Décryptages

L’accord sur le nucléaire iranien provoque la déception des Saoudiens et l’ire des Israéliens

On le savait donc imminent, presque inévitable. cet accord qui scelle la nouvelle confiance entre la communauté internationale et l’Iran sur les objectifs civils de son industrie nucléaire. On le disait inévitable car au fond il satisfait aux exigences diplomatiques deux hommes, les plus influents de la planète. L’américain Barak Obama qui avait besoin d’un tel succès pour redorer son blason un peu terni par une succession de reculs et d’hésitations. Et le russe Vladimir Poutine qui avait besoin d’une telle consécration pour conforter le retour de la Russie dans le grand jeu proche oriental, initié par le compromis non moins historique sur les armes chimiques syriennes.

Mais cet accord salué avec ferveur parce qu’il éloigne le spectre de la déflagration générale ne plait pas à tout le monde. D’abord à Israël dont le premier ministre Benjamin Nethanyahou a mobilisé toutes son énergie pour empêcher sa réalisation. Israël accuse le pouvoir iranien de se livrer à un jeu de dupes et de garder en secret sa capacité à produire l’uranium à usage militaire, de profiter de la naïveté internationale et de ce besoin de conclure au plus vite pour mettre la communauté internationale devant le fait accompli, celui d’un Iran, devenu à la faveur de la nuit puissance nucléaire.

Cet accord ne plait pas non plus à l’Arabie Saoudite. Même si elle ne crie pas aussi fort sa condamnation comme le fait Israël, elle n’en montre pas moins son refus radical de voir l’Iran, puissance chiite concurrente à son leadership sunnite, normaliser ses relations avec la communauté internationale, voir lever les sanctions économiques, retrouver sa grande capacité de nuisance. L’Arabie Saoudite a non seulement besoin d’un Iran dénucléarisé, mais aussi d’un Iran affaibli par les sanctions économiques, voire édenté.

Bien entendu un pouvoir iranien qui retrouve grâce aux yeux de la communauté internationale et qui voit se déverser sur lui les dollars dont les sanctions l’ont privé est un pays qui garde sa capacité à manœuvrer sur le plan régional. Son rôle et son soutien dans la crise syrienne risque d’être encore plus accru. Son activisme sur la scène libanaise par Hezbollah interposé va être encore plus déterminé. Son soutien souterrain aux minorités chiites dans les pays du golfe à de fortes chance de prendre un coup de fouet avec toutes les perspectives de déstabilisation que cela implique.

Il est intéressant de noter qu’ayant depuis toujours des intérêts stratégiques divergents, Israël et l’Arabie saoudite se sont retrouvés sur une même plateforme politique pour refuser à l’Iran des Mollahs l’accès à l’énergie nucléaire de peur qu’ils ne la transforment en arme militaire susceptible de leur garantir une supériorité stratégique.

Bref même privé de son arme nucléaire, le président iranien Hassan Rouhani et son turban de modéré donc fréquentable, a trouvé les moyens à travers cet accord de rendre l’Iran un pays aussi craint qu’incontournable. Les plus pessimistes parient sur des manœuvres des faucons iraniens aidés objectivement par les pays qui s’opposent à toute normalisation des relations entre l’Iran et la communauté internationale, pour torpiller l’espoir né à Genève.

Le délai de grâce de six mois donné par l’esprit de l’accord aux signataires peut très bien servir soit à consolider un engagement ou à le dynamiter. D’où l’intérêt de surveiller les événements à venir et de les décrypter à l’aune de l’accord de Genève. Entre des pays occidentaux qui s’échinent à imposer cet accord et des acteurs régionaux qui veillent à en démontrer la fatuité, le jeu politique et diplomatique de cette région restera au cœur de toutes les attentions entre éventuels coups fourrés et autres opérations de déminage.

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