Décryptages

L’opposition syrienne entre le Caire et Moscou

La nouveauté de ces dernières semaines est l’intervention de l’Egypte dans la crise syrienne. Une Egypte gouvernée par Abdelfattah Sissi qui voit d’un très mauvais œil la prééminence des radicaux islamistes au sein de l’opposition syrienne. Une Egypte, contrairement à celle du président déchu , l’islamiste Mohammed Morsi, qui verrait de manière favorable le maintien du régime de Bachar al Assad malgré les horreurs qu’il est accusé d’avoir commis à l’encontre de son peuple.

Que ce soit au Caire ou à Moscou, il est demandé à cette opposition de s’acclimater d’avantage avec une solution transitoire au lieu de rêver à des ruptures totales avec l’ordre établi. Initiée par Moscou, bénie par Le Caire, cette démarche est le fruit direct de cette grande guerre internationale contre l’Etat islamique. La priorité mise en avant par les Américains et les Français est la guerre contre Daesh. Sous un immense non-dit de la diplomatie mondiale incarné par les hésitations de Barack Obama sur le sujet, une césure a été opérée dans la solution de la crise syrienne.

Dommage collatéral, l’opposition syrienne dite modérée n’a d’autres choix que d’accepter avec plus au moins d’amertume les nouvelles conditions de négociations. Ce qui a le don non seulement d’affaiblir sa crédibilité mais aussi de décimer ses rangs en groupuscules aussi minuscules qu’inefficaces. Le discours de cette opposition, qualifiée de "modérée" par les parrains occidentaux pour la distinguer de celle, "terroriste", de Daesh, s’est automatiquement trouvé en porte à faux à l’égard même de sa base combattante. Comme construire une ligne d’action pour faire chuter le régime syrien, ce qui est le mot d’ordre mobilisateur de tous ceux qui ont rejoint ses rangs, sans tomber dans la radicalité de l’Etat Islamique ou du Front Al Nusra.

L’intervention égyptienne dans la crise syrienne se fait aussi dans l’esprit de contrer l’Influence de la Turquie dans un jeu de compétition politique ouvert entre Le Caire et Ankara. La Turquie est sournoisement accusée de favoriser le versant le plus radical de l’opposition syrienne. D’où son jeu jugé trouble à l’égard de l’organisation terroriste Etat Islamique, d’où son refus de participer à une opération militaire pour en démanteler les bastions, d’où enfin le constat fait par de nombreux services de renseignement européens et arabes selon lequel les turcs ferment volontairement les yeux sur les filières étrangères qui nourrissent et renforcent les rangs de l’Etat Islamique.

L’entrée en scène de l’Egypte intervient pour accompagner une nouvelles séquence où plus personne n’évoque le départ de Bachar al Assad comme condition de négociation même ses plus grands détracteurs régionaux. Cette nouvelle donne apparemment acceptée par cette opposition modérée signe la victoire de l’approche russe. Moscou avait dès le départ refuser de lâcher Bachar al Assad, officiellement échaudée par le précédent libyen, mais officieusement convaincu que le démantèlement à l’irakienne du régime syrien, déroulerait un tapis rouge devant les organisations fondamentalistes pour accéder au pouvoir à Damas.

Dans son long bras de fer avec Washington et Paris sur la question, la diplomatie russe s’étonnait régulièrement de voir qu’une telle réalité aussi concrète, aussi visible à l’œil nu, soit hors de portée de perception de tous les détracteurs de Bachar al Assad. Pendant de longues séquences diplomatiques, la seule obsession qui dominait les débats fut pendant la nécessité d’armer ou non l’opposition syrienne.

Le terrible destin de cette opposition, dans sa paralysante diversité, dans sa cacophonie et la multiplicité des allégeances qui la traversent, c’est qu’elle donne aujourd’hui l’impression d’être ballotée au gré des agendas des uns et des autres, avec un risque mortel pour elle…au pire l’extinction, au mieux l’inutilité.

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