Sophia Azzedine: « Belqiss est l’histoire d’une femme qui se réapproprie Allah »
Saphia Azzedine : C’est facile d’en vouloir quand on est privilégié. Je dis juste qu’elles ont un pouvoir entre les mains. Elles doivent éduquer filles et garçons de la même manière pour ne pas faire des garçons des machos en puissance. Je veux que les femmes se réveillent. je n’en veux pas qu’aux femmes musulmanes, j’en veux aux femmes tout court et j’en veux aux femmes occidentales qui font le jeu des hommes en devenant des accessoires désirables..
.
Quel est votre but quand vous confrontez Bilqiss et la journaliste américaine ?
Le but est de me mettre en danger. Je suis un peu Bilqiss et un peu cette journaliste américaine privilégiée. En écrivant un livre, on ne cherche pas à changer le monde. Une fois le livre terminé, c’est au lecteur d’en juger. Mais ce que j’ai voulu faire, c’est mettre en danger mes certitudes: ce que je pense, ce à quoi je crois, ce que je vois, ce que je ressens en tant qu’occidentale et orientale à la fois. J’ai confronté deux femmes en pensant que l’infamie d’un procès allait réunir alors qu’en réalité tout les oppose. C’est aussi pour montrer que le dialogue est pratiquement impossible à cause du fossé qui s’est creusé entre l’Orient et l’Occident.
Que symbolise le juge dans votre roman ?
Il est victime de sa lâcheté. Il aurait pu choisir autre chose mais il a choisi par facilité et par commodité d’être un juge religieux. Il est la victime de son propre pouvoir. Je ne voulais pas qu’on l’aime mais je ne voulais pas non plus qu’on le déteste….C’est une victime mais il ne le sait pas. C’est un gentil bourreau et Belqiss le dit à un moment : « c’est le plus gentil des plus méchants ». Si Belqiss doit mourir lapidée, avec sa mort, son calvaire prend fin. Le juge aura en revanche à vivre avec ce fardeau toute sa vie car le bourreau est tombé fou amoureux de sa victime d’autant plus qu’il sait au fond de lui que c’est elle qui avait raison.




