo tournée dans le cadre d’une réunion interne du « Majliss Al Hadith », diffusée par la WebTV du mouvement Al Adl Wal Ihsane, il s’était longuement attardé sur la question en franchissant un nouveau palier dans la description du « rêve de la Jamaa d’instaurer le régime du califat », avec une démarche présentée comme une obligation religieuse (wajib charîi). Le prédicateur illustre son propos d’une citation d&rsquo; Omar ibn al-Khattab qui avait donné trois jours à ses compagnons pour nommer un nouveau calife. Tout opposant à la restauration du califat devait être « décapité ».</p>
<p>Compte tenu du contexte, les propos de Mohamed Abaddi ont provoqué un tollé et plongé la Jamaa dans la tourmente au point qu&rsquo;il a essayé de les rectifier dans une nouvelle vidéo diffusée le 13 avril, expliquant que ses propos avaient été « sortis de leur contexte » et qu’il s’était contenté de rappeler des faits historiques. Il ajoute : « quand on parle du califat, on ne parle pas uniquement du Maroc, mais de toute la terre d’islam ». Abbadi ne renie en rien ses déclarations mais tente de les atténuer : « C’est un projet de longue haleine sur lequel doivent travailler les musulmans d’Orient et du Maghreb. Entre nous et le califat que nous espérons, il y a un long chemin », explique-t-il.</p>
<p>Hassan Bennajeh, porte-parole du cercle politique, tentera d’éteindre le feu ainsi allumé par le prédicateur Abbadi en soutenant que les propos avaient été mal interprétés et précisant que le modèle califal préconisé par Al Adl Wal Ihssane n’a rien à voir avec celui de Daech.</p>
<p>Toutes ces tentatives de rectifier le tir n’étaient pas, en réalité, uniquement destinées à tranquilliser l’opinion publique marocaine. Elles servaient aussi à rassurer les chancelleries occidentales et surtout à calmer la colère des figures de l’extrême gauche, qui avaient entamé avec la Jamaa un rapprochement depuis 10 ans. Une « alliance » pour la mise en place d&rsquo;un « front commun contre le despotisme ».</p>
<p><strong>A suivre….</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Maroc/Enquête: Radicaux de gauche et islamistes radicaux, les liaisons dangereuses de deux extrêmes</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Sep 2020 18:01:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décryptages]]></category>
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					<description><![CDATA[L'objectif ultime du mouvement Al Adl Wal Ihssane* est l'instauration d'une "république islamique authentique" sur un modèle califal. Pour cela, il lui faut d'abord atteindre son but premier : renverser la monarchie. Les jeux de séduction depuis 10 ans entre ce mouvement islamiste radical et les milieux d'extrême gauche notamment, interpellent sur ce à  quoi ils sont prêts à renoncer pour alimenter leur guérilla contre la monarchie.]]></description>
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<p>Entre récits médiatiques et réalités, quel est le poids effectif de la Jamaâ créée par Abdelsam Yassine en 1973 ? Sa trajectoire idéologique ? Ses objectifs véritables, le modèle de société sur lequel œuvrent ses adeptes ? Le nombre de ses partisans ?</p>
<div dir="ltr">Il y a « la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits », ce qu’on appelle le storytelling*, mis en place par la Jamaâ pour entretenir des mythes pendant des décennies autour d’un leader, Abdeslam Yassine, celui-là même qui avait « osé » défier Hassan II. Ce storytelling voudrait que sa démarche soit pacifiste avec une force mobilisatrice présentée comme la plus importante du pays, revendiquant 200 000 adeptes et des milliers de sympathisants. S’appuyant sur ce « hold up » de la réalité, la gauche radicale marocaine, des groupuscules au sein de la société civile dont l’historien Maati Monjib semble avoir pris le leadership et des individualités comme Hicham Alaoui*, œuvrent depuis plus de 10 ans à rendre « fréquentable » le mouvement islamiste radical et à un rapprochement avec Al Adl Wal Ihssane.</div>
<div dir="ltr"></div>
<div dir="ltr">Ce qu’ils espèrent avec cette alliance, c’est acquérir le poids politique nécessaire à la mise en œuvre d’un projet politique. Se considérant comme le « contre-pouvoir » mais dans un périmètre idéologique étroit, ils se savent peu mobilisateurs et déconnectés des réalités de la société marocaine.</div>
<h2 dir="ltr"><b>Quand « L’ennemi de mon ennemi devient mon ami »</b></h2>
<p dir="ltr">En faisant alliance avec la Jamaâ, ils souhaitent, pour certains, affaiblir suffisamment la monarchie marocaine pour lui imposer un modèle politique, quand d’autres veulent la renverser car se considérant aptes à prendre la relève, même dans l’illégitimité. Quelles que soient les oppositions idéologiques, le plus souvent diamétralement opposées, « l’ennemi de mon ennemi devient mon ami »* pour atteindre un but commun, même si le prix à payer est celui de voir s’instaurer la république islamique que la Jamaâ appelle de tous ses vœux.</p>
<p dir="ltr">Il y a les mythes entretenus par les spin doctors de la Jamaâ, suppléés par ces « alliés » de circonstances pour dédiaboliser Al Adl Wal Ihssane. Ils tentent de construire un récit dont l’efficacité trouve toutes ses limites devant sa non-conformité à la réalité, bien moins enchanteresse et sincère. Il ne faut pas creuser beaucoup ni longtemps pour appréhender la vérité, ni même utiliser des méthodes de recherche ou d’analyse sophistiquées : il suffit juste de lire.</p>
<h2 dir="ltr"><b>Discours guerrier, antisémitisme et Instauration du califat</b></h2>
<p dir="ltr">La vérité sur la doctrine et les objectifs de Al Adl Wal Ihssane se trouve tout simplement, et ce en grande partie, dans les écrits de son fondateur, Abdeslam Yassine. Celui qui était tombé en admiration devant le meneur de la révolution iranienne, l’Ayatollah Khomeiny et voulait la restauration du califat, tenait un discours guerrier fait de « jihad » et de « moudjahidines » et nourrissait un antisémitisme particulièrement violent. C’est cette même idéologie et ces mêmes objectifs dont sont porteurs le successeur de Abdeslam Yassine et les cadres dirigeants de la Jamaâ qui vouent un culte de la personnalité tel au leader disparu du mouvement qu’ils ne renieront jamais les orientations idéologiques qu’il a tracées.</p>
<p dir="ltr">La question qui est posée est celle de savoir jusqu’où la gauche radicale qui se dit « laïque», les factions de la société civile et Hicham Alaoui qui écrit qu’il pourrait « très bien vivre dans une république marocaine si ce régime (lui) paraissait la meilleure option pour( s)on pays »*, sont prêts à poursuivre leur « monarchie bashing » pour favoriser la Qawma, le soulèvement général dont rêve leur allié islamiste, toléré mais non reconnu par les autorités.</p>
<h2 dir="ltr"><b>Un projet insurrectionnel visant le renversement de la monarchie  </b></h2>
<p dir="ltr"><em><span style="color: #000000;">Dans cette enquête qui a mobilisé la rédaction de Atlasinfo.fr pendant plusieurs semaines et qui sera déclinée sur différents chapitres</span>,</em> il ressort qu’un projet insurrectionnel visant le renversement de la monarchie occupe Al Adl Wal Ihssane et ses « associés ». Le système d’alliances médiatico-politiques qui le porte, basé sur des réseaux coalisés et un journalisme de connivence travaille à temps plein, accélérant la cadence ces dernières semaines pour brosser le portrait d’un Maroc au bord de la crise cardiaque.</p>
<p dir="ltr">Leur  « guide-à- penser » tourne en boucle, ressassant les mêmes litanies sur la « corruption du Makhzen », les « barbouzeries » d’un « régime totalitaire » et sa « police politique » ou encore le mythe du « Roi des pauvres » qui toucherait à sa fin, allant jusqu’à exhumer le livre « Notre ami le Roi » de Gilles Perrault pour en raconter « la folle aventure ». Mêmes les rumeurs les plus folles sur sa santé ne sont pas épargnées au Roi Mohammed VI. Laborieuse, cette guérilla menée par les mêmes intervenants permanents, à la popularité abusive, n’en est pas moins dangereuse de par l’objectif dont elle se nourrit.</p>
<h2 dir="ltr"><b>Le silence fracassant du gouvernement</b></h2>
<p dir="ltr">Le gouvernement marocain ne peut l’ignorer davantage tout comme il ne peut se soustraire à ses responsabilités plus longtemps et laisser l’opinion publique marocaine dans l’ignorance. Nous avons tenté d’obtenir une interview du chef de gouvernement, Saad dine El Otmani. Elle nous paraissait d’autant plus essentielle qu’il avait lui-même, avant sa prise de fonction, pris part à une série de rencontres initiée par la Fondation Cordoue entre 2016 et 2017 entre « laïcs » et islamistes dont ceux de Al Adl Wal Ihssane.</p>
<p dir="ltr">Saad Dine El Otmani est également le Secrétaire Général du Parti de la Justice et du Développement (PJD), qualifié par les observateurs de « frère ennemi » du mouvement islamiste radical. L’une des questions que la rédaction de Atlasinfo.fr souhaitait lui poser est : « jusqu’à quel point êtes-vous frères et dans quelle mesure êtes-vous ennemis ? ». Nous n’avons, à ce jour, obtenu aucune réponse à notre demande d’interview.</p>
<div><b>1 Traduit par « Justice et Bienfaisance »<br />
2 Christian Salmon, « Storytelling ».Editions La Découverte.<br />
3 Fils de feu le Prince Moulay Abdellah, frère cadet de feu le Roi Hassan II.<br />
4 Extrait d’une interview de Said Lakhel, politologue, spécialiste des mouvements islamistes.<br />
5 Moulay Hicham El Alaoui, « Journal d’un prince banni ».Editions Grasset.<br />
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