« Pour l’islam de France », de l’imam Hassen Chalghoumi : Chalghoumi et l’islam
M. Chalghoumi livre avec son coauteur un ouvrage bavard, long réquisitoire contre le FIS algérien, les chiites iraniens, les Frères musulmans, l’universitaire et prédicateur Tariq Ramadan, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) – qu’il rebaptise Union des organisations islamiques en France -, la Grande Mosquée de Paris, le Conseil français du culte musulman (CFCM), le ministère de l’intérieur chargé des cultes, les musulmans fondamentalistes et les pays d’origine des musulmans vivant en France. Il y rappelle aussi son parcours personnel, son passage par le Pakistan et la Syrie, et justifie son choix du dialogue avec les autres religions ; sa proximité avec le judaïsme lui a été violemment reprochée.
Imam, ainsi que le précise la signature de l’ouvrage, M. Chalghoumi adopte sur la forme un style littéraire particulier. Entre incantations et invocations, il joue sur la répétition de mots-clés, scande ses idées de phrases-slogans et de formules ampoulées. Soucieux de faire connaître le texte coranique, il entrecoupe ses développements de longs extraits du Coran. Le ton, parfois vindicatif, relève souvent de la diatribe, un exercice dans lequel on ne reconnaît guère sa personnalité réputée tempérée.
Relecture permanente
Sur le fond, la charge est claire et le constat alarmiste. Les islamistes et les fondamentalistes dénaturent l’islam partout dans le monde et mettent en danger l’émergence d’un islam de France. En réponse, l’imam Chalghoumi défend avec force, et comme d’autres avant lui, une adaptation des textes coraniques au contexte culturel et sociétal dans lequel vivent les musulmans, condamnant les pratiques les plus obscurantistes liées à l’islam (voile intégral, polygamie, excision, crimes d’honneur, etc.).
Cet appel à la relecture permanente des textes coraniques et ses réflexions sur la fonction d’imam sont parmi les passages les plus convaincants. Quitte à se mettre à dos quelques-uns des penseurs de l’islam, il juge qu’"il faut sortir du débat atterrant et aliénant : islamiser la modernité ou moderniser l’islam ?" Son combat revendiqué contre "les ambassades et les officines" étrangères, contre le Quai d’Orsay et le ministère de l’intérieur, rejoint aussi les revendications de la plupart des jeunes musulmans nés en France, qui ne se reconnaissent pas dans des institutions encore tenues par des hommes liés à leur pays d’origine, l’Algérie, le Maroc ou la Turquie. Le jeune imam omet juste de rappeler qu’il est lui-même désormais reçu par les autorités de Tunis.
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POUR L’ISLAM DE FRANCE de l’imam Hassen Chalghoumi. Le Cherche Midi, 424 p., 18 €.
Stéphanie Le Bars




