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La Libye, spectre de l’insécurité permanente

Aujourd’hui, la Libye incarne parfaitement pour l’Europe et pour son voisinage arabe et africain un cauchemar sécuritaire d’une dangerosité rarement estimée. En l’absence d’un pouvoir central et d’une armée nationale, la Libye voit fleurir des milices armées qui font la loi, nourrissent l’insécurité et paralysent l’activité économique. La situation est si détériorée en Libye que le président François Hollande reconnaissait, à la fin du sommet africain contre Boko Haram, que les armes qui déstabilisent l’Afrique et alimentent les groupes terroristes proviennent de la Libye.

Aujourd’hui la Libye est source d’inquiétudes pour tous ses voisins. L’Algérie a fermé son ambassade de crainte de voir ses diplomates enlevés et mobilise son armée à ses frontières de l’Est. La Tunisie est angoissée à l’idée que des groupes terroristes formés et équipés en Libye puissent s’infiltrer sur son territoire et commettre des attentats terroristes. L’Egypte est inquiète de voir se développer à ses frontières les premiers noyaux de " l’armée égyptienne libre" dont l’agenda sera de mener la vie dure au général Abdelafathah Sissi, le tombeur de Mohamed Morsi et qui se prépare à être sacré président de la république d’Egypte.

Devant cette grande instabilité, un débat, vif mais étouffé, a eu lieu au sein des grandes instances dirigeantes du vieux continent. Que peut faire l’Europe pour tenter de réparer ce qui a été cassé par la coalition internationale lorsqu’au nom de la protection des civils de Benghazi, l’ONU avait donné son feu vert pour démanteler le régime de Mouammar Khaddafi? Faudrait-il imaginer une autre forme d’intervention internationale au nom de la lutte contre le terrorisme qui déstabilise l’ensemble de la région? Faut-il se contenter de continuer à déployer des forces spéciales pour mener cette guerre de l’ombre?

Une troisième solution semble être l’œuvre depuis quelques jours. Elle s’incarne dans l’initiative prise par un ancien général libyen Khalifa Haftar qui a levé l’étendard de la guerre contre les groupes islamistes d’abord à Benghazi puis à Tripoli. Khalifa Haftar, une ancienne gloire du temps de Khadafi qui avait connu la disgrâce, la prison et l’exil. L’homme traine une sulfureuse réputation d’être un agent de la CIA, affirme que son initiative de lutter contre les groupes islamistes n’est dictée par aucun autre agenda que celui de "répondre à l’appel du peuple libyen" pour sauver le pays du chaos. Il est prêt pour cela à suspendre les autorités de transitions libyennes qu’il accuse à demi mots d’encourager la création de milices armées qui nourrissent le chaos et l’instabilité.

Ces opposants lui prêtent le désir de vouloir être à la fois un chef militaire anti-terroriste et un putschiste qui rêvent de réinstaller à Tripoli une nouvelle dictature militaire. Khalifa Haftar semble avoir déjà reçu la bénédiction de l’homme fort d’Egypte Abdelfatah Sissi. D’ailleurs de nombreux observateurs trouvent des similitudes dans les démarches et les agendas des deux hommes. La même haine anti-islamiste, la même volonté d’instaurer des régimes forts et autoritaires.

Les pays européens, la France notamment, ne se sont pas encore officiellement prononcés sur le dessein et la stratégie du général Khalifa Haftar. Mais à voir l’inquiétude sécuritaire cauchemardesque que la Libye commence à susciter, il n’est pas exclu que ces pays, l’Amérique comprise, puissent voir d’un bon œil la tentative de reprendre en main la situation quitte à recréer un pouvoir militaire central fort avec lequel la sous-traitance de la guerre contre les groupes islamiques armés qui ont trouvé refuge en Libye, devient facile et efficace. Le général Khalifa Haftar sera donc le héros de cette séquences surtout si sa politique d’éradication des milices armées commence à donner des résultats.

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