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«Sur le thon rouge, les coraux, les requins, c’était un dialogue de sourds»

«Sur le thon rouge, les coraux, les requins, c’était un dialogue de sourds»
Quel bilan général tirez-vous de cette conférence ?

J’ai un sentiment de gâchis et de contradiction. Les différentes parties étaient d’accord sur le constat de situation dramatique de plusieurs espèces. Mais derrière, les propositions de réglementation du commerce ont été rejetées. On sent un décalage avec la réalité : la Cites s’est historiquement appuyée sur des analyses scientifiques mais à la fin ce sont les discours sociaux, économiques ou politiques qui dominent. Si on ne peut pas discuter sur des bases solides, de quoi parle-t-on ?

Y a-t-il une espèce plus emblématique de ces difficultés?

Ce n’est pas le problème d’un espèce en particulier, c’est une mécanique. Sur le thon rouge, les coraux, les requins, c’était un dialogue de sourds. Beaucoup ont dit que ce n’était pas à la Cites d’intervenir. Maintenant, le succès d’une conférence ne se mesure pas au nombre d’espèces inscrites. On verra dans les mois qui viennent si les engagements pris par des Etats comme le Japon seront tenus. Sur le thon rouge, par exemple, la prochaine conférence de la Cicta (commission des thonidés, qui définit notamment les quotas de pêche, ndlr) à Paris à l’automne sera importante : c’est là qu’on pourra tirer le vrai bilan de ce qui s’est passé à Doha.

Est-ce une victoire du Japon ?

Ce qu’a réussi le Japon, c’est de renvoyer l’Union européenne à ses contradictions, notamment sur le thon rouge, en soulignant que la formulation de son texte faisait douter de sa réelle volonté d’aboutir. Quand on vient à la Cites, il faut un discours clair, nourri de convictions. L’Union n’a pas pu avoir l’effet d’entraînement attendu.

Les alliances diplomatiques ont-elles évolué ?

On a beaucoup entendu les pays en développement exprimer leur crainte d’être pénalisés par les décisions de la Cites. Ils ont un sentiment d’inégalité, d’être privé de débouchés par les pays qui sont les plus responsables de la disparition de la ressource. Le débat s’est beaucoup crispé sur cette question.

Faut-il réformer la Cites ?

La Cites a un sens, ça reste un véritable outil de protection. Ce n’est pas un problème de règles. Mais la Cites n’est que le reflet des Etats qui la composent : à eux de prendre conscience de leurs contradictions et de changer. Jusqu’ici, les espèces qu’elle a prises en charge n’ont pas disparu. Mais maintenant qu’on aborde celles qui ont une grande valeur commerciale, c’est plus délicat.

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